Au Québec on semble cultiver une fascination plus que certaine pour les pertes de poids. Prenons par exemple le fait qu’au niveau de la programmation télé, on voit passer des titres tels que Ma vie à 600 lbs, Maigrir pour gagner ou encore Qui perd gagne.

Katherine Levac perd du poids?
Ah ben là, on veut pas juste le vouère! On veut savouère comment!
Debbie Lynch-White se prépare à jouer la Bolduc? Elle a appris à turluter?
On s’en fout! Ce qui nous intéresse, c’est qu’elle a perdu 40 livres pour le rôle!

Acceptons-nous tels que nous sommes! Mais priorisons des collations à 100 calories…

Oui, la curiosité est là: des diètes des sœurs Jenner au programme d’entraînement d’Antoine Bertrand interprétant Louis Cyr, les pertes de poids sont investiguées, acclamées. D’un côté on entretient médiatiquement cette fascination, de l’autre on tente de faire la promotion d’une image corporelle saine et diversifiée.

Favorisons la diversité corporelle! Mais priorisons toujours les mêmes types de casting… Acceptons-nous tels que nous sommes! Mais priorisons des collations à 100 calories… T’es belle comme t’es! Mais il me semble que tu le serais encore plus avec un ptit 10 livres en moins…

Les doubles discours sont nombreux et ça peut devenir étourdissant. Over all, on s’y perd…
Quels types de corps sont considérés comme gros, dodus, ronds, «bien en chair»? Qu’est-ce qui est considéré comme mince, svelte, athlétique? Qu’est-ce qui est considéré «in between»? Les tailles extra petite, petite, médium, large, extra large, extra-extra large, elles représentent quoi? Eh bien, si on se fie à Google «Famous plus size model», ça donne ceci:

Des femmes. Que des femmes. De la lingerie, des bikinis, de la nudité et des poses suggestives.
WELL… Soit « taille plus », mais désirable, que ça dit.

Et admettons qu’on y va dans la binarité et qu’on explore le domaine masculin? Voici:

Parmi quelques madames égarées et quelques messieurs minces et musclés, on retrouve pas mal toujours le même homme (habillé, cette fois-ci): Zachary Miko. Premier mannequin «taille plus» à être signé par une agence.

Taille plus… Il n’y a pas à dire, tout est une question de perception.

On s’y perd donc dans la nomenclature, mais on s’y perd aussi au niveau de l’association qu’on peut faire entre certaines silhouettes et certains comportements. Si on pense aux classiques infopubs, ce sont habituellement des gens avec une apparence physique qui déroge des normes sociales de beauté qui seront les gaffeurs nonos qui font exploser leur milkshake dans leur cuisine. On glorifie souvent les morphologies plus minces et musclées, les associant à des modèles de bonne santé, d’équilibre et de réussite alors qu’on contraire, on associe des silhouettes considérées en surpoids à de mauvaises habitudes de vie.

Pensons à cette tendance à féliciter d’emblée une perte de poids, mais de ne pas faire mention d’un gain de poids.

À ce sujet, tournons-nous vers la sagesse de Mélanie Guénette-Robert, responsable du volet éducation et prévention chez Anorexie Boulimie Québec (ANEB). «On associe souvent les silhouettes plus athlétiques au contrôle. On peut être porté à se dire « il-elle a ce corps-là parce qu’il-elle fait des efforts, il-elle a de la volonté que je n’ai pas!». Mais le poids à lui seul n’est pas un indicateur de santé. Une silhouette considérée comme étant mince ne témoigne pas automatiquement d’un meilleur état de santé comparativement à une silhouette qui s’éloigne des normes présentées dans les médias.»

Alors oui, les images et les messages véhiculés par les médias font qu’on intériorise certaines croyances, mais ce n’est certainement pas la seule source de pression qui influence notre rapport au corps. Pensons un moment à notre milieu familial, notre environnement, notre éducation, nos expériences relationnelles amicales, amoureuses, sexuelles… Pensons à cette tendance à féliciter d’emblée une perte de poids, mais de ne pas faire mention d’un gain de poids, quand dans certaines situations, ça peut être une bonne nouvelle de prendre quelques livres…

Entretenir une image corporelle positive, c’est le travail de toute une vie.

«Favoriser le mieux-être, ça passe par la prise de conscience des idées qu’on a intégrées et de ce qu’on véhicule nous-même, par rapport au poids, à la santé… Juste utiliser un vocabulaire plus positif pour se définir peut aider. Si tu parles de ton «muffin top» ou que tu te qualifies de «toutoune» ça peut sembler rigolo et en apparence dédramatiser le rapport au corps, mais au final ça entretient davantage les idées négatives ce qui n’aide pas à développer une image de soi positive», ajoute Mélanie Guénette-Robert.

Le discours des gens autour et notre propre discours intérieur jouent pour beaucoup dans notre rapport au corps. Il y a des évènements et différentes circonstances dans nos parcours qui font que notre corps change et changera constamment. Entretenir une image corporelle positive, c’est le travail de toute une vie. On est en constante évolution, en constante adaptation. Soyons indulgents! Après tout, on est beaucoup plus que les étiquettes (de vêtement) qui tentent de nous définir.

 

 

Pour lire un autre texte de Julie Lemay: «5 raisons de ne pas porter de soutien-gorge».