Avez-vous remarqué à quel point les Français immigrés au Québec se tiennent entre Français immigrés au Québec, même s’ils jurent qu’ils sont là pour se faire des amis locaux? L’amour de la mère patrie est-il si fort qu’ils doivent se réunir secrètement pour écouter Amélie Poulain en pleurant sur le prix du vin?

Les nouveaux arrivants français sont souvent considérés comme arrogants et désagréables.

Ou peut-être que ce sont les Québécois qui sont aussi froids que leurs hivers? Que nenni! Il n’y a qu’un océan qui sépare nos différentes pratiques sociales. Tentons aujourd’hui de nous comprendre pour mieux surfer ensemble.

Le premier contact

Les nouveaux arrivants français sont souvent considérés comme arrogants et désagréables, malgré leur enthousiasme et leurs bonnes intentions. Comme la plupart des problèmes de l’univers, ce malentendu prend racine dans l’ignorance. Que voulez-vous? C’est difficile de débarquer en terre étrangère avec pour seules références le one-man-show de Stéphane Rousseau et une poignée d’épisodes des Intrépides.

Dans les pamphlets d’Immigration Québec, on voit des cabanes en bois, 2 étudiants de McGill et un jazzman international. Mais personne ne précise qu’il faut faire la conversation au vendeur chez GAP, tiper son serveur ou apporter son propre alcool lorsqu’on est invité! Les nouveaux arrivants français ont donc l’air malpolis malgré eux. Ajoutez à ça le fait qu’ils sont émerveillés et pleins de questions (“C’est quand l’été indien?”, “Pourquoi il est toujours brisé, votre stade olympique?”), et les Français ont tout ce qu’il faut pour taper sur les nerfs des Québécois.

Après quelques mois d’adaptation et de faux pas, tout rentre dans l’ordre.

Mais, croyez-en mon expérience, les Français n’ont pas le monopole de l’attitude. À l’inverse, il n’est pas rare que des Québécois roulent des yeux en entendant mon accent ou qu’ils le caricaturent en me répondant.

À cause de notre réputation, ça se peut trrrrès bien que les Français se fassent servir particulièrement lentement au restaurant. On m’a aussi déjà demandé plusieurs fois si je m’épilait sous les bras même si je suis française, si j’avais déjà vu de la neige et si j’étais contente d’avoir abandonné la Nouvelle-France aux mains des Anglais.

En France, on fait la bise à tout le monde, et tant pis si ça prend une demi-heure.

Heureusement, après quelques mois d’adaptation et de faux pas, tout rentre dans l’ordre. (Enfin, faut pas pousser. Je ne vais quand même pas commencer à m’épiler sous les bras, non plus…)

Petit lexique des codes sociaux

Malgré le fait qu’on se dise cousins, on voit bien que le terrain n’est pas naturellement fertile pour une belle amitié spontanée. Tout serait si simple si on arrivait simplement à se comprendre. Voici un petit lexique non exhaustif:

  • “20h00”, ça peut vouloir dire “20h45” pour un Français. Si c’est le Français qui reçoit, n’arrivez pas à 20h00 sous peine de le surprendre sous la douche. (OUI, ON PREND DES DOUCHES! ARRÊTEZ AVEC VOS QUESTIONS!)
  • Le tutoiement: En France, on ne tutoie aucun adulte avant d’avoir demandé “On peut se tutoyer?”. Au Québec, on tutoie tout le monde en bas de 70 ans, à part la police et Justin Trudeau.
  • La bise: En France, on fait la bise à tout le monde, et tant pis si ça prend une demi-heure. Au Québec, on fait seulement la bise aux Français.
  • L’alcool: Au Québec, on apporte son alcool et on repart avec. Pas question de se servir dans la bière des autres. En France, on est socialiste et on pratique ce que j’appelle “le communisme de la débauche”. L’hôte prévoit à boire pour tout le monde, et les invités apportent une bonne bouteille en cadeau. À la fin de la soirée, tout ce qui n’a pas été bu reste chez l’hôte (mais il ne reste jamais rien).
  • Les chicanes: Les Français adorent se plaindre, s’insulter, débattre et jouer l’avocat du diable juste pour le plaisir de discuter et de monter le ton. Les Québécois n’aiment pas le conflit et préfèreront garder la discussion sur un ton plus léger. Sauf s’il est question de souveraineté ou de patates dans le pâté à la viande.

 

One night stands amicaux

La principale différence entre l’amitié à la française et l’amitié à la québécoise distingue plus globalement l’amitié européenne de l’amitié nord-américaine. Ici, l’ambiance est beaucoup plus amicale et les liens se font et se défont au gré des rencontres et des occasions. Ce n’est pas parce qu’on discute avec quelqu’un au parc à chiens qu’on veut nécessairement devenir son ami.

