Non, Restaurant Day n’est pas le jour où tous les restaurants sont gratuits, désolé. Mais c’est la création d’une multitude de restos, cafés et bars éphémères à travers les villes d’une trentaine de pays pendant une journée.

Ce «carnaval culinaire» qui prend place quatre fois par an est né en Finlande à Helsinki et fêtera ses 6 ans le 21 mai prochain, pile-poil le lendemain de sa prochaine édition.

L’occasion de s’improviser restaurateur le temps de quelques heures et d’ouvrir sa maison!

La règle est la suivante: tout est possible. Un bar à cocktail dans une ambulance, des grillades dans un parc par -20 degrés, une soirée pizza chez votre belle-mère, un resto de bouffe pour chien, un cupcake party sur un bateau… TOUT est envisageable!

C’est en fait surtout l’occasion de s’improviser restaurateur le temps de quelques heures et d’ouvrir son salon, son jardin, ou encore son toit à d’autres habitants d’une même ville. Un peu comme jouer au restaurant… mais rendus adultes! (À noter qu’il est aussi possible de prendre ça très au sérieux et tester la dernière recette de Ricardo qui demande d’acheter 15 ingrédients différents).

Restaurant Day a été imaginé par Antti Tuomola, Olli Sirén et Timo Santala, et même si on hésite encore quant à la prononciation de leurs noms, leurs motivations à créer ce concept sont impressionnantes d’altruisme. Dans un Ted talk, l’un des fondateurs explique que le fait de partager un repas est finalement un beau prétexte afin que des voisins, des personnes d’un même lieu se côtoient et se rapprochent. Parce que c’est vrai qu’on est toujours de meilleure humeur le ventre rempli!

Ici la bouffe c’est un peu notre religion.

La Ville de Montréal appuie officiellement l’initiative, mais tout ça, ce n’est pas très légal en fait. Partout dans le monde, de nombreuses lois réglementent la vente de bouffe, de breuvages et de boissons alcoolisées dans l’espace public, et même chez soi. Qu’à cela ne tienne, cela n’empêche pas le mouvement de grossir d’année en année et de multiplier les villes participantes.

Quoi manger? Où manger?

C’était pas mal certain que Restaurant Day allait fonctionner ici puisque la bouffe c’est un peu notre religion. «Je crois qu’on peut officiellement dire que nous sommes la 2e ville la plus active au monde, après la ville fondatrice Helsinki», m’explique Frédérik-Toran Nissen, son organisateur. On peut presque se targuer d’être aussi cool que les Scandinaves. Yay!

Ce samedi, plus d’une cinquantaine de restaurateurs temporaires sont attendus pour vous servir à boire et à manger et il est possible de découvrir leurs menus et localisations sur internet.

Restaurant Day, c’est aussi l’occasion de donner vie à des idées étonnantes.

On a jeté un coup d’oeil aux restos pop-up qui se préparent et on peut dire que les Montréalais font preuve de créativité pour attirer leur clientèle d’un jour.

  • Le «Merci BAOcoup» dans NDG qui de toute évidence… servira des bao.
  • La «Reine des quiches en Nouvelle-France», coin Fullum et Marie-Anne, qui nous promet une part de quiche pour deux piasses (et place nos attentes assez hautes avec cette histoire de royauté).
  • Le «Beigne Oui!» pour changer du Tim Hortons et assister à la confection de beignes russes au coeur du Plateau.
  • Le «Des bouchées qui font sourire!» si jamais vous feelez moyen ce jour-là et que vous vous retrouvez par hasard au coin des rues Laurier et Mentana.
  • Le «Aux SuCCCrés» qui veut nous suCCCrer le beccc sur Laurier Ouest.
  • Le «Say Ça» qui est en fait le nom d’un comité de soutien aux étudiants réfugiés qui servira des plats traditionnels syriens rue Rachel.
  • Le «Spring Tacos + Girl Power» dans le Mile-End pour déguster des tacos dans une ambiance féministe!

