Quand Melissa Maya déménage, deux choses doivent être aussitôt branchées en dépit des montagnes de boîtes: la machine à café et la table tournante. L’animatrice et auteure – qui vient de scénariser un documentaire sur le disque vinyle et qui a un studio d’enregistrement à la maison – a eu envie de rencontrer d’autres freaks dans leur habitat naturel.
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Cette semaine, on entre dans l’appartement d’un gars qui veut aider à «Bâtir le Québec de demain» : Gabriel Nadeau-Dubois, porte-parole et candidat dans Gouin pour Québec Solidaire.
Merci de m’accueillir chez toi, Gabriel. Je sais que tu es super occupé, c’est vraiment apprécié!
Ça va, c’est ma journée de congé. Bienvenue chez nous! Mais je t’avertis tout de suite: il n’y a aucun coin musique ici. Je ne sais bien pas ce que tu vas photographier, parce que ma musique, elle est toute dans mon cellulaire. Veux-tu de l’eau pétillante?
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Je vais t’expliquer mon concept, mais commençons par tes racines. Tes parents, eux, ils en avaient des disques?
Je viens d’une famille activiste, pas artistique. Les films, les arts visuels… Il n’y avait pas vraiment ça à la maison. Et mes parents se sont divorcés quand j’avais un an. Mais ma mère a rencontré un homme – avec qui elle est encore aujourd’hui – qui avait des goûts musicaux vraiment hétéroclites…
Avec le recul, je me rends compte qu’il m’a ouvert sur le monde.
Il avait autant des cassettes de Joe Dassin que de musique raï, à une époque où la musique du monde n’était pas hyper à la mode. Souvent, ma mère et moi étions troublés, ou disons réticents (LOL!), mais, avec le recul, je me rends compte qu’il m’a ouvert sur le monde.
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Bin là! Est-ce qu’on peut savoir son petit nom?!
Jean-Pierre!
Allo Jean-Pierre! :)
Tu sais, je ne suis pas un mélomane. Je suis un militant. Mais s’il y a une seule chose que je regrette dans ma vie, c’est de ne pas avoir appris un instrument de musique. Je sais que je suis jeune, mais je veux dire: avoir appris un instrument de musique quand j’étais jeune.
J’admire ceux qui ont cette discipline.
J’ai déjà essayé le piano, la guitare… J’ai même déjà été dans une chorale, ça, c’était avant que je mue! Mais j’étais un petit gars qui ne tenait pas en place. Je n’ai pas poursuivi. C’est un réel regret. J’admire ceux qui ont cette discipline.
Woah, c’est fou ce que tu me dis là! Voir que tu n’es pas un mélomane… D’ailleurs, si j’ai voulu te rencontrer, c’est parce j’ai su entre les branches que tu avais rédigé presque tout ton mémoire de maîtrise en écoutant Cesária Évora et du jazz touareg. Ça m’intriguait pas à peu près.
J’ai de la misère à réfléchir dans le silence. Et la radio me déconcentre. Alors j’écoute des albums. La mode de la «toune», je trouve ça épouvantable. Une toune par-ci, une toune par-là… Pour moi, c’est important d’écouter l’œuvre dans son ensemble. Ce sont donc des albums qui m’ont accompagné pendant mon mémoire. Si j’entends une de leurs chansons aujourd’hui, j’ai une impression de déjà-vu. Je les associe à cette période de ma vie.
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Quel est l’artiste que tu respectes le plus?
Le pianiste Brad Meldhau. Un moment inoubliable pour moi: quand je l’ai vu au mythique House of Jazz à New York. Un spectacle solo. La veille, j’étais à Vancouver pour une conférence de presse. Je devais ensuite rapidement revenir au Québec. Mais je ne pouvais pas manquer ça, alors j’ai pris un avion pour New York. Je ne suis même pas resté 24 heures, mais j’ai vu Brad Meldhau.
As-tu une chanson fétiche? Une chanson que tu écouterais avant un discours pour te calmer, par exemple? Tu as souvent l’air chill (en contrôle) en entrevue!
Il semble y avoir un mythe autour du politicien, comme si on avait tous un rituel d’avant-discours. Pour vrai, je n’en ai pas. Si je veux mettre d’attaque, je peux écouter du rap. Mais ce ne serait pas juste de dire que c’est un rituel.
Il y a une ligue contre mes choix musicaux!
D’emblée tantôt tu m’as dit que toute la musique était dans ton cellulaire parce que tu es toujours sur la route. C’est quoi ta road music?
Il faut que je te dise quelque chose. Je suis chanceux. Je ne conduis jamais. Quand on se rend à quelque part pour le travail, j’ai besoin de me concentrer sur mes affaires. Alors ce sont Renaud et Philou – les gars de mon équipe avec qui je suis toujours – qui conduisent. Toujours. La moindre des choses, c’est que je les laisse choisir la musique!
Anyway, je suis toujours la tête de Turc quand il est question de musique. Même au bureau électoral… Il y a une ligue contre mes choix musicaux! (Rires.) On classe les papiers, on prépare les pancartes… Personne n’a envie d’écouter du jazz expérimental ou du tango, tu comprends?!
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Ha, ha, ha, ha! Alors vous écoutez quoi?
Appelons ça de la musique «contemporaine». (LOL.) Mais point important: il y a une exception. Quand on roule en direction d’un événement où j’aurai à faire un discours important pour moi, c’est moi qui choisis la musique. Renaud et Philou choisissent toujours la musique, sauf avant un discours.
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Il est peut-être là, le rituel d’avant-discours de Gabriel Nadeau-Dubois… Peu importe. Ce qui le préoccupe en ce moment, c’est le Québec de demain. Et à la retraite peut-être, il s’assoira pour des cours de piano. D’ici là, il fait dire que le dernier album de VALAIRE est pas mal bon! (Et moi j’aurai une petite pensée à chaque fois que je boirai de l’eau pétillante.)
Pour découvrir un autre Coin musique de Melissa Maya Falkenberg: «Dans l’appartement de la star montante de l’électro-pop KROY».