Au Québec, le cliché de la Germaine, qui fait référence à une femme qui «gère et mène» son foyer comme une gestionnaire chiante, est régulièrement évoqué pour plaider qu’on vit dans une société où les femmes dominent les hommes, une société… (roulement de tambour)… Matriarcale!

Les féministes se font servir cet argument encore et encore et encore. Et encore.

«Icitte, au Québec, c’est les femmes qui mènent à maison! Elles disent tout le temps à leur chum quoi faire… Et quand j’étais petit, ma mère ne se laissait pas piler sur les pieds par mon père quand venait le temps de décider ce qu’on mangeait pour souper! Donc, MATRIARCAT!»

Non, pas matriarcat.

La charge mentale, c’est le syndrome que vivent plusieurs mères qui réalisent qu’elles doivent «tout le temps penser à tout».

Jusqu’à cette semaine, j’arrivais mal à formuler pourquoi le cliché de la Germaine n’est pas un signe d’avancement de la condition des femmes et pourquoi il fait intrinsèquement partie du système patriarcal. (C’est tellement contre-intuitif: la personne qui gère n’est-elle pas celle qui a le pouvoir?) Mais là, comme plein de gens sur les réseaux sociaux, je viens de découvrir le concept de «charge mentale» grâce à une BD. Et la game vient de changer.

Ça ne veut pas forcément dire que l’homme fait moins de tâches domestiques.

La charge mentale, c’est le syndrome que vivent plusieurs mères en couple avec un homme et qui réalisent qu’elles doivent «tout le temps penser à tout». Elles doivent gérer la liste d’épicerie, les fêtes des enfants, planifier les brassées de linge, les lunchs, les suivis médicaux, etc. Et non, elles ne considèrent pas ça émancipateur pantoute. Elles trouvent ça surtout épuisant et abrutissant.

Ça ne veut pas forcément dire que l’homme fait moins de tâches domestiques que sa blonde (quoique les statistiques montrent que c’est quand même le cas), mais plutôt qu’il attend que sa conjointe lui délègue les tâches à accomplir, parce qu’il considère par défaut que c’est elle «la boss» de la maison et qu’il n’est qu’un simple exécutant. C’est la blonde qui a la responsabilité du bon fonctionnement du foyer. Et si elle est débordée, on estime qu’il faut qu’elle «demande de l’aide» à son chum, parce que justement, il s’agit d’une «aide» que ce dernier lui apporte dans la tâche de gestion familiale qui lui revient à elle par défaut.

Il y a une pression collective qui est exercée sur les femmes pour qu’elles soient de parfaites mères et ménagères.

Cette gestion ne représente pas de l’empowerment féminin, en premier lieu parce que tout ce travail est complètement bénévole – contrairement au travail de planification au sein d’une entreprise qui te donne un salaire.

Ensuite, ce n’est pas un choix que font les femmes, c’est une répartition des tâches qui leur est confiée par automatisme.

J’entends plein d’hommes rétorquer que c’est leur blonde qui s’octroie le rôle de boss de la maison, parce qu’elle tolère moins bien la saleté et le désordre qu’eux et qu’elle s’en met plus sur les épaules que nécessaire… Il se peut qu’il y ait une part de vérité là-dedans. Mais il faut comprendre qu’il y a une pression collective qui est exercée sur les femmes pour qu’elles soient de parfaites mères et ménagères et que les hommes sont épargnés par cette pression. Les femmes ne sont pas placées devant le même choix que les hommes quant à l’administration de la maison et à la possibilité de botcher celle-ci, parce que ce rôle leur revient culturellement. On les pousse en ce sens depuis l’enfance, et on les juge beaucoup plus sévèrement une fois adultes lorsqu’elles faillissent à la tâche.

L’homme nono dans la pub a besoin du féminisme

Donc non, la Germaine n’est pas la preuve qu’on vit dans une société où les femmes détiendraient un grand pouvoir sur les hommes. Et d’ailleurs, la charge mentale permet également d’invalider un autre point qui est lui aussi tout le temps évoqué pour dire que les hommes sont dominés au Québec: l’éternel argument de l’homme nono dans la publicité.

L’archétype de l’homme nono et celui de la Germaine fonctionnent main dans la main.

Il est vrai que le cliché du couple québécois hétéro dans la pub (et dans plusieurs séries télé), c’est celui de la femme débordée qui s’en met trop sur les épaules… et son pendant masculin : l’homme immature, incapable de choisir un produit ménager efficace. Or, l’archétype de l’homme nono et celui de la Germaine fonctionnent main dans la main et ils participent directement à la pression collective sur les femmes pour qu’elles assument la charge mentale, en réitérant que ce sont elles les plus aptes à gérer le foyer puisque leur chum sont en fait de grands ados qui ont besoin d’encadrement.

Donc non, plaider que les femmes au Québec sont des Germaines et que les hommes sont nonos dans la publicité, ça ne vient pas du tout invalider la pertinence du féminisme. Ça vient la réaffirmer.

