Je vais faire quelque chose d’un peu différent cette semaine et vous partager une tranche de vie. J’ai envie de vous intéresser à un évènement que j’ai participé à créer avec une maudite belle gang.

Que voulez-vous; la scène étant ce qu’elle est, on se retrouve parfois à être dessus, derrière et collaborateur à URBANIA en même temps… et disons que ma mission ici étant de vous faire découvrir de la musique excitante et des expériences nouvelles, on est en plein dedans.

Des musiques qui suggèrent la transe ou des états altérés.

Donc voilà; dès ce soir débute la seconde édition du Distorsion Psych Fest, un grand rassemblement de musiques et de culture psychédélique à la sauce montréalaise. Je ne sais pas ce que ça évoque pour vous, mais si vous pensez aux années 60 on n’est pas loin. La naissance même du terme «psychédélisme» vient de cette époque. Sans faire une thèse sur le sujet, disons que bien que la rencontre de la drogue (principalement du LSD) et des arts ait participé à créer le mouvement, ce n’est pas du tout obligé; on parle surtout de ce qui est hypnotique, du dérèglement des sens, d’une juxtaposition d’images hallucinogènes et de musiques qui suggèrent la transe ou des états altérés.

Psychédélisme 101

On pourrait dire sans trop se risquer que le mouvement a été mis sur la map au Québec avec le retour délirant de notre Robert Charlebois national de Californie, où il avait découvert Zappa et les Doors au coeur du l’été brûlant de 1968. Qu’on a toujours une scène très riche et variée qui s’en inspire de différentes manières, allant des expérimentations visuelles de Godspeed you black emperor au rock garage de Chocolat en passant par l’électro et le folk.

Plus d’artistes sont issus du numérique que du tye-dye…

Et bien que certains éléments à l’origine du mouvement se retrouvent au cœur des Psych Fest contemporains, c’est un terme qui a beaucoup évolué depuis Woodstock. Autant au niveau de la musique que des arts visuels on n’en est plus uniquement au rock garage, à la nostalgie, aux fleurs et au patchouli; il inclut désormais autant la musique électronique que le post-punk. Et plus d’artistes issus du numérique que du tye-dye

 

 

Se mettre un peu en danger

C’est sûr qu’un projet du genre nécessite pas mal de DIY dans ses débuts; on remplace l’argent par la bonne volonté et l’huile de bras, et on essaie de faire des miracles avec rien. Le festival en est à sa seconde édition, c’est encore un bébé. Et pour rester dans cette belle métaphore, mettons qu’on apprend à devenir parents sur le tas, avec toutes les dérives que ça implique…

Voici une petite liste de choses étranges qu’on a faites au cours de la dernière année. Ça devrait vous faire sourire autant que de vous instruire au cas où vous seriez assez fou pour vous lancer dans une activité du genre:

  • Passer des semaines à chercher un nom. Débattre, piger des mots dans un chapeau, en traduire en 4 langues, fouiller dans la littérature et les paroles de chansons, s’obstiner sur la sémantique pour finir par revenir à quelque chose qu’on avait trouvé le premier jour. Investir à peu près autant de temps à se choisir un animal-totem parce que quelqu’un dans l’organisation trouve ça VRAIMENT primordial.
  • Mettre en jeu plusieurs dizaines de milliers de dollars qu’on n’a pas juste parce qu’on y croit. Construire une scène, des éclairages, un bar, une loge et des lieux accueillants dans un local vide et délabré juste avec de la foi et sans trop moyen. Puis, garder sa poker face pendant trois jours en évitant d’y penser pour avoir du fun pareil.
  • Travailler avec des enfants de hippies qui portent des noms fabuleux. Mettons que ça fait des to do lists originales, avec des points exotiques comme «communiquer avec Ganesh» ou «inviter Jean-Marc-en-Ciel».
  • Posséder une carte de guichet écrit «Conspiration Psychédélique Montréal» dessus et voir la face suspicieuse des gérants de banque même quand on a juste besoin de monnaie.
  • Conduire avec sur le siège du passager une perruche géante en piñata commandée à une gentille famille mexicaine pour un show punk. Pendant une semaine.
  • Voler de la glace en pleine nuit devant un dépanneur pour un évènement qui en a vraiment besoin. (sorry, mom)
  • Trier des exposants et avoir à expliquer à certains que non, vendre des marinades ce n’est pas pantoute psychédélique.
  • Passer un après-midi à défaire des paquets de literie dans le Walmart de Côte-des-Neiges pour trouver sur quoi faire des projections vidéo.

Je ne vous raconte surtout pas ça pour me plaindre; organiser Distorsion c’est tout ça, mais c’est surtout faire naître quelque chose à partir de rien et le voir grandir. Rencontrer des personnages délirants qu’on n’aurait jamais croisés autrement. Devenir une équipe et apprendre à se faire confiance. Découvrir un paquet de musiques inspirantes et d’artistes décalés.

Soyez curieux et passez nous voir! On est un peu spéciaux, mais vous devriez découvrir des choses mémorables… et peut-être même vivre une expérience transcendantale, qui sait?

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Le Distorsion Psych Fest aura lieu à l’Église St-Enfant-Jésus du Mile-end et à l’Esco du jeudi 10 au dimanche 14 mai. Parmi les concerts à ne pas rater notons We Are Wolves, Paupière, Fet.Nat., Pypy, Anémone, Crabe, Yonathan Gat, Wizaard, Avec le soleil sortant de sa bouche et un paquet d’autres moments qui incluront chaque soir des projections lives et dj’s invités. La journée du samedi 13 mai sera consacrée à un grand marché d’art et d’artefacts psychédéliques. Des billets et passes sont disponibles ici et tu peux acheter une passe pour tout le festival au coût ridicule de 25$ (kin, Osheaga). Tu peux aussi nous suivre sur facebook!

 

Pour lire un autre texte de JP Tremblay: «De la pop naïve au Musée des beaux-arts avec le groupe Paupière».