«Ouin, c’pas chaud.» Cet euphémisme, vous l’avez certainement entendu 1 000 fois plutôt qu’une. Parce qu’ici, nous vivons au rythme des sautes d’humeur de la météo, et chaque saison est un nouveau coup de poing au visage. 

Et on ne se gêne pas pour le dire. Dans le taxi, autour de la machine à café, en famille: toute bonne conversation commence par un commentaire sur la météo. Est-ce notre façon bien à nous de casser la glace? Oui, mais c’est aussi notre façon de survivre, rien de moins. 

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Au Québec, une chose est sûre: qu’on soit dans un truck stop sur la Côte-Nord ou en train de se faire palper les ganglions chez le médecin, qu’il fasse 35°C ou -35°C, les probabilités de parler de météo entre le réveil et l’apéro sont d’à peu près 97%. Même Facebook (toujours en manque d’attention) propose désormais des prévisions, preuve que la météo pointe sa binette dans toutes nos interactions sociales. Notre fascination frôle l’obsession. C’est normal, docteur?

En parler ne fait rien de moins que nous sauver la vie!

Bin quin. « La météo n’est pas un concept abstrait, pas plus qu’elle n’est tirée de la science-fiction : elle est bien réelle », note David W. Phillips, climatologue à Environnement Canada et historien de la météo qui a vu neiger. Ce qui tombe du ciel (grêlons, pluie, neige ou un charmant mélange de toute) nous tombe littéralement sur la tête.

En parler ne fait rien de moins que nous sauver la vie! « Il y a 100 ans, il n’y avait pas de bulletin météo, alors les Canadiens sortaient pendant les tempêtes ou les orages, explique-t-il. Ce n’est pas un hasard s’il y avait sept fois plus de morts dues aux intempéries pour une population 10 fois plus petite. Les gens n’étaient pas préparés ni éduqués comme aujourd’hui. » MERCI COLETTE.

La météo peut aussi servir à se trouver des points communs.

Une bonne jasette sur le taux d’humidité, ça sauve aussi… la face dans un party. C’est le small talk ultime, le sujet parfait pour rompre n’importe quel silence qui s’éternise. « C’est peu original, mais ce n’est pas un faux pas », rassure Julie Blais-Comeau, spécialiste de l’étiquette et auteure de Quoi dire, comment faire et quand? Pour elle, la météo est le tremplin idéal vers une conversation un peu plus personnelle.

Un « j’ai hâte à l’été » peut mener à des anecdotes de chalet, par exemple. « La météo peut aussi servir à se trouver des points communs », ajoute-t-elle. Quand on a tous passé la matinée à sortir notre char d’un banc de neige, on se sent déjà un peu unis.

Des courants-jets, des masses d’air des Grands Lacs, des tempêtes des Prairies… En soi, c’est fort intéressant.

La bonne nouvelle, c’est qu’avec notre climat aussi spectaculaire qu’imprévisible, ça fait des conversations pas trop plates. « Contrairement à Agadir, où les présentateurs annoncent du soleil 365 jours par année, ici, il y a beaucoup à dire, observe l’anthropologue et animateur Serge Bouchard. Nous avons des courants-jets, des masses d’air des Grands Lacs, des tempêtes des Prairies… En soi, c’est fort intéressant. »

Parlez-en à David W. Phillips. Au fil des ans, il a compilé 35 000 – trente-cinq mille! – histoires sur la météo canadienne, qu’il partage notamment dans des almanachs et sur le site d’Environnement Canada. Le feu de Fort McMurray, la route 132 emportée par les vagues: y’a rien de plate là-dedans. Sortez le pop-corn.

 

Du mercure dans nos veines

C’est clair: la météo influence chacune de nos décisions – notre habillement, l’heure à laquelle partir au boulot – et est la trame de fond de notre vie. « Je suis un professionnel de la météo et je ne me rappelle plus le temps qu’il faisait il y a un mois. Par contre, je peux décrire en détail le temps qu’il faisait le jour de mon mariage ou du décès d’un proche, raconte David W. Phillips. La météo est comme le cadre d’une photo. » Sans parler qu’on trouve que nos vacances sont gâchées quand le soleil n’est pas de la partie.

Avec les changements climatiques, la météo va devenir encore plus farfelue.

Elle a aussi une incidence directe sur nos émotions et notre santé mentale (no shit, vous direz). Car les extrêmes qu’on connaît ne sont pas de la petite bière, indique Pierre Faubert, psychologue clinicien passionné de météo. « Il peut autant faire-30°C en hiver que 40°C degrés en été. Cet écart est énorme. Qu’il fasse trop chaud ou trop froid, c’est une menace pour notre équilibre psychologique, dans la mesure ou si on n’arrive pas à maintenir notre corps à 37°C, on est dans le trouble. Ce stress affecte autant notre humeur, notre système immunitaire que notre rapport avec les autres. »

Faque dans le fond, c’est normal que ça soit notre sujet préféré. Et, chose certaine, aussi bien attacher notre tuque avec de la broche à poule, parce qu’avec les changements climatiques, la météo va devenir encore plus farfelue, prédit David W. Phillips. « Vous trouvez qu’on parle beaucoup de météo, présentement? Eh bien, stay tuned! »

Et pour découvrir le point de vue d’un Jonathan Roberge bien tanné de parler de météo, c’est par ICI!

 

 

Pour lire la suite du magazine: «La météo québécoise pour les nuls».