«Ma belle-maman est décédée en septembre, assez subitement d’un cancer. On a tous trouvé ça très dur, mais mon père était tellement malheureux quand elle est partie. Ils étaient ensemble depuis 15 ans, il avait vraiment perdu sa moitié. Trois mois et dix jours plus tard, c’est lui qui est décédé. Il travaillait dans la construction à Montréal et il a eu un accident.

Aujourd’hui ça va mieux.

C’était hallucinant, tout ça s’est passé tellement vite. On a trouvé un peu de réconfort quand on a ramené l’urne de ma belle-maman près de lui au salon [funéraire]; dans un sens, ils étaient à nouveau ensemble… Aujourd’hui ça va mieux. J’ai un petit frère, et elle avait deux enfants, donc on est quatre. Heureusement qu’on est tous les quatre.»

«Même si tous les quatre on avait nos vies de chaque côté, c’est à la maison des parents qu’on se retrouvait souvent les fins de semaine pour souper. On était comme dix autour de la table, avec les blondes des uns, les chums des autres. Pour moi, c’était l’équilibre parfait. Il y avait de la bouffe pour une armée. Ma belle-maman n’avait même pas l’air de cuisiner, et puis le festin était là, sur la table. C’était simple. Ça me permettait d’oublier un peu que j’étais devenue une adulte; laisser mes responsabilités de côté, et me faire dorloter. C’est ça l’image que je garderai d’eux: un bonheur fait d’habitude, de petites choses, sans stress, sans doute. Un bonheur un peu naïf, mais simple en fait.»

Des fois, avec tout ce qui s’est passé, j’ai l’impression d’avoir 45 ans alors que j’en ai seulement 25.

«J’étais au travail quand on m’a appelée pour mon père. J’ai tout de suite quitté pour aller à l’hôpital. Et quand il est parti, ma mère m’a dit ‘Tu dois t’éloigner de tout ça.’ C’était un voyage que j’avais déjà prévu, mais quelques semaines après on est parties à quatre filles, au Nicaragua : moi, ma mère, une amie et sa mère; les quatre nurses en périple. C’était incroyable, une façon de faire une pause pour un bref moment.

Des fois, avec tout ce qui s’est passé, j’ai l’impression d’avoir 45 ans alors que j’en ai seulement 25. J’ai ce côté responsable, qui gère la situation, qui pense à sa carrière, et de l’autre je vois des amis qui ont des jobines et qui voyagent. Je suis un peu prise dans ce dilemme: vivre ma vie de jeune femme de 25 ans, ou assurer la suite. Je dois trouver quelle est ma place entre les deux. Mon travail me passionne, et le voyage m’anime. Mon rêve, ultimement, c’est d’être infirmière à l’étranger, mais je le réalise déjà en travaillant ici, avec Médecins du Monde Canada, auprès des populations vulnérables et marginalisées.»

«Je n’ai jamais été aussi bien de ma vie. Jamais. Et j’ai peur parce que j’ai l’impression que je ne vais plus jamais être aussi bien de ma vie. Je me sens dans un moment de réussite, dans toutes les sphères de ma vie. Les trois dernières années ont été les pires de ma vie, alors à la fin de l’année passée, j’avais décidé que je rentrerais au Brésil. J’en avais eu assez. Je suis une personne forte, résiliente, qui lutte pour les choses, mais il y a une limite.

Je marche des fois dans la rue et je me dis «Wow, je suis tellement heureuse».

Puis j’ai rencontré l’être humain merveilleux qui est maintenant mon amoureux, et les pièces du casse-tête ont commencé à toutes s’emboiter: j’ai trouvé un emploi dans mon domaine en design, et un emploi dans mon domaine comme médiatrice culturelle. Et j’ai aussi réussi à trouver un appartement de rêve! Pendant beaucoup de temps, quand tout allait bien dans ma vie je pensais que, ou bien tout allait s’effondrer, ou que j’allais mourir.

C’est comme une ombre qui me suis, je marche des fois dans la rue et je me dis «Wow, je suis tellement heureuse». Puis j’ai l’impression qu’un camion va me rentrer dedans. Ça se peut que je sois folle, mais c’est un sentiment que j’ai, et c’est très inconscient. Mais consciemment, dans mon cœur, je me sens très en sécurité.»

«On s’est déguisés pour célébrer le fait que le soleil soit de retour. Comme l’hiver a été si long, on voulait distribuer de l’amour en distribuant des bénédictions de fées. Tu veux en piger une?»

 

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