 

Pour lire un autre texte de Lili Boisvert: «Pourquoi je me fais couper les cheveux par un garagiste».

  • Benoît Lajeunesse

    Et si la charge mentale était auto-imposée, ET transmise par les femmes? Tsé, la maison parfaite avec les plates-bandes parfaites…pis les enfants bien habillés, pis toujours propres… Ma mère ne faisait rien de ça et elle n’était pas une Germaine. La maison était ordinaire, on était toujours à jouer dans la boue et ça l’amusait beaucoup. Faque, votre maladie mentale n’est pas du féminisme, c’est du « contrôle freak » puissance 1000. Pis ma mère était chef de famille monoparentale avec 5 kids… Les pires critiques envers les femmes viennent des femmes. Les hommes ordinaires jouent le rôle qu’on leur laisse, ou leur impose…

    • Kat Mc

      J’ai déjà « enduré » mon bébé hurler dans sa couchette pendant 45 minutes en pleine nuit parce que son père, qui devait s’occuper de lui donner son biberon, préférait son NHL sur le playstation. Je ne voulais pas lui couper l’herbe sous le pied et faire ma germaine justement.
      J ai aussi entendu ma pinotte de presque 3 ans à l’époque appeler son pere pendant 2h30 pour qu’il vienne la laver après qu’elle soit tannée de jouer dans le bain. Je me suis tannée et j’y suis allée. J ai mangé un char de m… parce qu' »il m’avait dit qu’il y irait » – 2h30 plus tot entre 2 games de NHL sur le playstation…

      Je lui ai demandé de préparer le lait du bb mais il ne voulait pas parce qu’il ne savait pas comment faire. « Ben fais comme j’ai fait et lis les instructions sur la boîte »

      Tsé, elle est où la ligne entre vouloir tout contrôler et espérer que son chum assume aussi une responsabilité qu’on a à 2?

      Je faisais tout toute seule parce que lui ne s’impliquait pas. Si je ne le fesais pas, et que je ne disais rien, ca restait la! Non mais tu l entends comme moi le bb qui pleure, tu le vois comme moi que le panier de linge déborde et qu’il n’y a plus une seule assiette propre dans l’armoire. Tu as faim aussi un moment donné… pourquoi dois-je être là a de demander de partir un lavage, de faire um bout de vaisselle ou de changer la couche du p tit dernier? T’as besoin d’une confirmation?

      Le comble, quand je lui demandais de l’aide, il pognait les nerfs et me trouvait harcelante. C est comme ca qu’il m’a plantée là avec un bb de 5 mois et une petite de 3 ans et demi. Parce que selon lui, je ne baisais plus assez souvent (trop fatiguée), j’étais trop contrôlante (alors que je ne l’ai jamais empêché de sortir et que je ne savais même pas où il était la moitié du temps – même quand il s’est fait une nouvelle blonde dans mon dos quand je m occupais seule de notre maison et de nos enfans) et que je l’empêchais de vivre (parce qu’il n’aimait pas que je lui demande de diminuer le playstation ou que je n’étais pas d accord avec l’achat d une voiture sport dont on n’avait pas besoin et pour laquelle on n avait pas les moyens mais qu’il a quand meme achetée).

      Auto-imposée la charge mentale? Vraiment?

      • Benoît Lajeunesse

        Bin oui, j’ai pas choisi ton chum. Je comprends chaque argument, mais je ne suis pas ton homme. Il ne devait pas être l’homme idéal avant la venue du kid j’imagine… Et il ne l’est pas devenu après. Un ado attardé qui joue au playstation dans la cave restera un ado attardé… Y a juste changé de mère.

        • Kat Mc

          Heureusement tous les hommes ne sont pas pareils, je connais des hommes très impliqués dans la maison et avec leurs enfants. Mais les statistiques ne me surprennent pas et quand j’entends mes amies parler, c’est toujours à peu près la même chose. Elles arrivent de travailler (elles aussi) et leur chum attend qu’elles soient là pour préparer le repas, ils s’occupent des enfants en attendant la maman et ne font rien du ménage sans qu’elle ne leur demande.

          Mon arrière-grand-mère disait à ma grand-mère « la mère des hommes est pas morte » parce que ça ne date pas d’hier les hommes qui attendent d’une femme qu’elle s’occupe d’eux et de la famille, comme une maman devrait le faire (comme leur maman prenait soin d’eux).

        • Kat Mc

          Par rapport à ton commentaire sur le choix de mon chum, tu rabaisses mon jugement, sans même me connaître. Juste pour l’information, le gars en question, était perçu comme « un bon gars ». C’était un ami que je connaissais depuis un bon moment et avec qui j’ai accepté de sortir quand il m,a fait savoir son intérêt parce que justement c’était « un bon gars ». On a eu des petits accrocs comme tous les couples, mais quand j’étais juste sa blonde, qu’on était juste tous les deux, nous étions « égaux ». Même enceinte de ma fille, il a été super, je n’ai rien à dire. Ça s’est gâté à l’arrivée de la petite parce que lui nous a casés dans les rôles de « lui le pourvoyeur », et « moi la maman ». (Je ne nous ai jamais perçus ainsi) Je n’étais plus sa blonde, j’étais « la mère ». Il m’a même reproché un soir quand il a recommencé à travailler, que le souper n’était pas prêt quand il arrivait (disons que je l’ai mal pris!).

