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Les artistes se produisent de plus en plus en banlieue avant la ville. Mais pourquoi?
On a beau avoir ri de son design urbain, de sa fontaine, de son spa dĂ©contractĂ© entre deux autoroutes et de son cinĂ©ma VIP Ă 22 $ lâentrĂ©e, force est de constater quâen une dĂ©cennie, le Quartier DIX30 a su sâimposer comme un incontournable de lâĂ©conomie culturelle de la Rive-Sud. Le succĂšs cosmique de LâĂtoile a permis lâavĂšnement et le remaniement dâautres espaces de diffusion banlieusards, de Sainte-ThĂ©rĂšse Ă Laval en passant par Saint-Eustache et (prochainement) Repentigny et Saint-JĂ©rĂŽme.
Est-ce que «brosser» dans les coulisses du MTELUS ou dans le «rack» Ă manteaux dâun centre culturel de la MontĂ©rĂ©gie, câest pareil?
Pour rejoindre un public de plus en plus sĂ©dentaire, qui prĂ©fĂšre un spectacle intime de Kevin Bazinet prĂšs de chez lui au prĂ©tendu rallye entre les cĂŽnes oranges quâimplique une virĂ©e en ville, les artistes quĂ©bĂ©cois multiplient les prestations en banlieue. RĂ©sultat : MontrĂ©al peine Ă tenir le coup. Comment ça se vit de lâintĂ©rieur ? Est-ce que «brosser» dans les coulisses du MTELUS â la future incarnation du MĂ©tropolis qui ouvrira en septembre â ou dans le «rack» Ă manteaux dâun centre culturel de la MontĂ©rĂ©gie, câest pareil?
Les artistes
MĂȘme si Ăric Lapointe continue dâaller faire rĂ©guliĂšrement son tour au Bistro Ă Jojo, MontrĂ©al nâest plus ce quâelle a dĂ©jĂ Ă©tĂ© pour la musique quĂ©bĂ©coise. De 2004 Ă 2014, la mĂ©tropole a perdu prĂšs de la moitiĂ© de son auditoire payant pour les spectacles de chanson francophone, rapporte lâObservatoire de la culture et des communications du QuĂ©bec.
Parlez-en aux Cowboys Fringants. Dans les annĂ©es 2000, le groupe avait lâhabitude de donner plusieurs spectacles dâaffilĂ©e «dans lâbout dâla rue Sainte-Catherine et dâla Main» (comprendre: au National ou au MĂ©tropolis). «Avant, on pouvait faire cinq ou six spectacles dans la mĂȘme salle. Maintenant, les sĂ©jours Ă MontrĂ©al sont rĂ©duits», observe le bassiste de la formation, JĂ©rĂŽme Dupras. Il ajoute: «Par contre, je sais pas si câest reliĂ© au fait que lâoffre a augmentĂ© en banlieue, ou si câest juste parce que les gens achĂštent moins de billets.»
Le groupe Ă©lectro Valaire ne sâaventure pas si souvent sur les rives Nord et Sud.
Pour Alex Nevsky, le lien est clair. Avec son Ă©quipe de fins stratĂšges, lâauteur-compositeur-interprĂšte a dâailleurs tout fait pour maximiser lâassistance Ă sa rentrĂ©e montrĂ©alaise en mars dernier, au MĂ©tropolis. «On voulait quâil y ait beaucoup de gens, alors on a essayĂ© de pas trop jouer en banlieue avant. Fallait pas se tirer dans le pied. Maintenant que câest fait, on va aller voir en pĂ©riphĂ©rie», dit-il.
Une prĂ©caution pas toujours nĂ©cessaire. MalgrĂ© cette propension bien unique Ă ĂȘtre originaire de Sherbrooke, le groupe Ă©lectro Valaire ne sâaventure pas si souvent sur les rives Nord et Sud. «à notre grand mystĂšre, on a toujours eu un peu de difficultĂ© Ă remplir des grosses salles lĂ -bas», admet Luis Clavis, lâun des cinq membres. «Faut dire quâon a toujours misĂ© sur des formules âpartyâ, avec des afters qui virent sur le top. On veut pas vraiment que les gens rentrent chez eux aprĂšs le show.»
Montréal garde son aura en raison de sa faune de mélomanes.
Dans tous les cas, la bonne vieille pratique de roder un show quelques fois en banlieue ou en rĂ©gion, histoire dâĂȘtre fin prĂȘt en arrivant Ă MontrĂ©al, se poursuit. «Peu importe oĂč on commence la tournĂ©e, on sait que câest Ă MontrĂ©al que les mĂ©dias vont le plus en parler, explique JĂ©rĂŽme Dupras. La fĂ©brilitĂ© y est toujours un peu plus forte â notamment dans une salle avec un gros historique, comme le MĂ©tropolis.»
Au-delĂ de la rĂ©putation de ses salles, MontrĂ©al garde son aura en raison de sa faune de mĂ©lomanes (et de lâenthousiasme soutenu de son reprĂ©sentant officiel, Philippe Fehmiu, quâon peut facilement croiser trois fois par semaine si on met le cĆur Ă lâouvrage). Pour plusieurs artistes, lâatmosphĂšre en ville surpasse celle en rĂ©gion ou en banlieue, oĂč les spectacles sont parfois inclus dans des forfaits. «Lorsque nos shows sont vendus Ă des abonnĂ©s, ça peut donner des soirĂ©es oĂč il y a une partie de la foule qui nous connaĂźt bien et une autre qui apprĂ©cie le concert mais qui ne chante pas toutes les tounes», indique JĂ©rĂŽme Dupras. «Câest pas comme Ă MontrĂ©al, oĂč lâon joue uniquement devant notre public cible.»
