Allo Urbania,

Te souviens-tu de Lydia Képinski, la fierté d’Outremont? Je t’avais conseillé d’aller la découvrir l’an dernier au Coup de Cœur Francophone. Elle va bien, je pense. Elle a lancé un EP l’automne passé, dont elle nous offre les versions « karaoké » en exclusivité ici. Elle vient de tourner un clip, fait des shows un peu partout, s’en va en finale des Francouvertes, sa toune «Apprendre à mentir» tourne pas mal sur les radios indépendantes. Bref, les choses se passent.

Lydia Képinski fait de la musique sans compromis pour plaire à quiconque.

À 23 ans (bientôt 24, elle insiste), l’auteure-compositrice-interprète autodidacte est déjà plus bardée de médailles que la plupart des premières de classe. Après Cégeps en spectacle, elle a en effet remporté des prix importants aux concours Univers-cité, au Festival de la chanson de Granby, à celui de Tadoussac et au Cabaret Festif de la relève de Baie-St-Paul. Et fait surprenant dans le paysage culturel québécois, on dirait que tout ça s’est fait sans compromis pour plaire à quiconque. Je l’ai rencontrée un après-midi dans un bar du Mile-End pour jaser de musique et de la vie en mangeant des frites.

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Réglons quelque chose tout de suite; la musique émergente passe presque obligatoirement par les concours de découvertes aujourd’hui au Québec, et tu les gagnes sans arrêt. Je trouve ça assez fou, étant donné que tu restes quand même pas mal champ gauche autant dans ta musique que dans ton attitude. T’aimes vraiment le concept ou pas? Comment ça se passe?

Oui, j’ai fait beaucoup de concours, mais tsé, c’est un peu ça la game maintenant. Le palmarès des Francouvertes c’est excitant; le monde aime ça l’idée des gladiateurs dans l’arène, des éliminations… faut se prêter au jeu. Quand tu décides que tu le fais, tu le fais jusqu’au bout, pas de reculons. Souvent je me fais dire «ouin, mais toi t’es au-dessus de ça, les concours»; pas du tout, je fais juste ça des concours! C’est comme le monde qui prononce les mots «industrie de la musique» avec un genre de dégoût… ta yeule, t’es un artiste, t’évolues là-dedans, t’en fais partie de l’industrie! Je te vois faire ton P.R. au Quai des Brumes!

Je suis opportuniste, disons-le; j’utilise les concours je les laisse pas m’utiliser.

C’est l’fun les Francouvertes comme concours. J’ai rencontré plein de musiciens le fun et plein de gérants de salles de régions que je ne connaissais pas. Et j’ai eu la chance de me pogner avec des artistes francos-canadiens sur les joies du fédéralisme, aussi. C’est plus fort que moi ça me fâche encore tout le temps l’attitude de colonisé. Ok, j’avais peut-être un peu bu comme une polonaise aussi…

Les concours c’est un bon tremplin, mais ça ne garantit pas qu’il y aura de l’eau dans ta piscine. Quand y’en a pas, tu te pètes la gueule en tabarnak. Et plus le tremplin est haut, plus ça fait mal. Le but, c’est de se servir de ça comme il faut pour se motiver ou pour propulser quelque chose, pas nécessairement de gagner. Je suis opportuniste, disons-le; j’utilise les concours je les laisse pas m’utiliser.

 

Quand on essayait de booker cette rencontre, tu m’as envoyé ton horaire de la semaine et c’était franchement étourdissant. Es-tu un peu surprise par la tournure que ça prend? Tu t’attendais à ce que ça ou pas?

Ben… tsé moi je prépare le terrain depuis longtemps. Je sais où je veux aller, et pour moi c’est un peu une obligation que ça arrive, sinon je n’enlignerais pas autant d’efforts vers cette destination-là. «L’émergence», c’est le purgatoire. T’es là pour des années à te demander si tu vas aller en enfer ou au paradis. Des fois tu es là pour toujours. Et pour vrai, je ne pense pas que j’aurais passé plus que deux-trois ans au purgatoire. Je n’aurais pas pu. J’ai besoin de succès pour me motiver, et je ne suis pas patiente. Je ne me serais pas obstiné si ça n’avait pas levé, j’aurais juste fait autre chose.

 

Tu dors un peu des fois, quand même?

Attends, je vais t’en raconter une pire… J’avais dit au réalisateur Baz «je veux faire un clip avec un cheval pis du métal». On s’est ramassé au Texas; le lundi j’avais le show de demi-finale des Francouvertes, et le vendredi il fallait que je sois à Sudbury pour faire trois concerts dans un festival. Ça nous laissait quatre jours. On n’a juste pas dormi et on a shooté.

