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La décoration reste la plus neutre possible, chaque personne utilisant l’espace se doit de le rendre propre.

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Le maquillage est une dépense non négligeable dans le budget des escortes. À cela s’ajoutent les autres produits de beauté, la teinture, la massothérapie, les séances photos, etc.

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On se croirait dans un Ikea.

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Les tiroirs regorgent de petits trésors…

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Elle est passée par toutes les étapes de l’industrie. Maintenant, elle prend ses rendez-vous uniquement chez elles et non plus dans les locations comme celle-ci.

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Les élastiques sur la poignée extérieure indiquent qu’il y a quelqu’un dans l’appartement, histoire d’éviter les malaises.

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Les rendez-vous sont aussi l’occasion pour les clients d’assouvir leurs désirs ou d’en découvrir des nouveaux.

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Une odeur d’urine flotte dans la rue. Jusqu’à ce qu’on passe le pas de la porte. À l’intérieur, c’est class et clean. Loin du motel. On est pourtant en plein cœur du quartier le plus bigarré de Montréal, pas trop loin du métro Berri-UQAM. On entre alors dans le lieu de travail d’une jeune femme de 23 ans pétillante d’énergie.

«On a tous des pseudonymes. Comme les superhéros!» nous dit, radieuse, celle que nous appellerons Kim, en nous faisant visiter son «bureau».

Money is the emotion’s condom.

C’est dans cet endroit impersonnel – une vraie cuisine de démonstration IKEA – qu’elle reçoit chaque semaine de nombreux clients qui la rémunèrent en échange de services sexuels. Un condo qu’elle partage avec d’autres. Kim est escorte, synonyme de prostituée ou courtisane, depuis qu’elle a 19 ans.

Elle a étudié pour être hygiéniste dentaire, mais c’était pour se trouver un «meilleur mensonge», dit-elle en rigolant. Elle adore sa double vie.

C’est dans le Plateau que l’on rencontre une autre travailleuse du sexe. Mélanie, qui ne veut pas divulguer son âge, nous reçoit chez elle, dans un environnement beaucoup moins propret. «Moi, je vends l’image de la liberté fofolle. J’ai presque pas de makeup, j’ai les cheveux tout croches…» Elle a sa marque de commerce et n’y déroge pas. Depuis qu’elle a été au sommet (troisième, puis deuxième meilleure escorte à Montréal sur le Montreal Escort Board) elle a pris ses aises dans le métier. Elle charge aujourd’hui 420 $/heure passée avec un client. Elle voit un client par jour, cinq jours par semaine. «Moi, baiser cinq clients en ligne, je ne fais plus ça», dit-elle pour comparer ses conditions de travail d’il y a 4 ans, lorsqu’elle a commencé à se prostituer pour vivre.

«Je suis une privilégiée dans un Montréal assez raciste, dit Mélanie. Je suis une skinny white girl éduquée».

Qu’ont en commun Kim et Mélanie? Elles sont jeunes, belles, fortes, blanches et éduquées. Elles sont des femmes d’affaires. Elles sont, comme une frange pas si marginale de la population des prostituées, des travailleuses autonomes dans le monde interlope de la prostitution.

Des escortes oui, mais aussi des féministes

En cette période de Grand Prix, les féministes se déchirent sur le sujet de la prostitution.

D’un côté, certain(e)s y voient l’exploitation pure et dure de la femme, que la prostitution soit un choix ou pas. De l’autre, on nuance en soulignant que les femmes sont capables d’un choix éclairé, et que les conditions dans lesquelles elles se prostituent sont plus importantes que l’acte lui-même. Premier constat au contact des deux femmes rencontrées : quoique l’échantillon soit extrêmement minimaliste, elles donnent raison au deuxième discours sur le sujet.

«Je reste à l’affût que mon corps et ma tête sont mes outils de travail», mentionne Kim. Elle en prend soin en acceptant uniquement les clients les plus respectueux de sa personne. Mélanie, quant à elle, se fait un point d’honneur à pourvoir à ses besoins financiers et à ceux de sa mère, sans aide extérieure. «J’ai des clients qui veulent m’épouser. D’autres qui veulent me laisser de l’argent à leur mort. Ça me rend profondément inconfortable», dit-elle. Dans vingt ans, elle préfère être une folle aux chats plutôt que la compagne d’un sugar daddy.

De l’agence à l’indépendance

En quatre ans, Mélanie a vu passer son lot d’expériences et de clients. Elle a été successivement escorte en agence, puis patronne dans la même agence avant de devenir indépendante. C’est lorsqu’elle a voulu cesser de «plaire à tout le monde», elle a décidé de travailler à son compte. «Je ne veux pas être votée meilleure escorte en ville. Je veux juste respecter mon rythme.»

Elle sait d’avance qu’elle n’aura pas davantage de travail durant le fameux Grand Prix parce qu’elle n’est pas intéressée par ce genre de clients.