          J’avais changé de rôle dans sa perception et son attitude a changé. La dynamique était différente et notre relation a changée. Mais moi, je me disais que c’était juste normal que le couple soit bouleversé à l’arrivée d’un bébé. C’est avec le recul que j’ai réalisé que c’était beaucoup plus complexe que ça.

          • Benoît Lajeunesse

            Jamais j’oserais.

          • rougederouge

            Ben si, il a osé.
            Quand c’est pas la faute des filles de pas dire clairement ce qui les tracasse, c’est la faute des filles d’avoir mal choisi son chum qui ne veut pas écouter.

        • rougederouge

          Franchement !
          Si on devait leur faire passer des tests avant de s’engager à faire un flo (encore un truc sur la charge mentale), heureusement qu’on a l’immigration !

    • vesper5189

      Qui a dit ici que les concepts patriarcals ne sont qu’imposés par des hommes uniquement ? Ce sont des constructions sociales qui sont effectivement perpétués par la société en général. Le but de l’idée ici présente est justement d’en prendre conscience et de penser à ce qu’on pourrait faire ensemble pour se sortir du concept de marde des rôles genrés qui ruine les vies de tout le monde. C’est ça, entre autres, le féminisme.

      • Benoît Lajeunesse

        Pas de face pis pas de nom…

      • Benoît Lajeunesse

        Pis le but de l’idée présente est que y a pas de Germaine….et c’est crissement faux.

    • rougederouge

      Et votre père était celui qui avait en tête la liste d’épicerie, qui s’assurait qu’on ne manquait jamais de papier Q, que les enfants allaient à leurs rendez-vous chez le dentiste, que les devoirs, les lunchs et le souper étaient faits, que les factures étaient payées et qu’il avait assez de chemises propres et repassées pour la semaine.
      Quel ménage merveilleux !

  • Yudith

    Le plus drôle, c’est quand cette répartition des tâches se déplace au travail. La Germaine qui était tannée de tout gérer à la maison gratis se trouve un emploi d’assistante à la direction. Surprise, elle se retrouve à tout gérer pour le directeur, souvent un homme, qui passe ses journées à lui demander comment on copie-colle sur un ordinateur et qui il doit rencontrer à 15h. Tout ça pour moins de la moitié de son salaire de directeur. À mon sens, le vrai féminisme, ce n’est pas d’ôter leur travail à ces femmes; c’est de s’assurer qu’elles sont adéquatement appréciées et payées pour ce qu’elles font. Accessoirement, ce serait aussi de cesser de donner automatiquement les postes de directeur à des hommes sous prétexte qu’ils sont plus grands et ont une voix plus grave.

  • André Martin

    F… it! La germaine et le matriarcat existe. Le règne intemporel de la Matrice.

    • Melissa Verdoni

      Wow un autre qui a RIEN compris 🙄🙄🙄🙄

      • André Martin

        Continue à réfléchir… on sait jamais.

  • Catherine de Verdun

    Très intéressant comme article. J’ai passé des mois en thérapie de couple à essayer de faire comprendre ce concept à mon homme. J’avais beaucoup d’aide de sa part à la maison pour exécuter les tâches ménagères mais je souhaitais partager davantage la charge mentale (à l’époque on ne savait pas comment nommer ça). Je n’y suis pas parvenue et les listes de choses à faire que je dressais (sans préciser qui devait exécuter les tâches) le rendait fou. Le soir venu, les enfants couchés, je suggérai qu’on s’assoit et qu’on détermine ensemble si l’accomplissement de ces tâches étaient bel et bien nécessaire et, si c’est le cas, qui s’en chargerait. Je croyais pourtant avoir trouvé un bon concept ! Mais non…

    Devenue très malade (difficulté à me concentrer, à parler ou à écrire) mais tout de même capable d’exécuter encore plusieurs tâches ménagères, il a compris, circonstances obligent, le concept de charge mentale. Au bénéfice de tous et toutes, voici en ses mots comment il a défini la chose : avoir l’esprit d’initiative, faire preuve de leadership, savoir flagger les problèmes, savoir identifier les choses à faire.

    On a chacun nos points forts. Moi, c’est de voir ce qui ne va pas (autant dans l’organisation de la maison que dans le comportement ou l’humeur des enfants, lui c’est son incroyable endurance physique qui lui permet d’abattre une charge incroyable de tâches (nuit blanche avec bébé, travail le lendemain comme si de rien n’était et aller faire l’épicerie à 23 h le soir) tout en conservant sa bonne humeur.

    Bon courage à tous !