Hugo Mudie a décidé de lâcher l’université pour partir en tournée non-stop avec The Sainte Catherines en 1999. Depuis ce temps, il a sorti 36 albums et il a brulé plus de 10 moteurs de camions sur la route à travers le monde. Il est monté sur scène des milliers de fois, organisé des shows même en dormant, démarré des compagnies de disques, fondé des festivals, booké des rappers, géré des chanteuses, pogné deux fois la bactérie mangeuse de chaire, pleuré dans des loges, envoyé chier la moitié de la planète et fait le party avec l’autre moitié. Il veut aujourd’hui démystifier les dessous de l’industrie musicale telle qu’il l’a connue et la perçoit. Cette semaine, il nous parle du rôle ingrat qu’est celui du chanteur.

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Je suis chanteur. Je me demande constamment si j’ai vraiment fait ce choix. Si j’ai vraiment le talent nécessaire pour faire ça. Tsé, le fameux don de Dieu… ou est-ce que je me suis bullshité moi-même pour juste être sur un stage et me faire dire que j’suis bon et beau sans avoir à apprendre un instrument?  Est-ce que tous les chanteurs ont pour but ultime d’avoir leur égo flatté non-stop, comme un gros chat dans une maison de retraite, lors d’une séance de zoothérapie? Malgré les nuances de réponses possibles, je tends à me ranger vers le oui!

Dans tous les groupes du monde, on sait qui est le chanteur et on se criss un peu du bassiste.

On voit souvent les chanteurs (teuses) comme des gens pleins de confiance. Je trouve en fait que la plupart du temps, c’est le contraire. Ce sont souvent des gens assez réservés qui sont un peu “traumatos” d’un passé trouble de manque d’attention. Ils cherchent un peu d’amour… ils en trouveront sur le stage.

Poor lonesome cowboy

Le chanteur est comme le lanceur au baseball. Tout seul au milieu du stade à essayer de prouver qu’il peut faire la job. Tout le monde le regarde espérant que ce soit vrai… tout en souhaitant secrètement qu’il se plante.

Le chanteur se fait checker de haut par les autres musiciens. Souvent parce qu’ils sont jaloux de son poste. C’est lui le plus important du band, même si c’est le bassiste qui écrit les tounes. Dans tous les groupes du monde, on sait qui est le chanteur et on se criss un peu du bassiste, assez souvent du guitariste et beaucoup du drummer.

C’est un peu le problème avec le rôle du chanteur. Quand tout va mal c’est de sa faute. Quand tout va bien c’est la faute du band.

Si Chris Martin m’envoyait un email pour dire qu’il veut faire une collaboration avec moi pour la trame sonore du nouveau film des Chipmunks, je saurais c’est qui ( je dirais surement oui ). Si c’était Jon Buckland, dans son email, il serait obligé de dire «  Hey Hugo, this is Jon Buckland, guitar player for Coldplay, I wrote a hell of a catchy song for the next Chipmunks movie and Chris doesn’t wanna sing on it, I immediately thought of you… »  Sinon j’aurais aucune fucking idée c’est qui ce Jon. (Je dirais probablement oui à la proposition de Jon aussi.)

Dissection du comportement

Le chanteur se fait demander de faire trois pas en avant, lors des photoshoots du band. Il se sent mal, mais le fait pareil. Il voudrait dire aux autres du band que c’est pas son choix. Mais… il s’exécute parce que c’est flatteur et le photographe trouve que c’est beau. C’est lui qui fait les entrevues, même s’il déteste ça. On le dépeint comme artiste “avec ses musiciens”, même s’il a jamais demandé ça. Quand le guitariste part en solo, il appelle le chanteur et lui demande de venir jaser alentour d’une chop de porc sur le BBQ.

Une des pires affaires d’être dans un band de musique qui n’est pas assez big, c’est loader le stock dans la salle ; avant et après le show.  Dans le monde des bands undergrounds, le chanteur à d’autres chats à fouetter lors du « load in ». Il est le plus motivé, car la quête d’amour can move mountains.

Le chanteur est souvent manager du groupe. Sans la paye, ni le titre.

Il agit aussi à titre de manager. Quand il arrive au show, il doit : aller voir le promoteur, faire des entrevues et répondre encore une fois à la question :  « Qu’est-ce qui à influencé le choix de votre nom de groupe? ».  Pendant ce temps, les membres du groupe, qui ont absolument rien fait pour booker ce show, loadent le criss de Marshall à 3 roues en haut des 18 escaliers en chialant sur la lâcheté du chanteur et en riant en gang de ses obligations qui à leurs yeux n’en sont pas vraiment.

(Plusieurs années plus tard, ces musiciens seront pour la plupart devenus «  techniciens » et pluggeront professionnellement des fils dans des trous, alors que le chanteur chantera encore des chansons pour un salaire moindre que les pluggeux de fils.)

Au final, le rôle le plus ingrat

C’est un peu le problème avec le rôle du chanteur. Quand tout va mal c’est de sa faute. Quand tout va bien c’est la faute du band. Tout le monde split le cash égal quand y’en a, mais le chanteur reste pogné avec les dettes quand le band break up, parce que tout est à son nom et c’est «son band anyway».

Le chanteur est souvent manager du groupe. Sans la paye, ni le titre. S’il joue bien ses cartes, le chanteur du p’tit groupe pourra œuvrer dans l’industrie du disque quand il se rendra compte que l’amour qu’il recherche du public ne sera jamais aussi gratifiant que l’amour d’une blonde, d’un enfant ou d’un ami. Alentour d’une chop de porc.

La prochaine fois que vous allez voir un show, il faut savoir que le chanteur attend votre amour. Si vous êtes là, c’est parce que vous aimez sa voix, sa musique, non? Payez-lui une shot, frenchez-le, chantez à tue-tête les paroles avec lui, même si elles sont celles du bassiste.

Pour continuer sur le thème de la musique : «La playlist sexu de JP Tremblay : faites l’amour»

  • Daniel Drolet

    Bel article. Plaisant a lire. Merci