Au Québec, habiter en dehors de la toute-puissante Montréal, c’est un peu comme être un citoyen de seconde zone. On ne parle presque pas de nous dans les journaux (qui restent), notre production culturelle est passée sous silence et on sous-entend parfois que notre ville est si petite qu’il risque d’y avoir consanguinité (tes parents se ressemblent drôlement, non?).

Il faut s’entendre, «les régions», c’est relatif.

Heureusement qu’URBANIA est là pour aider à dissiper les préjugés avec ce petit guide d’autodéfense à l’usage des gens qui vivent en région. On vous a proposé récemment le petit guide d’autodéfense du banlieusard; éloignons-nous maintenant encore davantage du nombril de la province…

Note préliminaire: il faut s’entendre, «les régions», c’est relatif. Personnellement, je viens de Sherbrooke, et quand j’habitais là-bas, je considérais que je venais «de la ville» par rapport à ceux qui venaient de, disons, Coaticook. Et ceux de Coaticook étaient pas mal urbains comparés à ceux qui venaient de Barnston-Ouest.

Quand un préjugé s’avère vrai, on peut tenter de le tourner du bon côté.

Tout ça pour dire qu’on est toujours le campagnard de quelqu’un d’autre… qui risque de nous poser des questions comme celles-ci:

 

«Tu viens d’Abitibi? Tu dois connaître mon ami Jean-François, lui aussi il vient de là… »

Idéalement, à cette question, on voudrait répondre: faut pas exagérer, ç’a beau être une petite ville, on ne se connaît pas tous. Mais j’ai personnellement abandonné cette stratégie: à force de lifts en covoiturage Amigo Express entre Sherbrooke et Montréal, je me suis rendu compte que je finis presque toujours à me trouver une relation en commun avec au moins une personne dans l’auto. Un ami de mon frère, le frère d’une ancienne collègue… on ne s’en sort pas.

Mais quand un préjugé s’avère vrai, on peut tenter de le tourner du bon côté: c’est plutôt positif en fait, de connaître tout le monde! Le réseautage est plus facile, on connaît des employés dans chaque magasin (allo les rabais!)…

 

«Tu fais quoi les vendredis soirs?»

Scoop: on a une vie sociale et culturelle en région aussi, eh oui. Elle se développe souvent autour des préférences des gens de la région en question, avec des trucs plus nichés selon les endroits.

QUI habite la métropole et profite de toute l’offre culturelle 365 jours par année?

Je parle de l’Estrie parce que c’est ce que je connais: on a le plus grand cinéma indépendant du Québec, plusieurs festivals (pas juste des expos agricoles), des soirées de lecture, 5-6 microbrasseries et nous aussi on a une équipe de hockey qui perd souvent!

Au total, évidemment qu’il y a moins de choix qu’à Montréal, mais sincèrement, QUI habite la métropole et profite de toute l’offre culturelle 365 jours par année? Quand un événement ou une expo nous tente vraiment, on peut se payer une petite virée dans la grande ville, mais le reste du temps, on n’est pas non plus démunis.

 

«Vous connaissez les modes après tout le monde!»

Au cours de la rédaction de cet article, une Montréalaise a admis qu’elle jouait avec ses amies à repérer les gens des régions dans des lieux publics de par leur habillement et leurs lunettes, comme si la mode y était quelques années en retard.

Je comprends l’essence de ce commentaire, parce que j’ai passé mon adolescence à fantasmer sur l’achat de produits Lush et de lattés du Starbucks alors que pour le Montréalais moyen, c’était déjà vraaaaaiment ordinaire. Les photos de street style sont forcément plus impressionnantes quand on les prend près de l’UQAM, plutôt qu’à la Grande place des Bois-Francs (le centre d’achats de Victo).

En région, on est rusés.

Mais honnêtement, maintenant, la plupart des magasins permettent les achats en ligne, et on peut se faire livrer à peu près n’importe quoi tant qu’on habite à portée des véhicules motorisés. Donc c’est peut-être juste une question d’émulation: quand personne autour de toi ne change sa coupe de cheveux chaque trois mois, ça ne crée pas trop de pression…

La vérité, c’est qu’en région, on est rusés: on laisse les modes éphémères s’envoler avant de payer pour les arborer quelques semaines. Tout le monde se tanne des crop-tops avant qu’on les considère, et les Galaxy 7 ont le temps de prendre en feu dans les poches de ceux qui l’avaient avant nous. On est prévenus.

À Sherbrooke, quand ma collègue me demandait de garder sa maison et nourrir ses animaux, j’avais accès à des chèvres. À Montréal, j’ai pu ramasser le courrier de mes voisins, mais c’est tout. :(

«Oh my god, la vie «quatre roues et camping», c’est tellement pas moi.»

Sais-tu quoi? Ce n’est pas moi non plus. On ne se le cachera pas, c’est plus facile de faire du quatre roues à La Tuque que dans le Mile-End, et évidemment les amateurs de chasse habitent plutôt en région (il est toujours interdit de chasser l’écureuil dans le carré Saint-Louis).

