Sur la carte des États-Unis, il y a BEAUCOUP de villes qui portent un nom d’origine française. Mais il faut faire attention avant de sauter aux conclusions et d’y voir automatiquement des vestiges de «petits Canadas» : la plupart des toponymes dans cette langue datent plutôt de l’époque de la Nouvelle-France (genre le lac Champlain, pour Samuel). 

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Burlington (Vermont)

Burlington, c’est pas juste la ville où on peut espérer trouver des vols d’avion moins chers qu’à Montréal et faire une virée magasinage. C’est aussi l’une des premières villes américaines où une paroisse franco-catholique a vu le jour, et ça paraît encore. On veut favoriser le français dans les services publics, l’affichage et les commerces : plusieurs endroits arborent d’ailleurs l’écusson « Ici, nous parlons français » sur leur porte (un rêve pour PKP). À l’occasion du French Heritage Day, qui a d’ailleurs été célébré il y a quelques jours, des veillées traditionnelles canadiennes-françaises se tiennent à Winooski, à côté de Burlington. Bref, c’est quasiment plus trad que par chez nous.

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Montpelier (Vermont)

Les « petits Canadas », ce n’était pas que des bonnes jobs et des gigues. Dans les années 1920, les francophones catholiques du Vermont ont été la cible du Ku Klux Klan (rien de moins !), qui a notamment brûlé une croix au cimetière de la paroisse Sainte-Augustine, à Montpelier. On parlait aussi — tenez-vous bien — de stériliser les familles qui propageaient, par leurs gènes, la délinquance, la dépendance et la défectuosité mentale (et, apparemment, les Canadiens français faisaient partie du lot). C’est d’ailleurs au début de cette décennie que les retours vers le Québec ont été les plus nombreux. Coïncidence ? On ne pense pas.

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Pinardville (New Hampshire)

C’est ici qu’on peut vraiment se dire: Québec represent. Natif de Sainte-Monique, Edmond Pinard s’est installé dans les environs de Manchester, au New Hampshire, en 1873, comme plusieurs autres Québécois qui travaillaient dans les usines du coin. Edmond a plutôt ouvert une épicerie, en plus de développer le secteur en donnant les noms des membres de sa famille aux rues. La Henriette Street, en l’honneur de sa femme (#goals), existe encore. On trouvait autrefois à Pinardville des magasins tels que AJ Levesque’s Store, ou encore Cloutier’s TV.

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Manchester (New Hampshire)

La communauté québécoise installée à Manchester pour travailler dans les usines était si bien implantée qu’elle a décidé, pourquoi pas?, d’ouvrir la première caisse populaire en sol américain. Alphonse Desjardins en personne est venu présenter son concept, et les résidents ont ouvert en 1908 la Caisse populaire Sainte-Marie sur le même modèle (et elle existe encore!). En plus de ce pittoresque héritage québécois, on trouve à Manchester une Librairie populaire (qui ne vend que des livres en français), et la plus grande collection hors Québec d’œuvres d’Alfred Laliberté, artiste qui a sculpté à peu près toute l’histoire des pionniers canadiens — pensons notamment au monument aux Patriotes.

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Lowell (Massachusetts)

Tant qu’à être on the road, ce serait plate d’ignorer la ville de Jack Kerouac, figure de proue des Québécois qui ont émigré aux États-Unis. Il est né à Lowell, mais ses parents (qui l’ont prénommé Jean-Louis) venaient de Saint-Hubert-de-Rivière-du-Loup et de Saint-Pacôme. Il n’a appris l’anglais qu’après son entrée à l’école. On cite ce grand écrivain américain: «Je suis Canadien français mis au monde à New England. Quand je suis fâché, je sacre souvent en français. Quand je dors, je rêve souvent en français. Quand je braille, je braille toujours en français.» On te feel, Jean-Louis.

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Woonsocket (Rhode Island)

Les «petits Canadas» vous rendent curieux? Vous n’êtes pas le seul. À Woonsocket, l’American-French Genealogical Society possède plus de 10 000 ouvrages permettant de répertorier les mouvements de Canadiens français aux États-Unis. À l’époque de la Grande Dépression, 75% de la population de cette ville était francophone, et encore aujourd’hui, plus de la moitié des habitants seraient de descendance francophone (même si, selon le dernier recensement, moins de 5% des résidents de Woonsocket peuvent parler français). Ça donne envie de chercher son nom de famille dans les registres…

 

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  • Simon Francoeur

    Intéressant article! À Burlington, je dois dire, à part quelques Québécois en vacances, je n’ai jamais entendu vraiment parler français ou été servi en français dans un commerce. Je pense que c’est plus une campagne de charme pour attirer l’argent québécois, et en même temps un petit clin d’oeil historique. En dehors de ça, le français est plutôt folklorique.