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Crédit photo : Renaud Philippe

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Bentiu PoC - Protection of civilians - camp. En attente d’une distribution alimentaire. Seules les personnes enregistrées ont droit à la distribution. Ceux qui reçoivent des rations partageront donc leur part avec leur famille, rendant l’apport alimentaire encore plus mince. Crédit photo : Renaud Philippe

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Scène de vie dans le camp de rédplacé de Bentiu, la deuxième plus grosse oppulation au pays, après Juba. Crédit photo : Renaud Philippe

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Bentiu PoC - Protection of civilians - camp Crédit photo : Renaud Philippe

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Nyakuig Kuong a fui les combats près de Leer pour se rendre à Nyal avec ses 6 enfants âgés de 1 à 15 ans. Crédit photo : Renaud Philippe

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Nyariem Both et son fils Machar ont parcouru 10 km depuis Liengiere pour se rendre à la clinique de lutte contre la malnutrition de Mankien, administrée par l’ONG CARE. Machar a 6 mois et pèse à peine plus que 4 kg (10 lb). Crédit photo : Renaud Philippe

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Une jeune fille se repose sur un sac, une partie des 378 tonnes de nourriture destinées à plus de 25 000 personnes à Mankien, un village de l’État du Unity, un des deux états où la famine a été déclarée en février. Crédit photo : Renaud Philippe

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Une jeune femme dans un camp de déplacés à l’extérieur de Juba, la capitale du Soudan du Sud. Crédit photo : Renaud Philippe

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Le camp de protection des civils des Nations Unies à Bentiu s’étend sur un plateau isolé dans le nord du Soudan du Sud. Ouvert depuis quatre ans, le camp compte plus de 130 000 personnes déplacées, ce qui en fait la deuxième « ville » la plus populeuse au Soudan du Sud après Juba. Crédit photo : Renaud Philippe

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Assise sur un sac en toile de jute, une mère tient la main de son enfant en attendant leur ration alimentaire à Mankien. Crédit photo : Renaud Philippe

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Pour la population, c’est dangereux d’aller simplement chercher à manger, de changer de village, le pays est complètement paralysé.Le photojournaliste originaire de Québec, Renaud Philippe, revient tout juste de cinq semaines au Soudan du Sud. Il rapporte dans ses valises des photographies fortes, témoins visuels de la crise dramatique que vit le pays. Mais l’adjectif «dramatique» demeure ici un euphémisme puisque l’ONU annonçait en mars dernier que la famine qui ravage plusieurs pays du continent africain, dont le Soudan du Sud, est depuis la Seconde Guerre mondiale, la pire crise humanitaire que la planète ait connu.

Le Soudan du Sud vit dans le conflit et la violence depuis très longtemps, et ce même avant son indépendance acquise en 2011. Depuis le début de la guerre civile qui a éclatée en 2013, on ne se déplace pas quand on veut ni où on le souhaite. Pour le journaliste, il a donc été essentiel de s’allier avec la Coalition Humanitaire afin d’avoir accès aux territoires de cette nation, mais aussi pour assurer ses déplacements internes et sa sécurité.

Le Soudan du Sud c’était un peu le parent pauvre de l’information, donc on a «privilégié» ce pays avec la Coalition Humanitaire.

«Essentiel», c’est aussi le terme qu’a utilisé Renaud Philippe pour me décrire son travail journalistique par le biais de ses photographies. Un travail qu’il déplore pourtant ne pas connaître un intérêt assez élevé auprès des médias traditionnels et du public. J’ai posé quelques questions à ce photojournaliste qui, depuis plus de 10 ans, s’évertue à se déplacer dans des zones sensibles du globe afin de témoigner des existences complexes et de rapporter les faits à travers des images malheureusement bouleversantes de réalité.

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Tu es déjà parti sur le terrain en Haïti, en Inde, au Kenya… Pourquoi avais-tu décidé d’aller au Soudan du Sud cette fois-ci?

Quand l’ONU a déclaré la famine dans plusieurs pays, je n’ai pas choisi le Soudan du Sud sur le coup, mais plus je me renseignais, plus j’avais l’impression que les autres pays étaient relativement (et je dis bien relativement!) plus faciles d’accès. Le Soudan du Sud c’était un peu le parent pauvre de l’information, donc on a «privilégié» ce pays avec la Coalition Humanitaire. Je ne regrette vraiment pas, car il faut en parler et quand je vois la réponse médiatique… enfin plutôt l’absence de réponse en fait, l’absence de réponse à mes courriels aux médias avec qui je travaille depuis longtemps… c’est fou de se dire que certains s’en fichent complètement.

Pour la population, c’est dangereux d’aller simplement chercher à manger, de changer de village, le pays est complètement paralysé.

