Il y a cette scène dans le film «La femme d’à côté» de François Truffaut sorti en 1981. Fanny Ardant est en maison de repos à cause d’une dépression et Depardieu lui rend visite. Elle fait alors l’éloge de la chanson française avec des mots simples: «J’écoute uniquement les chansons, parce qu’elles disent la vérité. Plus elles sont bêtes, plus elles sont vraies. D’ailleurs, elles ne sont pas bêtes. Qu’est-ce qu’elles disent? Elles disent «ne me quitte pas», «ton absence a brisé ma vie», «laisse-moi devenir l’ombre de ton ombre», ou bien «sans amour on n’est rien du tout»».

La liste est bien trop longue quand il s’agit de citer le nom de tous ces dignes représentants de la chanson française.

Certains auront reconnu une référence directe aux paroles de Jacques Brel. Brel, ce Belge de naissance devenu une véritable icône de la chanson française aux côtés de tant d’autres comme Piaf, Aznavour, Brel, Renaud, Barbara, Polnareff, Trenet, Ferret, Ferrat, Brassens… Bref, je m’arrête là, car la liste est bien trop longue quand il s’agit de citer le nom de tous ces dignes représentants de la chanson française. Leur renommée ayant depuis bien longtemps franchi les frontières de l’hexagone pour atteindre notamment celle du continent américain.

La chanson française, on sait la reconnaître. On en a une idée, mais… c’est quoi exactement? 

En premier lieu, la logique voudrait qu’on la définisse simplement par sa géographie et sa langue. En clair la chanson est française, car elle est créée en France et chantée en Français.

Certes, la réponse semble évidente, mais incomplète, car à l’écoute de ces nombreux artistes, il paraît certain qu’il existe comme un fil invisible qui relie ensemble toutes ces chansons parfois très éloignées musicalement. En effet, s’il est aisé de reconnaitre une chanson irlandaise à ses violons ou une folk-song américaine, la chanson française dans sa période contemporaine (c’est à dire à partir des années 50) s’est affranchie peu à peu du style chansonnier d’avant-guerre (béret et accordéon pour schématiser) et n’a eu de cesse d’évoluer, de se diversifier au gré des époques et des influences venues de toutes parts.

Il n’y a pas une chanson française, il y a Des chansons françaises.

Du style yéyé/hippie dans les années 60 à la new wave et au rap dans les années 90 en passant par le rock dans les années 70/80. Sans oublier le slam au début des années 2000 et depuis peu le renouveau de la scène française avec des groupes comme Radio Elvis (que je vous invite à découvrir ici) qui renouent avec le style cabaret «rive gauche» des années 50 (pour la petite histoire: à l’époque, la rive gauche de Paris, c’est le quartier des grandes écoles, le quartier intellectuel, où les étudiants aiment sortir et chanter dans les cabarets).

Et pourtant à l’écoute de ces titres aussi opposés sur le plan musical, personne ne remettrait en doute que c’est bien de la chanson française qui s’écoule dans nos oreilles.

Alors, si ce n’est pas dans la musique, c’est que ça passe par le texte? 

J’ai demandé à la célèbre animatrice radio Monique Giroux, (dont la passion et son engagement pour la chanson francophone lui ont valu de nombreuses récompenses prestigieuses au Québec et en France) ce qui, selon elle, définissait la chanson française?

«Il n’y a pas une chanson française, il y a Des chansons françaises, mais ce qui fait le lien entre toutes ces chansons françaises, c’est le texte, la recherche des mots avant tout. La chanson française, ce sont des mots posés sur une musique. La musique a une moindre importance, bien sûr il faut qu’elle soit bonne si on veut que le mariage soit heureux.»

Je pense que le public est sensible à la langue française, à la compréhension du texte.

Les mots, voilà la clé de l’énigme. En effet il est souvent admis que l’on reconnaisse la paternité de la chanson française moderne aux poètes du 19e comme Baudelaire, Rimbaud ou Verlaine, (Aragon plus tard) de par leur travail sur la musicalité des mots et le format court de leurs textes. Des poèmes qui, au milieu du 20e siècle, seront souvent mis en musique (et le sont encore aujourd’hui) par de nombreux chanteurs, en particulier Léo Ferré pour n’en citer qu’un.

Parler plutôt que chanter?

Un sentiment que m’a confirmé Emmanuelle Chirache, journaliste culturel chez Time Out Paris: «Je pense que le public est sensible à la langue française, à la compréhension du texte, il veut s’identifier au chanteur. C’est moins le chant pur, l’épaisseur et la technique vocales qui comptent, que le fond. Beaucoup de chanteurs et de chanteuses français psalmodient presque, ou déclament comme on récite un poème. Ce qui peut expliquer le succès immense du rap en France dont certains représentants comme MC Solaar ou IAM sont réputés pour leur qualité d’écriture».

Même quand les Français chantent, ils ne peuvent pas s’empêcher de parler.

Ainsi donc, la chanson française, c’est avant tout des mots, des beaux textes, des images de Paris au goût de cigarettes, de vin rouge et de nuits blanches. Souvent piqués d’amour, de joie, de tristesse et de colère, parfois d’irrévérence et de provocation, mais toujours avec… poésie!

Ah ces Français, même quand ils chantent ils ne peuvent pas s’empêcher de parler, mais bon tant que les mots sont jolis!