Par comparaison, les escortes en agence n’ont pas de contrôle sur le nombre de clients vu par soir, sur le temps passé avec eux et surtout, sur l’argent qui leur reste dans les poches (généralement 100 $/heure).

Comme prostituée indépendante, les conditions de travail s’adaptent, dit Kim, qui choisit ses clients parmi les plus progressistes. Par exemple, elle sait d’avance qu’elle n’aura pas davantage de travail durant le fameux Grand Prix parce qu’elle n’est pas intéressée par ce genre de clients.

Même constatation du côté de Mélanie et de l’organisme Stella, qui vise à améliorer les conditions des prostituées. «C’est facile d’associer la course automobile et la misogynie. C’est très accrocheur pour le mouvement prohibitionniste anti-travail du sexe de dire que les hommes viennent exploiter les femmes durant ce moment-là. La réalité c’est qu’il n’y a pas de lien», dit Sandra Wesley, directrice générale de Stella.

Dans ce métier où la sécurité demeure un enjeu majeur, Mélanie laisse son instinct la guider lorsqu’elle choisit ses clients, pas comme en agence où, lors d’une soirée plus tranquille, on accepte n’importe quel weirdo. C’est ce qui lui est arrivé lors de sa première année, lorsqu’elle s’est fait violer par un client qui refusait d’utiliser un condom. Elle a été trois semaines sans voir de clients tellement son corps était tuméfié et… parce qu’elle attendait les résultats de son test VIH-Sida, qui par chance s’est révélé négatif.

En cette période de Grand Prix, les féministes se déchirent sur le sujet de la prostitution.

Néanmoins, il faut être réaliste. L’indépendance n’est pas faite pour tout le monde. «Je suis une privilégiée dans un Montréal assez raciste, dit Mélanie. Je suis une skinny white girl éduquée». La réalité est tout autre pour les escortes plus alternatives (transgenre, immigrant(e)s, de couleur, Autochtones).

Ce qu’on ne déclare pas à la CNESST

Comme tout travailleur autonome, il y a des dépenses inhérentes au travail des escortes indépendantes. Mélanie nous parle des dépenses liées à son corps auxquelles je n’aurais jamais pensé : Teinture en rousse à 200 $ par mois (elle s’est teinte en brune, une fois, et a perdu la moitié de ses clients) et massothérapie toutes les deux semaines à 100 $ (elle a un blow-job shoulder… à peu près le même type de maux qu’un tennis-elbow), par exemple. Sans compter les coûts liés au site web, à la publicité, aux séances photos et à l’appartement.

«Apparemment, tout ça est déductible d’impôt, mais je ne les ai pas encore faits en quatre ans.» Les comptables spécialisés «travail du sexe» ne courent pas les rues.

C’est d’ailleurs pour diminuer les coûts que Kim a fondé un collectif d’escortes indépendantes, en 2014. Une organisation dirigée bénévolement qui a toute l’apparence d’une coopérative pour travailleur (se) s du sexe. Une personne membre du collectif a besoin d’un fonds de secours pour les moments plus difficiles ? Le collectif y voit, explique Kim. Même sans charte, les standards éthiques du collectif sont élevés tout en évitant de discriminer par rapport à d’autres agences. «Les agences sont runnées par des gars qui pensent qu’un seul type de corps existe», dit Mélanie qui fait elle aussi partie du collectif.

La vie après

Si Kim est persuadée que la prostitution est «un travail comme un autre», et que Mélanie préfère ne pas penser à l’avenir en disant bien vivre le moment présent, l’indépendance des escortes a tout de même un prix. La prostitution est un milieu dans lequel s’usent le corps et l’esprit.

Les comptables spécialisés «travail du sexe» ne courent pas les rues.

«J’ai peur de vieillir, dit Mélanie. Avant je travaillais dans les jeux vidéos, je me foutais de mon corps. Aujourd’hui, je vois les rides, je vois les cheveux blancs… Il faudra peut-être que je change mon marketing.»

Sans oublier la transformation des relations interpersonnelles. «J’ai passé deux ans sans baiser hors de la job, continue Mélanie. Tsé, ça ne te tente plus de baiser quand t’as fait ça toute la journée.» La pensée qu’elle était asexuelle lui a longtemps traversé l’esprit.

Mais non ! Il est arrivé que Mélanie commence une relation avec une autre femme, une escorte comme elle. Toutes deux ne savaient toutefois pas comment se montrer qu’elles étaient spéciales l’une pour l’autre. L’histoire s’est terminée.

Maintenant, il lui arrive d’avoir des papillons en face d’un client. Mais elle garde en tête sa philosophie : «L’heure payée est la limite qu’il nous faut. Money is the emotion’s condom».

 

Pour continuer la lecture : «Maxime Durocher, escorte pour femmes».