Ah oui, tu n’as pas reçu beaucoup de réponses?!

Disons que pour résumer, le pourcentage de réponse à mes courriels n’a pas été très élevé. Pour moi c’est frustrant parce que tu as baigné là-dedans, et c’était autour de toi à 360 degrés, et là tu rentres et tu as l’impression que ça n’existe plus vraiment… C’est genre «Ah non on vient de publier quelque chose de presque pareil…» Non non, c’est quelque chose sur l’Ouganda qui n’a rien à voir avec la situation sud-soudanaise! Tu sais, pour beaucoup l’Afrique c’est la même chose! Mais en Afrique, il y a des millions de réalités.

Il y a toujours le facteur de proximité dans les médias. On est souvent plus intéressé par un événement sans grand impact qui se passe au bout de la rue, que par une situation dramatique où des millions de personnes meurent de faim à l’autre bout du monde. J’imagine que c’est humain, je ne juge pas ça, mais on n’a pas toujours conscience que la planète c’est une grande chose. On n’a plus de frontières pour l’économie alors pourquoi on en toujours concernant les conditions de vie entre les humains?

Ils sont aussi très conscients de leurs conditions de vie et du déséquilibre de notre planète!

J’aimerais savoir comment ça s’est passé sur le terrain. Est-ce qu’une fois dans le pays, tu pouvais te déplacer n’importe où avec ta caméra?

Non, il fallait que ce soit toujours avec les organismes! Tu ne peux pas te rendre -par exemple- à Djouba au marché et sortir l’appareil photo, non, ça prend une raison. Je sais que des journalistes se sont fait expulser du pays pour ça. C’est un pays dangereux et violent, en proie à une guerre civile. Et avant son indépendance, il y a eu 40 ans de guerre. Tous les déplacements sont soit risqués, soit très complexes. Pour la population, c’est dangereux d’aller simplement chercher à manger, de changer de village, le pays est complètement paralysé.

Approcher les personnes pour leur parler et les photographier, est-ce facile, malgré la misère?

Il faut bien connaître la situation pour être en mesure de se comprendre, bien expliquer sa démarche. Mais les gens sont conscients de la force de la communauté internationale et de celle des médias. Il y a donc une grande volonté de partage de leur part. Ils sont aussi très conscients de leurs conditions de vie et du déséquilibre de notre planète! Mais comment on approche des personnes qui vivent une si grande détresse? Il n’y a rien de possible sans des contacts terrain! Les Sud-Soudanais sont tellement dépendants de l’aide humanitaire… Mais pas un peu dépendants là, leurs existences mêmes dépendent des distributions alimentaires, des initiatives des ONG pour apporter l’eau… Donc ça prend d’être avec ces équipes locales déjà impliquées dans ce développement et une grande motivation.

Le Soudan du Sud c’est tellement loin et inaccessible qu’on ne se sent pas nécessairement concernés.

Bentiu PoC – Protection of civilians – camp

Justement, pourquoi est-ce nécessaire de faire ce travail de photojournalisme dans des situations de crises et de guerres? Selon toi, qu’est ce que la photographie permet de transmettre de plus?

La photo c’est un médium extrêmement humaniste, on s’identifie aux gens qu’on voit sur les images et on est capables, à travers la photographie, de faire vivre une ambiance dans un langage universel. Le texte est très important aussi, mais la photo permet de sensibiliser de façon assez forte, car on se met «dans la peau de». Ce n’est pas abstrait, ce sont des humains.

Au Soudan du Sud, je ne m’intéressais pas simplement à la guerre civile en tant que telle, mais aussi à ses conséquences sur les conditions de vie. Je voulais témoigner du conflit mais surtout de son impact sur la population. Après il faut que ces photos soient vues et diffusées parce que je pense qu’elles peuvent créer des réactions. Le Soudan du Sud c’est tellement loin et inaccessible qu’on ne se sent pas nécessairement concernés. Mais là on voit des images prises par quelqu’un qui vient du même lieu que nous et ça rapproche beaucoup.

Finalement… Comment peut-on aider les Sud-Soudanais malgré les réalités et les kilomètres qui nous séparent?

En donnant de l’argent, et c’est la seule chose qu’on peut faire dans cette situation. Si on donne 20$, c’est pas grand-chose pour nous, mais ça a un impact énorme là-bas, ça offre de l’eau pure pour une famille pendant un mois, par exemple…

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Je quitte Renaud Philippe sur ces paroles qui ne peuvent m’inspirer autre chose que de vous suggérer ne serait-ce que de visiter le site web de la Coalition Humanitaire. Le journaliste et photographe songe quant à lui, à repartir au Soudan du Sud d’ici quelques mois.

 

Pour lire un autre texte de Claire-Marine Beha : «Marin Blanc, créatrice de collages allusifs»