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Les artistes se produisent de plus en plus en banlieue avant la ville. Mais pourquoi?

MTELUS et URBANIA s'unissent pour vous dresser le portrait de la nouvelle place des artistes musicaux en banlieue.

Par
Olivier Boisvert-Magnen
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On a beau avoir ri de son design urbain, de sa fontaine, de son spa dĂ©contractĂ© entre deux autoroutes et de son cinĂ©ma VIP Ă  22 $ l’entrĂ©e, force est de constater qu’en une dĂ©cennie, le Quartier DIX30 a su s’imposer comme un incontournable de l’économie culturelle de la Rive-Sud. Le succĂšs cosmique de L’Étoile a permis l’avĂšnement et le remaniement d’autres espaces de diffusion banlieusards, de Sainte-ThĂ©rĂšse Ă  Laval en passant par Saint-Eustache et (prochainement) Repentigny et Saint-JĂ©rĂŽme.

Est-ce que «brosser» dans les coulisses du MTELUS ou dans le «rack» Ă  manteaux d’un centre culturel de la MontĂ©rĂ©gie, c’est pareil?

Pour rejoindre un public de plus en plus sĂ©dentaire, qui prĂ©fĂšre un spectacle intime de Kevin Bazinet prĂšs de chez lui au prĂ©tendu rallye entre les cĂŽnes oranges qu’implique une virĂ©e en ville, les artistes quĂ©bĂ©cois multiplient les prestations en banlieue. RĂ©sultat : MontrĂ©al peine Ă  tenir le coup. Comment ça se vit de l’intĂ©rieur ? Est-ce que «brosser» dans les coulisses du MTELUS — la future incarnation du MĂ©tropolis qui ouvrira en septembre — ou dans le «rack» Ă  manteaux d’un centre culturel de la MontĂ©rĂ©gie, c’est pareil?

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Les artistes

MĂȘme si Éric Lapointe continue d’aller faire rĂ©guliĂšrement son tour au Bistro Ă  Jojo, MontrĂ©al n’est plus ce qu’elle a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© pour la musique quĂ©bĂ©coise. De 2004 Ă  2014, la mĂ©tropole a perdu prĂšs de la moitiĂ© de son auditoire payant pour les spectacles de chanson francophone, rapporte l’Observatoire de la culture et des communications du QuĂ©bec.

Parlez-en aux Cowboys Fringants. Dans les annĂ©es 2000, le groupe avait l’habitude de donner plusieurs spectacles d’affilĂ©e «dans l’bout d’la rue Sainte-Catherine et d’la Main» (comprendre: au National ou au MĂ©tropolis). «Avant, on pouvait faire cinq ou six spectacles dans la mĂȘme salle. Maintenant, les sĂ©jours Ă  MontrĂ©al sont rĂ©duits», observe le bassiste de la formation, JĂ©rĂŽme Dupras. Il ajoute: «Par contre, je sais pas si c’est reliĂ© au fait que l’offre a augmentĂ© en banlieue, ou si c’est juste parce que les gens achĂštent moins de billets.»

Le groupe Ă©lectro Valaire ne s’aventure pas si souvent sur les rives Nord et Sud.

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Pour Alex Nevsky, le lien est clair. Avec son Ă©quipe de fins stratĂšges, l’auteur-compositeur-interprĂšte a d’ailleurs tout fait pour maximiser l’assistance Ă  sa rentrĂ©e montrĂ©alaise en mars dernier, au MĂ©tropolis. «On voulait qu’il y ait beaucoup de gens, alors on a essayĂ© de pas trop jouer en banlieue avant. Fallait pas se tirer dans le pied. Maintenant que c’est fait, on va aller voir en pĂ©riphĂ©rie», dit-il.

Une prĂ©caution pas toujours nĂ©cessaire. MalgrĂ© cette propension bien unique Ă  ĂȘtre originaire de Sherbrooke, le groupe Ă©lectro Valaire ne s’aventure pas si souvent sur les rives Nord et Sud. «À notre grand mystĂšre, on a toujours eu un peu de difficultĂ© Ă  remplir des grosses salles lĂ -bas», admet Luis Clavis, l’un des cinq membres. «Faut dire qu’on a toujours misĂ© sur des formules “party”, avec des afters qui virent sur le top. On veut pas vraiment que les gens rentrent chez eux aprĂšs le show.»

Montréal garde son aura en raison de sa faune de mélomanes.

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Dans tous les cas, la bonne vieille pratique de roder un show quelques fois en banlieue ou en rĂ©gion, histoire d’ĂȘtre fin prĂȘt en arrivant Ă  MontrĂ©al, se poursuit. «Peu importe oĂč on commence la tournĂ©e, on sait que c’est Ă  MontrĂ©al que les mĂ©dias vont le plus en parler, explique JĂ©rĂŽme Dupras. La fĂ©brilitĂ© y est toujours un peu plus forte — notamment dans une salle avec un gros historique, comme le MĂ©tropolis.»