Quand on veut cueillir des pommes ou se promener dans les bois, c’est juste à 15 minutes de voiture de nous.

On est donc en contact avec plein de belles personnes qu’on n’a pas souvent la chance de côtoyer en ville, et qui peuvent te raconter d’incroyables histoires de «la fois qu’on a réussi à cerner une armée de dindes sauvages avant de les revendre au marché aux puces du dimanche» et qui ne jugeront jamais ton ignorance en la matière, bien trop heureux de partager leur passion.

Et même si on aime vivre dans une ville de taille moyenne avec la plupart des avantages de la ville, il reste que c’est agréable de savoir qu’aller faire du camping, cueillir des pommes ou se promener dans les bois, c’est juste à 15 minutes de voiture de nous.

 

«Les jeunes roulent tous dans des autos scrap en portant des casquettes à l’envers.»

Je me rappelle qu’une fois un Montréalais me disait que ça n’avait pas de sens que les jeunes de moins de 18 ans puissent avoir un permis de conduire. Quand je lui ai demandé comment il voulait qu’ils se déplacent pour aller au cégep s’ils n’avaient pas d’auto à 17 ans, il m’a dit spontanément: ben, en transport en commun, voyons!

Attends un peu. La raison principale pour laquelle on a des autos rapidement en région, c’est parce qu’il n’y a pas de transport en commun. Cela dit, nos voitures qu’on a appris à rapiécer et nos skills qui nous permettent de faire 4h de voiture sur des routes de campagne sans arrêter au Tim Hortons, ça devient bien pratique lors des roadtrips ou quand vous avez besoin d’un lift pour aller à la cabane à sucre… Essayez ça en Bixi, pour voir!

 

«C’est laid, les régions.» 

Ma cousine habite à Québec, et l’autre fois, elle est descendue à Sherbrooke avec son chum pour lui montrer la ville. Après un tour de voiture, il était déçu de ce qu’il a vu (faut dire que quelqu’un lui avait dit que ça ressemblait au Vieux-Québec… qui a dit ça voyons?), il semblait trouver ça un peu gris et plein de grands magasins.

Montréal en auto, ça ne vaut pas cher…

L’affaire, c’est que pour découvrir les régions, les voitures, ce n’est pas la meilleure façon. C’est beaucoup mieux de marcher dans la ville et de bien visiter les petits secteurs qui sont charmants, ainsi que les grands espaces naturels évidemment inaccessibles en voiture.

Notre vie quotidienne tourne souvent autour de quelques endroits qu’on aime, et le reste de la ville est utilisé pour des raisons pratiques. C’est un peu la même chose avec Montréal: pour quelques belles rues commerçantes, y en a partout des artères laides! Et Montréal en auto, ça ne vaut pas cher non plus…

 

 Pour finir, la question qui tue: «T’as-tu une vache LOL? »

Oui. Oui, j’ai une vache dans mon garage à Drummondville. Elle s’appelle Mathurine et elle peut te broyer.

 

 

Pour lire un autre texte de Camille Dauphinais-Pelletier: «3 quartiers de Montréal… qui ont disparu».

  • Vincent Cournoyer

    Wow! Je suis tellement d’accord avec l’auteure du texte, Camille Dauphinais-Pelletier. J’habite toujours ma ville natale, Gatineau (Hull pour les plus vieux), et lorsque je jase avec des Montréalais d’origine, je fais souvent face aux même propos que ceux cités dans le texte. Les « régions » c’est clairement relatif! Comparé aux États-Unis, mettons, avec leurs 325 millions d’habitants, pratiquement tout le Canada est une grosse région. Gatineau compte un peu plus de 275 000 habitants, c’est quasiment autant qu’à Pittsburgh. C’est la 4e ville la plus peuplée dans notre province. J’habite dans un bloc-appartements d’une centaine de logis, à 2-3 minutes de marche d’une épicerie, d’une pharmacie et d’une clinique, en plus d’autres petits commerces. Je considère donc que je réside dans un milieu «urbain», même si à 10 minutes à pieds je peux me rendre dans une forêt -le Parc de la Gatineau, pour les intéressés- . Heille hein, malade! Y’a même 2 ou 3 salles de spectacles, 2 hôpitaux, un cégep en 3 pavillons, une université du Qc (2 pavillons, il me semble) et un casino! Fait que non j’ai pas de vache pis en char (j’en ai même pas) ça me prendrait genre 20-25 minutes d’autoroute pour voir le bout du museau d’une seule vache. Alors quand on pense que j’arrive direct de la campagne, je suis pas sûr que ce soit vraiment mon cas. En tk tout ça pour dire: je comprend.

    • Vincent Cournoyer

      Cela dit, sauf dans le cas où vous voudriez VRAIMENT voir Ottawa pis son Parlement (vas en camping à la place, sérieux, c’est certain que tu vas avoir plus de fun et au pire Google-Street-View pour la Tour de la Paix en revenant de ton trip), y’a rien à visiter. Ah oui, un musée de l’histoire (anciennement des civilisations) avec dedans 4-5 totems de la côte ouest pis une expo permanente f*cking drabe.