La vibe dâun MĂ©tropolis ou dâun ImpĂ©rial, ça me charge! Je sors de scĂšne et je suis dopĂ© ben raide.
Alex Nevsky remarque lui aussi le contraste. «La vibe dâun MĂ©tropolis ou dâun ImpĂ©rial, ça me charge! Je sors de scĂšne et je suis dopĂ© ben raide. Jamais on va recevoir une aussi grosse dose dâĂ©nergie. AprĂšs ça, câest toujours un gros reality check de recommencer les shows normaux.»
La rentrée montréalaise
Avec les nouveaux ZĂ©nith de Saint-Eustache et Cabaret BMO de Sainte-ThĂ©rĂšse, sans oublier les bons vieux classiques que sont le Théùtre de la Ville de Longueuil, LâĂtoile de Brossard et la salle AndrĂ©-Mathieu de Laval, le banlieusard moyen ne manque pas dâendroits oĂč se changer les idĂ©es aprĂšs sâĂȘtre stationnĂ©. Et ça, câest sans compter lâouverture trĂšs prochaine du Théùtre Gilles-Vigneault, Ă Saint-JĂ©rĂŽme, et dâune salle attendue depuis longtemps Ă Repentigny.
Devant cette multiplication de lâoffre, la prĂ©tendue «grande rentrĂ©e montrĂ©alaise» a quelque peu perdu de son lustre. «Elle a maintenant une portĂ©e beaucoup plus symbolique», observe Ămilie CĂŽtĂ©, journaliste musicale Ă La Presse. «Il y a encore des shows oĂč le buzz est flagrant, mais en gĂ©nĂ©ral, ça signifie seulement que beaucoup de gens de lâindustrie vont ĂȘtre lĂ . Ăa peut, par exemple, ĂȘtre une bonne occasion pour lâartiste de se faire repĂ©rer par un dĂ©lĂ©guĂ© Ă©tranger.»
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Signe que les temps changent, mĂȘme les critiques des grands mĂ©dias osent dĂ©fier les lois de lâentendement en traversant de lâautre cĂŽtĂ© de la force. «Quand on sait quâun show sâen vient Ă MontrĂ©al, on essaie parfois dâaller le voir sur lâune des deux rives quelques jours avant afin que nos lecteurs en aient dĂ©jĂ une critique», explique la journaliste.
Y’a rien comme lâambiance dâun show au MĂ©tropolis. Pour les gens de ma gĂ©nĂ©ration, câest un peu notre Spectrum.
Les nouvelles salles ont tellement changĂ© la donne que des artistes profitent maintenant de leur passage dans un festival pour faire leur rentrĂ©e montrĂ©alaise, indique Philippe Rezzonico, journaliste musical Ă Radio-Canada «Ce nâĂ©tait pas le cas il y a 20 ans. Ăa leur donne souvent un bon coup de pouce, car le festival fait une partie de la promo Ă leur place. En revanche, en temps de festival, les journalistes sont un peu moins disponibles, car ils peuvent ĂȘtre amenĂ©s Ă couvrir des spectacles internationaux.»
Câest Ă lâartiste de galvaniser la foule, peu importe le lieu.
Mais mĂȘme si la programmation peut y ĂȘtre audacieuse et quâon peut y garer sa voiture sans avoir Ă dĂ©chiffrer la signification dâune pancarte pendant 78 secondes, la banlieue a encore du chemin Ă faire. «Yâa rien comme lâambiance dâun show au MĂ©tropolis. Pour les gens de ma gĂ©nĂ©ration, câest un peu notre Spectrum, estime Ămilie CĂŽtĂ©. Ăa se sent que câest une vraie salle de musique, contrairement Ă celles plus formelles et âpĂ©pĂšresâ quâon peut retrouver en banlieue.»
Fier rĂ©sident de la Rive-Nord, Philippe Rezzonico croit toutefois que câest Ă lâartiste de galvaniser la foule, peu importe le lieu. «Câest sĂ»r quâun public debout, ça met plus dâambiance quâun parterre assis, nuance-t-il. Mais en gĂ©nĂ©ral, si le show est bon, lâambiance va y ĂȘtre.»
***
MTELUS, câest quoi?
Vous connaissez et vous aimez le MĂ©tropolis, scĂšne chĂ©rie du monde musical montrĂ©alais depuis une vingtaine dâannĂ©es? En septembre, il deviendra le MTELUS. La salle sera renovĂ©e et on vous promet le nec plus ultra en termes de son, en plus de prĂ©server tous les souvenirs que vous y avez créés. En gros, on conserve lâĂąme de la bonne vieille scĂšne de la rue Sainte-Catherine, mais on bonifie lâexpĂ©rience.
Pour lire la suite du magazine interactif Spécial Banlieue: «Montréal a-t-elle perdu sa place de reine québécoise de la musique?»
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