Y’a pas grand ville dans le monde qui sait profiter de l’été comme Montréal, et la 4e édition du Village au Pied-du-Courant lancée jeudi dernier en est un solide exemple. Mis sur pied par La Pépinière – un organisme à but non lucratif dédié à la revitalisation de sites urbains sous-exploités- et de nombreux collaborateurs et collaboratrices passionnés, le Village est en quelque sorte une vitrine sur la mouvance communautaire et sociale qui prend de plus en plus de place à Montréal. Entretien avec Jérôme Glad, cofondateur de La Pépinière et visionnaire engagé.

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Quand je croise un terrain vague en me promenant dans les rues de Montréal, jamais ne je penserais avoir le droit de le transformer en haut-lieu du party! C’est pourtant ce que vous avez fait avec le Pied-du-Courant! Raconte-moi comment ça s’est passé…

Dans sa première année, le Village au Pied-du-Courant s’appelait le Village Éphémère, créé par l’ADUQ, groupe dans lequel j’étais. Au début, on voulait faire un projet de réappropriation d’espace, mais au centre-ville, sur le boulevard McGill College. On s’est vite rendu compte qu’obtenir les autorisations obligatoires était beaucoup trop compliqué, et surtout très long, et on n’avait pas la crédibilité nécessaire. Au même moment, des citoyens voulaient avoir accès au fleuve, et nous écrivaient souvent à l’ADUQ en nous demandant de faire quelque chose sous le pont Jacques-Cartier, donc on s’est baladé dans le coin et on a découvert que ce lieu [la chute de neige Fullum] existait.

C’est quand on a fait le premier Village Éphémère qu’on s’est rendu compte qu’on était capable de prendre des lieux qui étaient totalement délaissés et les transformer en quelque chose qui a beaucoup de valeur pour la communauté.

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Le village éphémère que vous créez, c’est un lieu de rencontre, où on trouve des installations design, de l’art, de l’alcool, de la musique. Est-ce que n’importe qui pourrait décider d’investir un lieu public à sa façon?  

N’importe qui est capable de partir un projet de petite envergure, mais si tu veux partir gros dès de début, tu te mets vraiment à risque de te planter. Le premier village éphémère, c’était juste une journée, donc ça n’a quasiment rien couté, ce sont les revenus du bar qui nous ont permis de financer le projet. La 2e année, le Village Éphémère a duré deux mois, et c’est à ce moment que La Pépinière est entrée en jeu, parce que ça venait avec toute une gestion qui dépassait les capacités de l’ADUC.

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Je crois que certaines personnes pensent que le Village génère beaucoup d’argent, mais en fait c’est plutôt un projet qui est risqué financièrement, et déficitaire pour La Pépinière. Bien qu’on soit soutenus à tous les paliers politiques, on arrive à obtenir seulement 15% du montant total requis sous forme de subventions pour mener à bien le projet. La plus grosse subvention, c’est le public qui la donne en consommant sur place au bar, ou encore à la cantine qui est nouvelle cette année.

On s’est rendu compte qu’on était capable de prendre des lieux qui étaient totalement délaissés et les transformer en quelque chose qui a beaucoup de valeur pour la communauté.

Cool, une cantine! Il y a d’autres nouveautés, cette année? Quelque chose dont tu es particulièrement fier?

La première chose dont je suis particulièrement fier, c’est tout simplement qu’on ait pu faire revenir le projet. Les subventions n’arrivent pas tout de suite, donc avant le 1er jour d’ouverture où on a zéro revenu et aucun cashflow, il faut se convaincre nous-mêmes que ça va marcher!

Deuxièmement, avec un budget d’aménagement assez similaire à celui de l’an dernier, on arrive à avoir un site qui est plus grand. Je crois qu’on a réussi à créer différentes poches d’intimité, tout en préservant la grande plage libre, qui est la signature du lieu.

Est-ce que La Pépinière et toi avez un projet de rêve?

Oui! En ce moment, il y a des grands hôpitaux qui sont abandonnés au centre-ville de Montréal – que ce soit Les Hospitalières, L’Hôtel Dieu ou Le Royal Victoria – et je pense que ces lieux-là offrent vraiment la possibilité de faire un énorme prototype de la ville idéale, en regroupant dans un même endroit des organismes à vocation sociale.

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On a été inspiré par Les grands voisins à Paris, un projet propulsé par trois organismes: Aurore, qui fournit de l’hébergement pour les immigrants, les réfugiés et les gens dans le besoin; Plateau Urbain, qui loue des espaces à d’autres organismes qui cherchent des locaux; et Yes We Camp, qui a un peu le même modèle d’affaires que La Pépinière, qui eux, gèrent le café, le camping, font de l’agriculture urbaine, font toute sorte d’installations dans ce « village » sans voitures, en plein cœur de Paris.

Je pense qu’ici à Montréal, ce qui est bien, c’est qu’il y a une économie sociale très forte.

Penses-tu que c’est plus facile de mener à bien ce genre de projet à Paris qu’à Montréal?

Non, je pense qu’ici à Montréal, ce qui est bien, c’est qu’il y a une économie sociale très forte, donc une reconnaissance que des organismes sans but lucratif puissent prendre une grande part dans les activités de la ville. On dit qu’il y a moins de bénévolat au Québec, mais il y a plus d’organismes d’économie sociale, et ce n’est pas plus mal parce que ça veut dire que les gens sont payés pour agir pour le bien commun. Ce sont des emplois qui créent une richesse collective incroyable !

Moi je suis Français, et je suis resté à Montréal parce que justement, je pense qu’il y a une bonne fraternité entre tous ces organismes, un bon vivre-ensemble et une qualité de vie à laquelle contribuent fortement tous ces organismes innovants. 

Rendez-vous le jeudi 8 juin au Village au Pied-du-Courant pour le premier 5 à sable de l’été.

 

Pour un autre article d’Émilie Rochon Gruselle : «Se magasiner des trips à trois à son insu».