  • Rose Rose Sullivan

    C’est géniale quand t’es pas le genre des pimps et qu’ils ne t’achalent pas pour te recruter ou avoir leur cote, ou quand ta situation financière ne t’étouffe pas au point de ne pas avoir le loisir de sélectionner tes clients en fonction de tes goûts et limites, mais c’est rare que les femmes pratiquent dans des conditions semblables, et en tant que média, faire la promotion d’une activité qui est beaucoup plus souvent dangereuse et destructrice qu’épanouissante est selon moi se faire complice d’une industrie violente et inhumaine… C’est particulièrement vrai quand les propos rapportés ne sont pas vérifiés et validés, icomme ici avec l’utilisation du terme prohibitionniste. Il y a une grosse différence entre prohibition et abolition… Se faire traiter de prohibitionniste par des exploiteurs-euses qui se cachent sous le titre de travailleurs-ses du sexe c’est une chose, mais voir leur propos être rapporté par un média qu’on pensait respectable et capable de jugement, c’est décevant. Et c’est bien de parler du prix à payer plus tard, mais il est tellement minimiser… Aucun régime d’assurance ne peut couvrir les dommages de la prostitution sur la majorité des femmes qui la pratique et s’il était chiffrable, elles chargeraient des primes de fou pour y arriver… Quant à Maxime Durocher, les conditions qu’il décrit sont à milles lieux de celles connues par les femmes et les hommes dans la prostitution, ces derniers étant beaucoup plus populaires auprès d’autres hommes qu’auprès des femmes, et gagnant beaucoup moins… Bref du beau n’importe quoi tout ça, une belle pub juste à point pour le Grand-Prix, que même des agences sur internet relient à une hausse de la demande de sexe tarifés… Avoir 15 ans et besoin d’argent je serais déjà en train de placer une annonce, bravo, c’est super convaincant.

  • Rose Rose Sullivan

    C’est géniale quand t’es pas le genre des pimps et qu’ils ne t’achalent pas pour te recruter ou avoir leur cote, ou quand ta situation financière ne t’étouffe pas au point de ne pas avoir le loisir de sélectionner tes clients en fonction de tes goûts et limites, mais c’est rare que les femmes pratiquent dans des conditions semblables, et en tant que média, faire la promotion d’une activité qui est beaucoup plus souvent dangereuse et destructrice qu’épanouissante est selon moi se faire complice d’une industrie violente et inhumaine… C’est particulièrement vrai quand les propos rapportés ne sont pas vérifiés et validés, icomme ici avec l’utilisation du terme prohibitionniste. Il y a une grosse différence entre prohibition et abolition… Se faire traiter de prohibitionniste par des exploiteurs-euses qui se cachent sous le titre de travailleurs-ses du sexe c’est une chose, mais voir leur propos être rapporté par un média qu’on pensait respectable et capable de jugement, c’est décevant. Et c’est bien de parler du prix à payer plus tard, mais il est tellement minimiser… Aucun régime d’assurance ne peut couvrir les dommages de la prostitution sur la majorité des femmes qui la pratique et s’il était chiffrable, elles chargeraient des primes de fou pour y arriver… Quant à Maxime Durocher, les conditions qu’il décrit sont à milles lieux de celles connues par les femmes et les hommes dans la prostitution, ces derniers étant beaucoup plus populaires auprès d’autres hommes qu’auprès des femmes, et gagnant beaucoup moins… Bref du beau n’importe quoi tout ça, une belle pub juste à point pour le Grand-Prix, que même des agences sur internet relient à une hausse de la demande de sexe tarifés… Avoir 15 ans et besoin d’argent je serais déjà en train de placer une annonce, bravo, c’est super convaincant.

  • David Provost Robert

    Ce n’est pas vrai que tous les prostitués sont des personnes exploitées et soumises. D’ailleurs, je suis persuadé que le regard que la société porte sur elles est pour beaucoup dans leur souffrance. Déboulonner les préjugés ne veut pas dire fermer les yeux sur la traite humaine, il ne s’agit que de rectifier les faits. Soyons clairs, l’exploitation sexuelle existe et elle doit être combattue. Rectifier les faits d’une situation complexe , d’une réalité qui l’est aussi, c’est faire un travail de journaliste, tout comme nous montrer ce revers de la médaille, qui existe et qui est juste. Bravo à Urbania de nous partager cet angle nous permettant une meilleure compréhension d’une réalité qui, parfois, nous échappe.

  • David Provost Robert

    Ce n’est pas vrai que tous les prostitués sont des personnes exploitées et soumises. D’ailleurs, je suis persuadé que le regard que la société porte sur elles est pour beaucoup dans leur souffrance. Déboulonner les préjugés ne veut pas dire fermer les yeux sur la traite humaine, il ne s’agit que de rectifier les faits. Soyons clairs, l’exploitation sexuelle existe et elle doit être combattue. Rectifier les faits d’une situation complexe , d’une réalité qui l’est aussi, c’est faire un travail de journaliste, tout comme nous montrer ce revers de la médaille, qui existe et qui est juste. Bravo à Urbania de nous partager cet angle nous permettant une meilleure compréhension d’une réalité qui, parfois, nous échappe.