Au-delĂ  de la rĂ©putation de ses salles, MontrĂ©al garde son aura en raison de sa faune de mĂ©lomanes (et de l’enthousiasme soutenu de son reprĂ©sentant officiel, Philippe Fehmiu, qu’on peut facilement croiser trois fois par semaine si on met le cƓur Ă  l’ouvrage). Pour plusieurs artistes, l’atmosphĂšre en ville surpasse celle en rĂ©gion ou en banlieue, oĂč les spectacles sont parfois inclus dans des forfaits. «Lorsque nos shows sont vendus Ă  des abonnĂ©s, ça peut donner des soirĂ©es oĂč il y a une partie de la foule qui nous connaĂźt bien et une autre qui apprĂ©cie le concert mais qui ne chante pas toutes les tounes», indique JĂ©rĂŽme Dupras. «C’est pas comme Ă  MontrĂ©al, oĂč l’on joue uniquement devant notre public cible.»

La vibe d’un MĂ©tropolis ou d’un ImpĂ©rial, ça me charge! Je sors de scĂšne et je suis dopĂ© ben raide.

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Alex Nevsky remarque lui aussi le contraste. «La vibe d’un MĂ©tropolis ou d’un ImpĂ©rial, ça me charge! Je sors de scĂšne et je suis dopĂ© ben raide. Jamais on va recevoir une aussi grosse dose d’énergie. AprĂšs ça, c’est toujours un gros reality check de recommencer les shows normaux.»

La rentrée montréalaise

Avec les nouveaux ZĂ©nith de Saint-Eustache et Cabaret BMO de Sainte-ThĂ©rĂšse, sans oublier les bons vieux classiques que sont le Théùtre de la Ville de Longueuil, L’Étoile de Brossard et la salle AndrĂ©-Mathieu de Laval, le banlieusard moyen ne manque pas d’endroits oĂč se changer les idĂ©es aprĂšs s’ĂȘtre stationnĂ©. Et ça, c’est sans compter l’ouverture trĂšs prochaine du Théùtre Gilles-Vigneault, Ă  Saint-JĂ©rĂŽme, et d’une salle attendue depuis longtemps Ă  Repentigny.

Devant cette multiplication de l’offre, la prĂ©tendue «grande rentrĂ©e montrĂ©alaise» a quelque peu perdu de son lustre. «Elle a maintenant une portĂ©e beaucoup plus symbolique», observe Émilie CĂŽtĂ©, journaliste musicale Ă  La Presse. «Il y a encore des shows oĂč le buzz est flagrant, mais en gĂ©nĂ©ral, ça signifie seulement que beaucoup de gens de l’industrie vont ĂȘtre lĂ . Ça peut, par exemple, ĂȘtre une bonne occasion pour l’artiste de se faire repĂ©rer par un dĂ©lĂ©guĂ© Ă©tranger.»

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Signe que les temps changent, mĂȘme les critiques des grands mĂ©dias osent dĂ©fier les lois de l’entendement en traversant de l’autre cĂŽtĂ© de la force. «Quand on sait qu’un show s’en vient Ă  MontrĂ©al, on essaie parfois d’aller le voir sur l’une des deux rives quelques jours avant afin que nos lecteurs en aient dĂ©jĂ  une critique», explique la journaliste.

Y’a rien comme l’ambiance d’un show au MĂ©tropolis. Pour les gens de ma gĂ©nĂ©ration, c’est un peu notre Spectrum.

Les nouvelles salles ont tellement changĂ© la donne que des artistes profitent maintenant de leur passage dans un festival pour faire leur rentrĂ©e montrĂ©alaise, indique Philippe Rezzonico, journaliste musical Ă  Radio-Canada «Ce n’était pas le cas il y a 20 ans. Ça leur donne souvent un bon coup de pouce, car le festival fait une partie de la promo Ă  leur place. En revanche, en temps de festival, les journalistes sont un peu moins disponibles, car ils peuvent ĂȘtre amenĂ©s Ă  couvrir des spectacles internationaux.»

C’est à l’artiste de galvaniser la foule, peu importe le lieu.

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Mais mĂȘme si la programmation peut y ĂȘtre audacieuse et qu’on peut y garer sa voiture sans avoir Ă  dĂ©chiffrer la signification d’une pancarte pendant 78 secondes, la banlieue a encore du chemin Ă  faire. «Y’a rien comme l’ambiance d’un show au MĂ©tropolis. Pour les gens de ma gĂ©nĂ©ration, c’est un peu notre Spectrum, estime Émilie CĂŽtĂ©. Ça se sent que c’est une vraie salle de musique, contrairement Ă  celles plus formelles et “pĂ©pĂšres” qu’on peut retrouver en banlieue.»

Fier rĂ©sident de la Rive-Nord, Philippe Rezzonico croit toutefois que c’est Ă  l’artiste de galvaniser la foule, peu importe le lieu. «C’est sĂ»r qu’un public debout, ça met plus d’ambiance qu’un parterre assis, nuance-t-il. Mais en gĂ©nĂ©ral, si le show est bon, l’ambiance va y ĂȘtre.»

***

MTELUS, c’est quoi?

Vous connaissez et vous aimez le MĂ©tropolis, scĂšne chĂ©rie du monde musical montrĂ©alais depuis une vingtaine d’annĂ©es? En septembre, il deviendra le MTELUS. La salle sera renovĂ©e et on vous promet le nec plus ultra en termes de son, en plus de prĂ©server tous les souvenirs que vous y avez créés. En gros, on conserve l’ñme de la bonne vieille scĂšne de la rue Sainte-Catherine, mais on bonifie l’expĂ©rience.

Pour lire la suite du magazine interactif Spécial Banlieue: «Montréal a-t-elle perdu sa place de reine québécoise de la musique?»

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