Quand ma chef de contenu web m’a proposé d’écrire une chronique sur les documentaires Netflix qui m’ont marquée, j’étais à la fois enthousiaste et soudainement angoissée. C’est que je venais de réaliser sur le coup que je n’avais pas écouté de documentaire depuis «Making a Murderer», que je n’ai jamais terminé parce que trop frue. Honte à moi. Cette occasion de me racheter tombait donc à point.

Bien que l’historique de mon compte Netflix tende à prouver le contraire (j’écoutais Merlin comme buffer entre deux lectures d’essais philosophiques, je le jure),  je possède un bac en Film Studies de Concordia.

Après bien des recherches, des lectures et des demandes d’avis, voici mes suggestions.

Et si je ne m’abuse, 15 ans après son obtention, c’est ici la première occasion où il m’est utile pour faire de l’argent. De quoi se sabrer le mousseux aux pommes dans mes coupes achetées en solde au Anthropologie.

Après bien des recherches, des lectures et des demandes d’avis d’amis et de collaborateurs, la liste de suggestions était tellement longue que j’ai décidé de me laisser guider par les sujets universels qui me fascinent le plus: l’absurdité de la vie, la nature comme catalyseur de l’existentialisme et le mystère de la force créatrice.

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Finders Keepers, Alexander Yellen, 2015

Le documentaire le plus absurde et touchant que j’ai vu dans ma courte vie de trentenaire adepte de weirditude. Un revendeur de scrap trouve une jambe momifiée dans un BBQ acheté dans une vente aux enchères. Ça passe dans les bulletins de nouvelles locaux. Le dude en veut plus et devient assoiffé d’attention médiatique. Puis, le propriétaire de ladite jambe se manifeste et souhaite récupérer sa jambe, qu’il avait LUI-MÊME momifiée, en souvenir de l’accident d’avion qui lui a fait perdre sa jambe ET son père. Le revendeur de scrap refuse sous prétexte qu’il l’a payée et qu’elle lui appartient. Vous rendez-vous compte que je suis en train de vous décrire un conflit à propos d’une JAMBE MOMIFIÉE?

Et ce qui est encore plus génial, c’est que ce n’est pas tout. À travers cette histoire absurde, on touche à des thèmes profonds et universels comme l’amour, les liens familiaux, le deuil, la rédemption, le pardon.

Ce que j’en retire

Momifier une partie de son propre corps, c’est fucked up. On peut surmonter l’insurmontable. J’adore l’accent de la Caroline du Nord.

Ce que vous en retirerez

Un mélange de réactions de type «Ben voyons que ça existe du monde de même» et «Mais dans le fond, IL S’ENNUIE DE SON PAPA HUHUHU».

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Into the Inferno, Werner Herzog, 2016

Comme introduction à l’œuvre de Herzog, mon amie Marie-Laurence a visé juste avec sa recommandation. On fait la tournée des plus puissants et dangereux volcans au monde, avec un regard à la fois scientifique et philosophique qui nous ramène à la fois à l’insignifiance de notre existence, et à notre immense responsabilité non seulement envers la préservation de notre propre espèce, mais aussi celle de la planète entière.

Shout out particulièrement enthousiaste au prof de biologie qui cherche des squelettes d’hominidés dans le désert éthiopien, un genre de Keith Richards à la face burinée et aux manières de vieux hippie totalement heureux et passionné par ses recherches.

Ce que j’en retire

Rien n’est plus sournois qu’un volcan. À ma retraite je veux aller en Éthiopie assister Prof. «Keith Richards» et chercher des squelettes d’hominidés vieux de 100 000 ans. On va tous mourir un jour et c’est la seule certitude qu’on a dans cette vie, carpe diem esti.

Ce que vous en retirerez

Une forte envie que M. Herzog devienne le narrateur de votre vie.

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Finding Vivian Maier, John Maloof & Charlie Siskel, 2013

Il était sur ma liste de films à voir depuis tellement longtemps. Les photographies de Vivian Maier sont tellement expressives et touchantes. Cette femme avait le génie inouï de savoir capturer dans un cadre le comique et le tragique de la nature humaine. La quête d’information sur sa vie est fascinante, mais j’adore qu’on ne réussisse pas à percer le mystère de sa pulsion de prendre autant de photos.

J’ai l’impression que même si elle avait été interviewée de son vivant, même si elle était devenue une photographe renommée, le mystère créatif resterait aussi opaque qu’il l’est aujourd’hui. Ça force à considérer son œuvre sans chercher à contrôler notre regard.

Ce que j’en retire

Les femmes complexes et difficiles me fascinent. Les traumatismes peuvent révéler une empathie crue, mais tangible. Les photos de mon chat, mes selfies et mes screenshots de memes sur mon iPhone ne généreront décidément pas d’intérêt pour les générations futures.

Ce que vous en retirerez

L’espoir de tomber sur une valise payée 3 piasses au Marché Saint-Michel remplie de mystérieux polaroids.

Je garde toutefois ma liste de suggestions pour les fois où je serais tentée d’écouter Fuller House.

 

 

Pour lire un autre texte d’Audrey PM: «Les prénoms les plus tendances pour 2017».