Il suffit de se parler pour s’aimer.

En Europe, on dirait qu’on donne beaucoup plus d’importance à la salive qu’on dépense. On ne demande pas à quelqu’un comment il va si on ne veut pas vraiment le savoir. Imaginez l’espoir dans les yeux d’un nouvel arrivant français qui se fait demander “comment ça va?” par un barman, puis sa déception lorsque le barman refuse d’aller faire du patin à glace avec lui le samedi suivant. Le nouvel immigrant français se sent souillé d’avoir conversé avec quelqu’un qui n’a jamais eu l’intention de devenir son ami.

Bref, tout le monde vous le dira, pour un Québécois, ça semble très difficile d’aborder un Français. Mais pour un Français, ça semble très difficile de se faire un ami québécois.

 

Et pourtant, nous nous aimons tant !

Il suffit de se parler pour s’aimer. Une fois les différences comprises et transcendées, les amitiés franco-québécoises sont les meilleures au monde. Parce que les Français vous aimeront comme leur propre famille, et que les Québécois n’insulteront pas votre mère juste pour le plaisir!

Amicalement,

Lucie

 

 

Pour lire un autre texte de Lucie Piqueur: «25 choses à savoir avant de débarquer au Québec quand on est Français».

  • fiji

    Les points sont justes, quoique des nuances auraient pu être apportées!

    Par exemple, le tutoiement, c’est plus complexe selon moi… c’est en fonction de l’âge de la personne, de la différence d’âge, et du contexte. Je ne serais pas à l’aise de tutoyer mon médecin de 30 ans, mais en même temps dans un contexte plus « détendu » comme un bar, je pourrais tutoyer le serveur de 40 ans et le même médecin à qui je fais la conversation parce qu’il est assis à côté de moi. Par contre, même pour un serveur de 20 ans dans un restaurant plus formel, je serais porté au vouvoiement. Mais c’est vrai, pour quelqu’un d’environ mon âge (jusqu’à +10/15 ans), dans la rue, c’est le tutoiement direct… Bref, c’est plus complexe que de dire qu’on tutoie tout le monde sous la barre des 70 ans!

    Même chose pour l’alcool… je dirais que ça dépend du contexte. Pour un « party » plus intime avec des gens qu’on connaît, il est commun de pratiquer le « socialisme de débauche », mais c’est vrai qu’au contraire dans une soirée de 50 personnes où je connais seulement l’hôte et 2-3 personnes, il est fréquent que chacun apporte des trucs et puisse repartir avec si ça lui tente!

    Pour la bise, c’est encore à nuancer! C’est par contre vrai qu’on insiste rarement pour embrasser tout le monde s’il y en a plus que 7-8, ou si on croise quelqu’un qu’on connaît pas tant que ça dans la rue ! Une salutation générale fera alors l’affaire.

    Mais bon, malgré les différences de culture, on vous aime quand même! :)

    • Harolde

      Exactement les nuances que j’allais apporter!

    • Boisseau Serge

      En tant que « vieux français » au Québec (bientôt 50 ans de pays) ça m’énerve un peu de lire ce genre d’article Bobo… je dirais même un peu « peigne cul, genre Français du Plateau…fraîchement arrivés.
      De plus je n »ai jamais vu un quartier français semblable aux quartiers italien ou chinois. Les Français sont dissiminés un peu partout.
      Et les Français fréquentes peu de Français….
      Bref !! Ce genre d’article m’horripile…

  • Clarah Germain

    Quelques nuances….

    1. Le tutoiement: La plupart d’entre nous connaissons les bases du savoir vivre, donc on ne tutoie pas systématiquement les gens plus vieux. De notre âge, effectivement.
    2. La bise: Au Québec, nous faisons la bise à tout le monde – peut-être pas à la toute première rencontre, mais à la fin de celle-ci, c’est déjà les bises.
    2. L’alcool: Jamais de ma vie je ne suis repartie avec mon alcool, et dans les soirées les gens de mon entourage partagent leur alcool et ne repartent pas avec ce qui reste.

    Je veux bien généraliser, mais faut pas nous faire passer pour des colons finis non plus.

    • Frank Benard

      Je sait pas de quel bout du Quebec tu viens mais moi j’ai jamais fait la bise a personne autre que mes amis Francais et ca fait 38 ans que je vis au Quebec.

      • Clarah Germain

        Eh ben. Moi (et ça a l’air que tout le reste du monde que je connais), je fais la bise.

        • Louise Guillemette

          Pas moi, la bise, connais pas. Peut-être avec mrs soeurs et à Noël, sinon, pss du tout.

