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En 2014, Thibault Carron et Mikaël Theimer quittent leurs jobs respectives en finance de marché et en publicité. Ce dernier songe depuis quelque temps à se partir un blogue sur l’itinérance et regarde avec beaucoup d’admiration le travail du photographe et créateur de Humans of New York. Inspiré par celui-ci, l’idée de reproduire ce genre de témoignages visuels pousse le trio d’amis [devenu aujourd’hui un duo] à photographier des personnes dans la rue afin d’alimenter Portraits de/of Montréal. Le projet qui est à la fois photographique et humaniste parvient à s’immerger dans l’intimité de parfaits inconnus de la métropole, avec attention et sans voyeurisme.

Portraits de/of Montreal sort un premier livre, avec environ 275 portraits et quelques histoires inédites!

Trois ans plus tard, les deux gars parcourent encore les rues, appareils photo toujours en main, à la rencontre des Montréalais et de leurs histoires. Leur premier objectif est sans équivoque celui de donner envie à leurs lecteurs d’«être curieux des autres». Chez URBANIA, la curiosité est dans notre ADN, c’est pour cela qu’on partage certains de leurs portraits chaque semaine depuis qu’ils ont commencé!

Mercredi 17 mai sort leur premier livre qui compile environ 275 portraits avec en prime quelques histoires inédites. Fiers de voir leur travail transcrit sur papier, puisqu’un livre signifie pour eux un objet qui reste dans le temps, qui concrétise leur projet hors du virtuel, nous les avons rencontrés dans un café du Plateau, un quartier qu’ils sillonnent particulièrement afin d’aborder de nouveaux inconnus.

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La question me taraude… Comment met-on les personnes en confiance afin qu’elles se laissent photographier? On est d’accord que la plupart du temps, on n’aime pas ça, se faire prendre en photo!

Thibault Carron: La photo et le témoignage vont ensemble et la photo sert en fait à briser la glace pour entamer une discussion!

Mikaël Theimer: Oui, moi tu m’enlèves mon appareil photo, je ne sais plus comment parler à des inconnus! Mais tout est dans l’énergie que tu dégages, ton sourire surtout. Je pense que la clé c’est qu’on s’intéresse vraiment aux gens…

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Une personne nous interrompt. C’est un homme qui a été photographié par le duo et qui se trouve dans le livre que Mikaël et Thibault ont apporté pour notre entrevue. Ils lui montrent sa photo. «Mais quelle belle chose! Bravo les gars!» Je lui pose alors sensiblement la même question: comment ont-ils réussi à te convaincre de te laisser prendre en photo? C’était facile pour toi? «Mais oui j’ai pas eu le choix, ils étaient trop charmants!» Ça paraît tout bête cette histoire de sourire et d’énergie, mais de toute évidence, ça fonctionne! Le monsieur repart, visiblement heureux.

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Qu’est-ce qui va faire que vous avez envie de prendre quelqu’un en photo?

Mikaël: La réponse facile c’est le look. Lorsque quelqu’un a un look qui se détache, tu vois une photo avant de voir la personne. Mais sinon c’est vraiment au feeling! J’ai envie de parler à une personne, j’y vais. Parfois j’en ai très envie, mais je ne le sens pas, donc je n’y vais pas et après… bah je regrette! Ha ha! On se trouve des excuses!

J’imagine qu’il y a des personnes qui vous impressionnent plus que d’autres…

Mikaël: Moi ce serait davantage un monsieur de 50 ans en costume avec son briefcase. Je me sens en décalage en fait avec cette personne-là et donc j’ose moins. Il ne me fait pas peur en tant que tel, mais ça risque de ne pas connecter, j’ai peur de me faire juger on dirait…

Thibault: Oui, mais j’ai un bon contre-exemple! Il y a une personne que j’avais photographiée dans le quartier financier, qui était en costume, extrêmement élégant, et en fait il travaillait pour des ONG. Le gars n’était pas trader du tout! Des organismes avec qui on pourrait travailler par exemple! On a tous des idées préconçues, on se dit que ce n’est pas quelqu’un qui voudra nous parler, mais finalement… pourquoi pas?

Le livre est d’ailleurs dédié à Gilles, un itinérant, qui est malheureusement décédé au début de l’année.

Vous partagez souvent des portraits de personnes itinérantes. C’est pas mal les témoignages les plus touchants, difficiles et partagés sur les réseaux sociaux. C’est un choix de votre part de privilégier ces histoires-là?

Mikaël: Oui, c’est un choix conscient de leur donner une voix. Le livre est d’ailleurs dédié à Gilles, un itinérant, qui est malheureusement décédé au début de l’année. Il est dans le livre. Page 49, c’est lui. Il y en a plusieurs qu’on passe voir régulièrement.

Thibault: Les gens vont parfois retrouver les itinérants qu’on a pris en photo aussi. Ils connaissent leurs noms et leurs conditions grâce à notre travail.

Mikaël: Justement, l’été passé, il y a un itinérant qui nous avait confié souffrir de la chaleur et avoir des gros problèmes respiratoires. Il pensait mourir et trois jours après, une personne est allée lui apporter une boîte de ventolines!

Wow, c’est émouvant! Mais étant une personne sensible, je me demande comment on fait pour se protéger émotionnellement quand il y a autant de personnes qui nous confient des choses douloureuses et personnelles de leurs existences?

Mikaël: On ne se protège pas!

Thibault: Non, je comprends ce que tu veux dire, clairement il faut une manière d’évacuer. Je sais que ça m’atteignait beaucoup au début, et encore aujourd’hui. Donc j’essaye de trouver des mécanismes pour reprendre le cours de ma vie. Mais lorsque tu écoutes les gens, forcément tu emmagasines des choses…

Y’a un truc qu’on a toujours rêvé de faire, c’est aller en prison!

Maintenant que Portraits de/of Montréal se retrouve immortalisé sur papier, quels sont vos prochains défis?

Mikaël: Y’a un truc qu’on a toujours rêvé de faire, c’est aller en prison! Ha ha! On aimerait aussi approcher des femmes travailleuses du sexe et des femmes qui sont sorties de la prostitution. Plus on est dans les marges, plus c’est intéressant.

Thibault: Mais pour la prison tout ce qu’il nous reste à faire, je pense, c’est commettre un délit! Et surtout, demander à garder notre appareil photo sur nous.

Finalement, de quelle manière avez-vous sélectionné les portraits que vous souhaitiez voir dans le livre?

Mikaël: Ça a été surtout de savoir qui nous étions capables de recontacter, car on avait besoin des autorisations signées et officielles, ça en a coupé déjà une bonne partie. On y est ensuite allé à la pertinence, pour qu’il y ait de la diversité dans les histoires, les visages, pour que ce soit le plus représentatif possible de la mosaïque montréalaise! Mais certains choix ont été déchirants!

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À la fin de notre rencontre, Mikaël profite d’un rayon de soleil et repart aussitôt prendre des photos. J’échange quelques mots avec Thibault qui m’explique être très fébrile à l’idée de pouvoir enfin lancer ce livre, fruit d’une ambition qu’ils nourrissent depuis leurs débuts.

Le lancement officiel du livre Portraits de/of Montréal se déroule ce samedi soir 20 mai à l’Écomusée du fier monde de 18h à 21h.

 

Pour découvrir les Portraits de Montreal sur URBANIA, c’est par ICI!