Parfois, l’envie me prend de vouloir me remuer un peu les entrailles. Des moments où je souhaite me sentir vivante de l’intérieur. Du bas-ventre, plus exactement.

J’ai la chance de vivre à une époque où les choix de stimulation ne manquent pas. Oh j’ai certes une imagination débordante ; si seulement vous saviez ce que Idris Elba et moi faisons dans ma tête. C’est genre pas propre.

C’est dans la Bible que je retrouve le poème érotique qui me turn on le plus.

Mais j’ai aussi à ma portée une offre quasi infinie de matériel de stimulation du désir: j’ai accès à mille sortes de vidéos pornographiques, de la bd, des jeux vidéo, de la littérature, bref, j’ai des options.

Les utéri renversés de beauté

Cependant, le poème érotique qui me bouleverse les utéri à chaque fois, c’est dans la Bible qu’il se trouve. Dun, dun, dun!

Pour être plus précise, il suffit de fouiller un peu dans l’Ancien Testament pour découvrir le Poème des poèmes, le Cantique des cantiques.

«Le galbe de tes cuisses, tels des joyaux, est oeuvre de main d’artiste.»

Le Cantique des cantiques, c’est une suite de poèmes exquis, de déclarations d’amour entre un homme et une femme, une célébration sincère, pure et enthousiaste du désir charnel.

Les deux amants se chantent leur beauté à l’aide de délicieuses comparaisons:

Qu’ils sont beaux, tes pas dans les sandales,
fille de prince! Le galbe de tes cuisses,
tels des joyaux, est oeuvre de main d’artiste.
Ton ombilic, cratère lunaire, ne manque pas de brandevin.
Ton ventre, une meule de blé enclose de lotus.
Tes deux seins, tels deux faons, jumeaux d’une gazelle.
Ton cou, telle une tour d’ivoire;
tes yeux, des vasques de Hèshbôn, à la Porte de Bat-Rabîm.
Ton nez, comme la tour du Lebanôn, en éclaireur, fait face à Damèssèq.

Ils se languissent l’un de l’autre, se cherchent dans la nuit, se perdent, se déchirent:

Sur ma couche, dans les nuits, j’ai cherché celui qu’aime mon être.
Je l’ai cherché, mais ne l’ai pas trouvé.
Je me lèverai donc, je tournerai dans la ville,
dans les marchés, sur les places.
Je chercherai celui qu’aime mon être. Je l’ai cherché mais ne l’ai pas trouvé.

Puis, ils se retrouvent et s’unissent de façon tellement intense que ça devient mystique.

Mets-moi comme un sceau sur ton coeur, comme un sceau sur ton bras.
Oui, l’amour est inexorable comme la mort,
l’ardeur, dure comme le Shéol.
Ses fulgurations sont fulgurations de feu, flammes de Yah !
Les eaux multiples ne pourront éteindre l’amour,
les fleuves ne les submergeront pas.

Genre que Sting, même avec son sexe tantrique, ne connaîtra jamais une telle intensité.

Ils se vautrent dans le désir avec une magnifique insouciance.

WTF du sexe dans la Bible ?

Rendus là, vous vous demandez peut-être «WTF que ça fait dans la Bible ce texte-là? La sexualité n’est pas censée être un péché capital qui condamne les femmes à la combustion spontanée et les hommes au demi-sous-sol de Centre-Sud que sont les profondeurs de l’Enfer?»

Une source de stimulation un peu porn pour s’adoucir la chasteté donc.

La présence du poème après toutes ces années vient de l’interprétation d’un rabbin du 1er siècle, qui y a vu une allégorie de l’union de Dieu avec son Église.

C’EST ÇA, OUI. *doigt dans l’oeil*

N’essayez pas de me faire accroire qu’un moine famélique vivant dans un monastère glacial et austère s’est déjà trouvé fâché d’avoir une source de stimulation un peu porn pour s’adoucir la chasteté une fois de temps en temps.

Les images évoquées à coup de comparaisons colorées sont très fortes. Elles sont faites pour rester dans la mémoire, une fois le soir venu et les bougies éteintes.

Sainte Thérèse d’Avila, grande mystique, était fan du Cantique des cantiques pis vous savez comment on se souvient d’elle…

Just sayin’.

Du sacré au profane

Oui, certes, c’est un texte sacré et la plupart de ses lectures sont guidées par l’allégorie. Mais reste que lu au sens profane, ses qualités poétiques et littéraires me chavirent.

Tes cheveux comme un troupeau de chèvres,
ondulant sur les pentes du mont Galaad.
Tes dents, un troupeau de brebis tondues qui remontent du bain.

Oui, ok, on faisait ce qu’on pouvait avec ce qu’on avait et dans ce cas, les points de comparaison étaient de nature rurale.

Transposé à notre époque pleine de cynisme, ça ne sonnerait pas aussi beau :

Tes cheveux sont comme les ratons laveurs qui dévalent les pentes du Mont-Royal, à la recherche de restants de Big Mac.
Tes dents, des têtes blanches de baby-boomers à une première au Duceppe.

En réalité, ce qui me touche, c’est la joie et la complicité totale existant entre ces deux amants. Il y a un abandon, une passion unique et commune qui les unit, et qui se meut entre eux. Ils se vautrent dans le désir avec une magnifique insouciance.

Et je me dis: n’est-ce pas un peu ce qu’on cherche tous?

En tout cas c’est ce que je vous souhaite: du sexe aux proportions bibliques.

 

 

Pour lire un autre texte d’Audrey PM: «L’histoire du désir : Tinder vs l’amour courtois».

  • Yves Lever

    Texte intéressant. Mais sachez qu’aucun moine, saut les copistes, n’avait accès à la lecture de la bible. Pas plus que le bon peuple, d’ailleurs. Personne ne pouvait s’y exciter les neurones et le reste avant les années 1960. C’était un ouvrage trop dangereux, rempli de bruit et de fureur. Seul le Nouveau Testament était diffusé dans la prédication. Et n’oubliez pas que le bon peuple ne savait pas lire. Parole d’ancien jésuite.

  • J Lemieux-Lefebvre

    Recommandation de lecture très divertissante pour approfondir la vision de la sexualité dans la Bible et enseigné par l’Église catholique: le philosophe Fabrice Hadjadj dans La Profondeur des sexes : )
    http://www.lefigaro.fr/livres/2008/03/20/03005-20080320ARTFIG00449-quand-l-esprit-monte-en-chair-.php

  • Christian Vachon

    J’essaie de croire que l’auteur de l’article est de bonne foi et que l’intention derrière cet article n’est pas seulement de susciter le buzz en associant les Écritures avec le vocabulaire de promiscuité sexuelle propre à la culture pornographique d’aujourd’hui. Je n’y arrive pas.