Ah, le sportif de salon. Ce paresseux être qui s’effoire sur son divan, la table à café devant lui remplie de cochonneries, pour regarder du sport à la télé.

Nombreuses sont les personnes qui le pointent du doigt en soulevant les nombreux paradoxes qu’il dégage (malnutrition, manque d’activité physique, etc.), alors que le sport encourage un mode de vie sain. Alors, on le blaste ou on le laisse tranquille, le sportif de salon?

sportifLe sportif de salon dans son habitat naturel. Mise en scène: Serge Denoncourt.

D’abord, je dois vous avouer que je me considère comme un sportif de salon à temps partiel puisque je pratique assez souvent des activités physiques. Mais ça ne m’empêche pas de m’installer dans mon sous-sol pendant la moitié d’un dimanche pour m’empiffrer de chips, popcorn et autres cochonneries en regardant des pros fournir un effort physique incommensurable.

Est-ce que ça fait de moi une personne bourrée de contradictions? Peut-être, mais je penserais pas.

En tout cas, si, comme moi, vous vous considérez être un(e) sportif(ve) de salon un peu, beaucoup, en masse, et que vous êtes tanné(e) d’essuyer les remarques sarcastiques des gens de votre entourage, voici des petits trucs pour répondre aux commentaires les plus fréquents du tac au tac, comme qu’on dit:

«Si tu aimes regarder une activité, pourquoi ne pas la pratiquer?»

On peut triper à observer un sport (ou toute autre discipline) sans pour autant avoir le goût de l’essayer, t’sais.

Exemple soft : une compétition olympique de plongeon.

sportifCrédits photo : Al Bello/Getty Images

Voir des athlètes professionnels qui s’entrainent depuis l’âge de 7 ans partir en handstand du tremplin avant de se propulser dans les airs et de compléter 3 backflips les jambes collées au corps; le tout en faisant une éclaboussure plus petite que la mienne quand je descends les marches dans ma piscine, c’est tout à fait sublime.

Je veux dire, j’ai sauté 3 fois du tremplin de 10 mètres dans ma vie et j’avais la chienne à chacune des occasions. Et là, je vous parle d’un saut en chandelle le corps droit comme une barre afin d’éviter tout éventuel flat dans le front qui m’aurait sans doute été fatal.

Oui, j’ai déjà fait une culbute dans les airs du tremplin de ma piscine et j’ai déjà plongé de celui de 3 mètres à la piscine municipale quand j’étais jeune, mais ma carrière de plongeur s’est arrêtée là et je ne le regrette en rien.

Exemple hard : un combat de UFC

sportifCrédits photo : Vaughn Ridley/Getty Images

À l’hiver dernier, j’ai eu l’occasion de rencontrer Olivier Aubin-Mercier puisque je devais écrire un article sur lui pour le magazine URBANIA Spécial extraordinaire 2017. Je me suis donc rendu au gym où il s’entraine pour assister à un de ses entrainements et à la fin de cette séance, il a été assez «gentil» (les guillemets n’auront jamais été aussi appropriés) pour me faire une soumission dans l’octogone.

sportifCrédits photo : Daphné Caron

Après 3 jours de douleur gorgeale (adjectif inventé de toute pièce), mettons que je peux confirmer que j’aime mieux voir Olivier péter la gueule à son adversaire dans un écran que de subir ce pétage de gueule.

Morale de l’histoire : oui, on peut avoir du fun à regarder quelqu’un pratiquer une activité, sans autant avoir le goût de soi-même la pratiquer. Toujours pas convaincu(e)?

Ok, bye.

«Tu trouves pas ça un peu contradictoire de regarder du sport en te bourrant la yeule?»

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Se clencher un sac de Sun Chips au cheddar format Costco tout en buvant une pinte de Carlsberg en assistant à une performance incroyable d’un humain surdoué pour jouer au basketball qui se démène jusqu’à en avoir le souffle court, en effet, ça peut paraitre contradictoire.

Sauf que pendant que le vrai sportif se défonce en direct du terrain, le sportif de salon, lui, se défonce en direct de son sofa, y allant de ses meilleurs encouragements pour son équipe fétiche. Il gueule, il gesticule, il saute même parfois de son siège pour se rapprocher de sa télé et parler dans le «cass» de l’arbitre qui, selon plusieurs études que j’ai lues récemment, ne l’entendrait pas.

Bon, vous me direz que les ratios «calories ingérées/calories dépensées» des deux types de sportifs ne sont aucunement comparables, mais ce qui compte réellement, c’est que chacun donne son «110 %» comme qu’on dit dans le monde du sport.

«Si tu passais autant de temps à faire du sport qu’à le regarder, tu serais sûrement un athlète olympique.»

Probablement, oui. Parce que tout le monde sait que n’importe qui peut devenir athlète olympique avec un peu de volonté et du travail.

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Pis toi, si tu passais autant de temps à collectionner des feuilles d’érable mortes qu’à chialer sur le fait que je préfère regarder du sport plutôt que d’en faire, tu aurais une sacrée collection de feuilles d’érable mortes.

Pertinence = 0.

«T’as rien d’autre à faire de ta vie, genre du bénévolat?»

«Non, j’en ai déjà fait assez au secondaire. J’étais dans le programme international : Homo Faber pis toute.»

«Je ne savais pas qu’on ne pouvait pas faire ce qu’on voulait de nos temps libres. Peux-tu me forwarder la liste des hobbies préapprouvés stp? Un GROS merci.»

«Ah oui, c’est vrai que de faire 3 heures de yoga par jour, c’est beaucoup plus pertinent que de regarder du sport. Mes chakras se portent bien, merci. Namasté, sti.»

«……………….» (double roulement de yeux d’Anderson Cooper).

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En bref, vivre et laisser vivre, t’sais.

«As-tu déjà calculé le nombre d’heures que tu as passées à parler de l’échange Subban-Weber?»

Non, mais j’estimerais que j’ai dû en discuter durant 17 ou 18 heures au total. PIS J’EN SUIS TOUJOURS PAS REVENU.

Eh oui, je vais continuer à en jaser. Surtout présentement, comme P. K. et sa bande sont en finale de la Coupe Stanley pendant que Shea et ses amis des Canadiens jouent au golf.

S’il fallait que Nashville gagne la Coupe, je t’avouerais que les 5-6 prochaines années de ma vie ne seront consacrées qu’à une seule chose : écrire «HAN! J’TE L’AVAIS-TU DIT?» sur le wall de mes amis qui disaient que c’était une excellente transaction pour le CH.

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Et comme l’a dit le grand manitou Wayne Gretzky : «Tu rates 100 % des tirs que tu ne prends pas.»

Ça a plus ou moins rapport dans ce contexte, mais je trouvais que ça terminait bien ce guide.

Bon sport de salon à toutes et à tous!

 

Pour lire un autre texte de Philippe Côté-Giguère : «Le petit lexique du hockey des séries».