Le service de sexologie du Cégep du Vieux-Montréal et URBANIA veulent vous faire découvrir une nouvelle plume. À l’occasion d’un concours, les étudiants devaient soumettre une chronique avec un thème en lien avec la sexualité. Virginie Lemelin Lemond a choisi comme thématique la relation amour-haine avec les réseaux sociaux. Elle nous dit: « Mon téléphone est une extension de mes mains, Facebook une extension de mon âme et Instagram bien c’est juste plein de photos de ma face. Recollez tous les morceaux et vous me connaîtrez à 100%. »

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Par un matin des plus banals, je prépare mon déjeuner et mon cappuccino que je saupoudre de cannelle tout en survolant mes notifications sur mes réseaux sociaux.
Comme toute bonne fille, je prends une demi-heure à choisir mon outfit. Je n’ai plus rien à me mettre, aucun choix ne dépeint assez bien l’émotion que je ressens ce matin.
C’est l’heure de me maquiller, mais avant tout, je dépose mon iPad sur ma coiffeuse et j’ouvre l’application YouTube. Je clique sur la sélection tendance et ensuite la sélection musique, car je dois me tenir au courant de ce qui se passe dans ce monde complexe de la musique populaire pour être bien à jour dans mes références de pop culture.
Je sors ma crème hydratante, mon primer, mon fond de teint liquide et celui en poudre, mon eye-liner, mon mascara, mon rouge à lèvres, mon crayon contour qui match, mon crayon à sourcils, mes ombres à paupières, mes faux-cils, mes pinceaux, mon beauty blender
Ça coûte cher d’être belle!

«Comment ai-je fait pour plaire aux garçons tout ce temps?»

Le temps de me maquiller et j’ai déjà fait plusieurs nouvelles acquisitions constructives. J’ai appris avec Fifth Harmony comment twerker tout en faisant couler du béton si un jour je me retrouve sur un chantier de construction. Avec Kanye West j’ai su que les anus «bleachés», c’était sexy. Je n’étais pas au courant que je devais me bleacher les cheveux et le cul! Comment ai-je fait pour plaire aux garçons tout ce temps? Nicki Minaj m’a éclairé sur comment on doit rider des «dickbicycles», un nouvel atout crucial à mon arsenal.
Je suis enfin prête à regarder les gens dans les yeux. Je me rends donc à l’arrêt d’autobus. Une fois à l’intérieur, je regarde plus en détail mon feed Instagram. Je like la photo d’une fille blonde, bronzée, maquillée pour les oscars, à peine habillée qui a l’air beaucoup trop heureuse de manger sa toast aux avocats et son thé amaigrissant magique. En quelques secondes, elle redéfinit ma définition de la beauté et avec ses 555k likes, elle réussit à me vendre un thé qui semble absolument essentiel pour atteindre mon but ultime qui est celui d’avoir un corps comme les Kardashians.

«Je me fais répondre qu’à part être belle, je ne suis pas grand-chose d’autre»

Sur Facebook, je regarde mes messages. Plus particulièrement, celui d’un inconnu qui après un vague échange de «salut», «oui toi» m’invite à prendre un verre. Je lui réponds gentiment que je n’ai pas l’habitude d’aller rencontrer des gens dont je connais seulement le nom et que ne compte pas changer cette habitude aujourd’hui. Sur ce, je me fais répondre qu’à part être belle, je ne suis pas grand-chose d’autre.
Arrivée à l’école, je conte cette mini péripétie à mes amies et elles me répondent que je l’ai cherchée et que c’est ma faute d’avoir ajouté autant de gens sur Facebook. Je ne savais pas que je devrais me méfier des garçons. Dans ma tête, ce ne sont pourtant pas tous des crétins qui pensent seulement avec leur précieux pénis. My bad!

«Je m’endors avec l’idée que je suis belle, parce que 300 personnes me l’ont dit virtuellement»

Rendu à l’école, le prof explique sa matière pendant que moi j’explique à ma nouvelle fréquentation avec qui je m’entends super bien que de ne pas m’écrire pendant 5 jours est une grave offense. On m’a dit que c’est comme ça que ça fonctionne les relations. Tant pis pour lui, il avait qu’à lire entre les lignes de mes textos… NEXXXTT!!!
Je reviens à la maison, il est enfin 5h, AKA l’heure idéale pour poster ma nouvelle photo profil. Je sens ma confiance en moi grandir à chaque like et je m’endors avec l’idée que je suis belle, parce que 300 personnes me l’ont dit virtuellement.
N’oubliez pas de m’ajouter sur tous les réseaux sociaux là.

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Le service de sexologie du Cégep du Vieux-Montréal offre des consultations aux étudiants.es ayant des problèmes relationnels et des difficultés liées à la sexualité. Ce service permet d’offrir une expertise sexologique dans plusieurs comités et événements qui ont lieu au sein de l’établissement. Pour plus d’informations sur ce service, c’est par ICI!

 

 

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