J’ai passé les douanes américaines avec une fuckin’ cotte de maille en fer et une immense épée. Aucune question. Sérieux, l’armure devait peser 20 livres, et j’ai passé quatre jours à marcher dans le fin fond du Texas avec ça. Un moment donné Baz m’a mis dans une pirogue chambranlante, en plein milieu des bayous. Man, y’a des crocodiles là-dedans! Pis ça ne flotte pas une armure! On a tourné au Québec aussi, sur la glace avec un cheval qui n’avait pas fini d’être dressé. Mettons que oui, ça fait de drôles de semaines. En tk, le vidéo sort bientôt et il va être plein de belles images de moments où j’aurais pu mourir. (rire)

«La plus grande chanson de tous les temps ça reste Stairway to heaven, pis c’est pas une toune de trois minutes trente! Y’en a pas de règle!»

 

Y’a toute une génération de filles fortes, assumées qui poussent en musique présentement. Je pense à Safia Nolin, à Klô Pelgag, et aussi à Laurence-Anne ou Valérie Poulin. Tu considères que tu fais partie de cette gang-là?

Sûrement un peu. On a quelques trucs en commun, comme génération. On a accès à beaucoup de musique, on a grandi là-dedans. Ça nous donne des références un peu différentes. C’est des codes le format refrain/couplet/bridge, on a fait le tour un peu là.

La plus grande chanson de tous les temps ça reste Stairway to heaven, pis c’est pas une toune de trois minutes trente! On n’invente rien, tsé. Je pense à Gainsbourg mettons; il a commencé jazz et a fini en reggae sale. Y’en a pas de règle! Au final, le fait que l’industrie de la musique se soit un peu crashée c’est peut-être la meilleure chose qui pouvait arriver. Y’en aura plus d’armadas de monde qui te disent quoi faire! On est les enfants de ça je pense. Peut-être juste plus libres.

 

Prends-le pas mal, mais j’écoutais ton EP cette semaine et je me disais que dans le groupe tu serais sûrement la pas fine… L’ironie un peu jaune et le côté cinglant de tes chansons c’est vraiment ce qui m’a frappé en premier quand je t’ai découverte.

J’ai un côté grinçant, c’est ma façon de dédramatiser des situations. Pis plus les gens me disent d’être fine, plus ça me fâche. Ma mère, ma gérante, des bookers d’événements… chaque fois que quelqu’un ne me trouve pas fine, je deviens plus méchante. (rire) Oups. C’est TELLEMENT important d’être gentil avec tout le monde et de trouver tout le monde beau et fin ici. Ça doit être mon héritage européen qui réagit à ça. Ma mère est Queb’ et mon père Français, c’est lui qui m’a appris ça. En France on ne se gêne pas pour critiquer ou débattre. On s’obstine, on argumente, puis on se serre la main et on passe à autre chose.

Si y’a une gang de matantes baby-boomeuses qui ne comprennent pas, ben tant pis!

 

Donc c’est délibéré; t’as décidé d’assumer ce côté-là?

Quelqu’un m’a dit un moment donné «Tsé Lydia, faut que tu trouves ce qui te démarque. Les gens ont besoin de te mettre au moins un peu dans une boîte, et toi peut-être que ta boîte c’est d’être la bitch». Sur le coup ça m’a un peu choqué, et en y repensant je ne sais pas si «bitch» est le bon mot, mais si faut quelqu’un pour aller au bat quitte à passer pour la méchante, je vais le faire fuck off! Ça prend quelqu’un pour faire ça pis c’est libérateur. Je pense que tout le monde aurait raison d’être fâché. On se retient pour avoir un lien social qui est correct, c’est tout. La scène, c’est peut-être la place où le monde doit absolument se donner le droit d’être fâché.

On vit à une époque où c’est difficile pour un gars de parler de certaines affaires sans se faire ramasser par une certaine gauche féministe ou un autre groupe bien-pensant qui te tombe dessus avec sa supériorité morale. Je ne suis pas contre la gauche, là, juste contre les bien-pensants!!! (rire) Anyway, c’est peut-être plus facile pour une fille d’aborder des sujets comme l’amour trouble, la violence, etc. Je parlais de Gainsbourg tantôt; ça ne passerait pas ben ben dans le Québec de 2017, je pense.

Et bon, je me le suis fait dire. Dans ma run de concours, on me répétait «faut que tu remercies le public, faut que tu sois fine avec les juges, faut pas que t’oublies personne». Mais là ça va; je suis à l’aise avec ma démarche, je m’énerve plus avec ça, c’est chill. Faire l’unanimité c’est pas mal l’affaire la plus dull en ville. Si y’a une gang de matantes baby-boomeuses qui ne comprennent pas, ben tant pis! Ma mère c’est mon barème pour ça, et je prends un malin plaisir à généralement pas faire ce qu’elle aimerait que je fasse. (rire)

 

Lydia est en spectacle au festival Santa Teresa ce soir!

Sinon, vous pouvez la voir sur scène ici:
– Finale Francouvertes @ Club Soda (8 mai 2017)
– Tournée Route d’artistes @ Abitibi (9 au 13 mai 2017)
– Vue sur la relève @ Monument National (19 mai 2017)
– Le Cercle @ Québec (25 mai 2017)

 

 

Pour lire un autre texte de JP Tremblay: «Les Hôtesses d’Hilaire : l’art à l’époque des réseaux sociaux».