  • Bruno Desbois

    Désolé,
    mais pour moi, c’est n’importe quoi. Que des clichés et des
    généralités. Ça fait plus de 50 ans que je suis à cheval sur les deux
    cultures et j’ai des amis français et québecois de tous ages et de
    différents milieux. Vous ne véhiculez qu’une réalité très caricaturée
    des années 70. (En passant, mes amis québécois ne repartent pas avec les
    bouteilles non terminées qu’ils ont apporté et ils se font volontiers
    la bises entre eux.) Des fois, quand je lis ce genre de texte, je suis un peu gêné d’être français d’origine ;-) À bon entendeur…

    • Audrick

      Exactement! Elle nous dit de pas caricaturer/stéréotyper et elle caricaturise à son tour!

    • Audrick

      Exactement! Elle nous dit de pas caricaturer/stéréotyper et elle caricaturise à son tour!

  • Nathalie Tandart

    Bon arrêtez de faire vos français!!! Râleur caricature, second degré… Mais je suis française et aime ça alors oui son texte reflète des choses vécues. Ça m’a fait rire de le lire.
    Et ne faites pas non plus vos québécois, soyeux ouvert et arrêtez d’être susceptible c’est juste un texte . Et au fait je suis québécoise aussi .
    Et comme toute culture il y a des différences, on ne peut pas le nier , c’est un fait . Et chaque personne vit des expériences différentes et les ressent différemment ça aussi c’est un fait .
    Il y a des choses biens et moins biens voir pas cool du tout partout dans le monde ….apprécions alors juste un texte pour ce qu’il est …
    Bonne journée à tous, c’est le printemps enfin ….

  • BlogduFennec

    Et zou encore une grosse louchette de clichetons. C’est presque son fond de commerce à Lucie Piqueur: raconter les pires poncifs avec pour seule « crédibilité » d’etre française. Sachez Lucie que vous n’avez aucun droit au « on » pour parler de nous. Un jour, Tintin la journaliste risque par mégarde de franchir le (boulevard) Saint Laurent et de découvrir qu’en fait le Quebec n’est pas un bloc culturel homogène, Et même que par endroit… on y jazze Arabe, Anglais, Chinois, Ukrainien, Yiddish. Ce jour là son tout petit esprit isolé sous les grosses fesses du nationalisme « pour rire » (et le racisme qui n’est jamais bien loin) risque d’imploser face à cette vérité primordiale: les clichés xénophobes ne ridiculisent que ceux qui s’y livrent.

  • sus aux clichés

    On pourrait-tu en revenir, chez Urbania, des français, des clichés sur les français, des relations français-queb et des clichés sur lesdites relations?

    C’était pas léger léger à l’article no1, mais là, ça devient carrément indigeste…

  • Montréal n’est pas le Québec

    Je trouve les réflexions du texte Montréalocentriste.
    Au lieu de dire les Québécois, j’aurais dit les Montréalais.

  • blaz

    ah bah tiens, lançons une petite guerre des clichés (je suis parisien, vous savez ce concept que la Terre entière adore détester ).

    Dans l’autre sens, des fois j’en ai un peu marre d’entendre les québequois se plaindre (parce que oui, les québequois se plaignent pas mal en fait, ça doit être leurs origines françaises qui remontent, dès qu’ils croisent un Frouz en dehors du Québec :p )

    – les parisiens sont arrogants : alors on est bien au courant qu’on est
    pas le centre du monde, mais oublie pas que tu es touriste comme 30
    autres millions de gens qui passeront dans le coin cette année, donc oui
    excuse moi de ne pas m’extasier sur ton expérience à la tour Eiffel.

    – les parisiens sont pas sympas : effectivement, on ne pratique pas le
    smallTalk, quand on va chez GAP , on ne perd pas sa salive à demander
    des nouvelles de la grand-mère du vendeur ou lui parler de la météo.
    Avec 26000 habitants/km² , des occasions de parler tu en auras plus que
    tu n’en as envie.

    – les parisiens font la gueule dans le métro : C’est vrai que dans une agglomération de 11millions d’habitants, prendre des transports en commun chargés à 110% aux heures de pointe est un moment de grâce infini qui invite au sourire. Mais par ailleurs, à Montréal, je me souviens pas que les gens faisaient des farandoles à UQAM en attendant le métro.

    bon au delà de ce moment de mauvaise foi (et second degré, hein !), à chaque fois je me rends compte qu’entre Frouz et Québ’s il y a une grande maldonne. On parle la même langue mais on dit pas la même chose.Et croyant qu’on se comprend d’emblée, on oublie d’apprendre nos différences culturelles.
    France – Québec : l’histoire d’un amour contrarié.
    aimons nous les uns les autres, bordel de calice !