Mais la liste est longue et il y aura aussi des variantes vegan, de la bouffe mexicaine, des spécialités coréennes, de la nourriture polonaise et même des choux au Parc Laurier (oui, des choux)… Moi j’ai découvert que ma voisine allait cuisiner des spécialités haïtiennes par exemple. Je serai devant sa porte à la première heure, avec l’air creep que j’adopte lorsque j’ai faim.

BOUFFE + MONTRÉAL = ❤

J’ai réalisé un petit sondage maison et il s’avère que le Restaurant Day a su conquérir le coeur de Montréal depuis sa première édition québécoise en février 2014. Toutes les personnes interrogées aiment beaucoup cette expérience de partage culinaire des cultures. «Mes coups de coeur sont vraiment lorsqu’on peut entrer dans le salon ou la cuisine du restaurateur ou de la restauratrice et y manger un morceau. Chez une famille du Cachemire, de l’Iran, du sud de l’Inde, du Mexique ou du Vietnam… C’est vraiment trippant à expérimenter!», confie Frédérik-Toran Nissen.

Contre toutes attentes, personne ne rapporte avoir vu des gens bizarres arriver chez eux.

Mais Restaurant Day, c’est aussi l’occasion de donner vie à des idées étonnantes.

Par exemple, Andréanne Maltais Tremblay a créé des restos pop-up dans des places laissées à l’abandon. L’un dans une friche ferroviaire d’Hochelaga et l’autre sur un espace vide du centre-ville. «Créer un restaurant provençal éphémère sur le terrain d’une ancienne station-service, c’était une idée un peu folle. Il m’aura fallu un camion plein de chaises et de tables, 3 jours en cuisine et beaucoup d’aide de la part d’ami(e)s pour y arriver!», me raconte-t-elle. Cette initiative a permis par la suite à Andréanne de créer un organisme à but non lucratif qui aide les citoyens à valoriser les terrains vacants.

 


Crédit photo : Bruno Florin

Crédit photo : Bruno Florin

Certains font aussi faire le service par des enfants, me rapporte-t-on. D’autres ont parti un resto-vélo ambulant. Il y a aussi eu des restaurateurs tellement fans de Point Break qu’ils passaient le film en boucle chez eux. Parfois en attendant sa commande, on a proposé aux clients des tours de magie, des concerts d’accordéon… Et plusieurs finissent par en faire une tradition en participant à chaque édition, comme par exemple cette gang qui semble être vraiment sur le citron et qui a réussi à accueillir jusqu’à 100 personnes sur sa terrasse au printemps dernier.

Le vrai fun de Restaurant Day est de se faire un parcours en après-midi de 3-4 ou même 5-6 restaurants!

Contre toutes mes attentes, personne ne me rapporte avoir vu des gens bizarres arriver chez eux (il n’y aurait donc que moi et mon air creep alors?!).

En tout cas, on n’aime pas ça choisir lorsqu’il s’agit de bouffe. Le mieux reste donc de s’organiser un circuit comme le propose Frédérik-Toran Nissen: «Je dirais que le vrai fun de Restaurant Day est de se faire un parcours en après-midi de 3-4 ou même 5-6 restaurants.» Ouin, rien que ça.

Sinon, j’en profite pour lancer un appel. Quelqu’un aimerait ça partir un resto à raclette samedi? Même par grosse chaleur, je me porte volontaire pour faire fondre du fromage avec vous autres. Merci.

 

Pour lire un autre texte de Claire-Marine Beha: «Photographier les montréalais dans leur habitat naturel».

  • Carolicorn Mercier

    Je viens de la région et nous sommes allés 4 fois à Montréal pour le restaurant day! Avec ma sœur ou des amies, nous arrivions à faire 7 restos dans la journée! Maintenant nous ouvrons notre resto à Victoriaville :D Longue vie au RD!!