Le mois dernier, je me demandais avec le chroniqueur Fabien Loszach si l’utilisation que l’on fait de notre téléphone cellulaire est symptomatique de notre difficulté à accepter l’ennui, ainsi que de notre besoin de reconnaissance sociale.

Depuis, j’ai essayé de ne plus beaucoup moins utiliser mon cellulaire pour me «désennuyer» pendant mon temps de transport ou dans les lieux publics, histoire de voir ce que ça allait donner. Voici quelques constats…

  1. C’est vrai qu’on s’ennuie

Je l’avoue, ça m’est arrivé à plusieurs reprises d’envisager à contrecoeur un trajet de 1h30 en sachant que je ne pourrais pas m’immerger dans l’univers présent sur mon téléphone pour passer le temps.

Après les cinq premières minutes, on arrête d’y penser.

Je ne fais pas partie de ceux qui aiment jouer à des jeux sur téléphone mobile (je trouve même ça éminemment plate), mais j’aime curieusement répondre à des courriels en bloquant l’allée à l’épicerie ou encore envoyer des photos de rues mal déblayées et de voisins incompétents à mes amis.

Ce n’est pas du compost, ça. (Oui, mon pauvre entourage reçoit continuellement des photos du genre.)

J’ai toutefois remarqué qu’après les cinq premières minutes où on porte instinctivement notre main à notre poche, on se met à arrêter d’y penser. On écoute vaguement les conversations des gens, on vit dans le monde qui nous entoure, et surtout, on regarde autour de soi. (C’est peut-être pour ça que j’ai des souvenirs visuels très vifs de lieux de mon enfance: je ne fixais pas des écrans, mais bien les détails qui m’entouraient.)

Bourrer son cerveau d’informations à chaque seconde, ça doit le fatiguer.

Après avoir tout regardé, on commence à rêver un peu… et on est arrivés à destination. On ne s’éjecte pas d’un autobus en plein milieu de la lecture d’un article, on ne passe pas abruptement d’un échange de courriels à une salutation à notre ami qui arrive. Les transitions sont plus naturelles.

Oh, et non, je n’ai pas l’impression d’avoir manqué quoi que ce soit de bien important ni d’avoir pris de retard dans mon travail.

  1. Ma santé va mieux

Ce titre est peut-être un peu exagéré, mais je me suis sérieusement rendu compte que je me sentais mieux physiquement en lâchant un peu mon téléphone. Contrairement à ce que je pensais qui allait arriver, j’ai eu l’impression d’avoir plus de temps libre et d’être plus détendue; bourrer son cerveau d’informations à chaque seconde, ça doit le fatiguer, surtout quand les informations sont futiles.

Difficile d’échapper complètement aux écrans par contre: juste en attendant au métro Jean-Talon, on en a plusieurs dans la face.

Il y a aussi des effets plus physiologiques. Des chercheurs américains et britanniques parlent par exemple de cybersickness pour décrire des nausées et étourdissements (un peu comparables au mal des transports) ressentis lorsqu’on regarde une vidéo ou qu’on scroll un fil Facebook ou Instagram, par exemple.

En gros, c’est que les mouvements perçus par les yeux (qui regardent l’écran) et le corps ne sont pas les mêmes, et cette inadéquation nous fait sentir mal. Certains symptômes sont insidieux et pas si faciles à repérer: mal de tête, confusion, besoin de s’asseoir… si vous vous sentez souvent tout croche sans trop de raison, il y a peut-être là une piste qui mériterait d’être explorée.

Un Américain moyen âgé entre 16 et 44 ans regarde un écran pendant 7,4 heures par jour.

De façon plus évidente, ce n’est pas génial non plus pour les yeux d’être fixés en permanence sur un petit écran. On connaît mal, pour l’instant, les répercussions que ça peut avoir à long terme, mais ce qui est sûr, c’est que ça crée de la fatigue oculaire.

Les symptômes? Des yeux qui piquent, un mal de tête, de cou, de dos… ça vous dit quelque chose?

Mentionnons simplement que selon des chiffres récents, un Américain moyen âgé entre 16 et 44 ans regarde un écran pendant 7,4 heures par jour. Si vous travaillez sur votre ordinateur toute la journée… vous pouvez peut-être épargner vos yeux le reste du temps.

  1. Je ne suis pas très sujette à l’angoisse sociale

Je suis bien contente de ne pas avoir ressenti d’angoisse par rapport au fait que je ne faisais «rien» en public. Il faut dire que personne ne le remarquait vraiment: soit les gens se foutaient bien de ce que je faisais… ou ils étaient trop occupés sur leur téléphone pour me juger.

Par contre, ce qui m’a angoissée, c’est cette vidéo mise en ligne par ICI Grand Montréal, dans laquelle on constate ce qui peut nous arriver si on clique sur un lien du genre «Vous avez gagné un iPhone yé cliquez ici!».

Le feeling de ne pas me faire admirer à cause d’un manque de selfies ne s’est pas fait ressentir.

C’est peu subtil et on se doute qu’il y a arnaque… mais je ne pensais quand même pas que ça pouvait permettre à quelqu’un de prendre le contrôle de notre téléphone, et même de faire des photos de nous avec la webcam (belle naïveté?).

Bref, la perspective de ne pas me faire admirer par manque de selfies impromptues (?) s’est rapidement éclipsée, alors que celle de me faire stalker s’est immiscée dans mon esprit un bon 5 minutes. Je suis un peu moins désinvolte envers les messages texte louches qui se rendent jusqu’à moi…

  1. Les écoles secondaires font des detox de cellulaires

Au secondaire, j’ai eu un cellulaire vraiment tôt, avant la plupart des gens. J’étais contente, mais en même temps, comme personne n’en avait, je ne pouvais pas texter grand monde, et ce n’est pas comme si ces appareils allaient sur internet. J’ai donc un souvenir «pré-cellulaire» du secondaire.

Maintenant, c’est autre chose. Une école de Halifax a décidé de demander à ses élèves de laisser leur téléphone à la maison pendant une semaine. C’est une prof qui a eu l’idée, en regardant les petits visages glués aux écrans et le «social media drama» qui en résultait.

J’ai regardé moins de niaiseries, je n’ai rien manqué.

Certains ont tenté de tricher. Plusieurs ont vécu de l’anxiété.

Aux dernières nouvelles, ils ont tous survécu, et ont constaté qu’ils se parlaient plus que d’habitude.

La conclusion de l’expérience? Je ne suis pas vraiment devenue une «flâneuse» comme je le voulais, parce qu’il faisait tellement froid que je courais quasiment pour arriver à mes destinations (ce qui est pas très cohérent avec la doctrine des flâneurs), mais quand même. Je me sens moins tout croche, j’ai regardé moins de niaiseries, je n’ai rien manqué.

Ç’a fait du bien. Je vous le conseille.

 

 

Pour lire un autre texte de Camille Dauphinais-Pelletier: «Les milléniaux, ça existe pour vrai?».