J’aime mieux vous le dire tout de suite je suis plutôt du type «Bobo». J’y corresponds en bien des points: conformiste raffiné avec une certaine désinvolture. Plutôt de gauche. Sensible à l’environnement et au développement durable. Ouvert d’esprit et tolérant, j’ai le sens de la solidarité et suis enclin à idéaliser une société pacifiée. Je me refuse au luxe ostentatoire et à l’arrogance de ceux qui affichent leur richesse.

Aussi quand j’ai quitté mon bungalow de banlieue de l’ouest de la ville en 2006 pour élire domicile dans le quartier Montcalm sur le plateau de la Haute-Ville de Québec, j’ai pu enfin exprimer mes valeurs à ma pleine mesure dans ce milieu de vie.

Je le fréquentais bien depuis belle lurette ce coin de la ville.

Fini l’utilisation d’une automobile pour se rendre au travail ou faire ses achats. Tout est à distance de marche. Fini la piscine et la tondeuse à gazon. Bonjour offre culturelle abondante à proximité, bonjour parcs et équipements sportifs à quelques mètres de la maison. Allo boutiques, commerces et restaurants spécialisés tout autour de chez moi.

Bon la banlieue avait ces charmes et un bungalow c’est bien pour élever une petite famille, mais à un moment donné, j’étais trop loin de moi et je voulais sortir de tout ça.

Je le fréquentais bien depuis belle lurette ce coin de la ville. J’y ai fait le plus gros de ma carrière professionnelle. C’est ce qui m’a grandement influencé d’ailleurs à m’y installer avec femme et adolescents. Directeur du Périscope à l’époque (une institution théâtrale installée dans une ancienne synagogue depuis 1985), j’y travaille aujourd’hui comme un genre d’ambassadeur du quartier.

L’entrée principale du Périscope. À droite on peut encore distinguer l’ancienne entrée de la synagogue avec ses inscriptions en hébreu gravé dans la pierre.

Ma job c’est entre autres de faire la promotion du Quartier des arts de Québec. C’est le nom qu’on donne à Montcalm depuis trois-quatre ans. Depuis qu’on y a installé de grands abat-jour monumentaux avec des reproductions d’œuvre d’arts issus de la collection permanente du Musée national des beaux-arts du Québec.

Un Musée qui connaît un regain de popularité et qui se renouvelle depuis l’ouverture en juin dernier du nouveau Pavillon Pierre Lassonde, avec son architecture audacieuse et invitante à la fois.

Le nouveau pavillon Pierre Lassonde du MNBAQ.

 

C’est d’ailleurs une fierté et un must d’avoir cela dans notre quartier. De plus, avec une entrée donnant désormais directement sur la Grande-Allée, le Musée est maintenant au cœur de l’activité du quartier plutôt qu’un peu isolé sur la vaste plaine du Parc des Champs-de-Batailles.

Le parc des Champs-de-Batailles secteur anneau des sports. Au loin à droite le pavillon Gérard-Morissette faisant partie du Musée national des beaux-arts du Québec.

 

Ce parc que tout le monde nomme affectueusement les Plaines d’Abraham est un autre élément phare de ce quartier. Ce donnant des petits airs de «Central Park», il est le poumon du quartier, un vaste terrain de jeu, un îlot de verdure en plein centre-ville. On y flâne. On s’y entraîne. On joue. On mange.

Un peu d’histoire…
On peut y apprendre un brin d’histoire aussi. Certes, on sait tous qu’il y a eu la célèbre bataille de 1759 qui a fait de nous des sujets britanniques, mais plusieurs autres plaques signalétiques nous en apprennent sur ce parc qui fut le cadeau du gouvernement canadien à la Ville de Québec pour le tricentenaire en 1908.

C’est d’ailleurs suite à l’ouverture de ce parc qu’une certaine effervescence s’est mis en branle de ce secteur qui était jusque-là encore un brin campagnard.

C’est même à ce moment que la Municipalité de Montcalm est née. En 1909 pour être précis. En 1913, c’était déjà fini!

Reste qu’au début du XXe siècle la ville de Québec connaît une croissance démographique importante. La population va plus que doubler en moins de trente ans et passe de 60 000 à 120 000. Québec vit alors une période de dynamisme économique comme c’est le cas présentement.

Le maire Georges Garneau fusionne Saint-Malo en 1908 et Limoilou en 1909 pour former le Greater Quebec.

Québec se modernise. Le tramway électrique favorise les déplacements entre les quartiers et on installe le téléphone et l’électricité dans les résidences.

Québec agrandit son territoire en annexant les faubourgs de la ville. Le maire Georges Garneau fusionne Saint-Malo en 1908 et Limoilou en 1909 pour former le Greater Quebec. Les résidents du secteur Montcalm refusent de joindre le mouvement et décident plutôt de devenir une municipalité en 1909 et de se construire leur propre système d’aqueduc et d’égout.

La Maison Henry-Stuart est le vestige d’une autre époque d’occupation du quartier.

 

Montcalm une cité jardin
Un peu utopiste sur les bords, les élus souhaitent faire de Montcalm une cité jardin un peu comme le modèle de Westmount, mais en moins «britannique». D’ailleurs on change le nom de plusieurs rues associées à la famille royale comme Victoria qui devient Père Marquette ou Alexandra qui devient de Bougainville.

On ne peut construire que des résidences haut de gamme qui ne peuvent être en bois et on interdit les manufactures et autres bâtiments industriels sur le territoire. Cette trame urbaine on la retrouve encore aujourd’hui dans une bonne partie du quartier.

Les citoyens tiennent à leur Montcalm même s’il évoque le perdant de la bataille des Plaines.

Après trois tentatives de fusion, Québec finit par avoir raison des 2 500 résidents qui finissent par dire oui en 1913 (par une majorité de 120 votes) à une promesse du maire de geler les taxes et de conserver le caractère résidentiel du quartier. On veut tellement bien signifier que le territoire est annexé qu’on veut en changer le nom. Frontenac, Champs-de-batailles ou Candiac est proposé pour nommer le quartier, mais les citoyens tiennent à leur Montcalm même s’il évoque le perdant de la bataille des Plaines.

Une offre culturelle abondante
Je suis un grand consommateur d’art et de culture et le quartier propose une offre abondante en tout temps de l’année. En plus du MNBAQ et du Périscope que j’ai déjà mentionné, on retrouve d’autres lieux incontournables tels que le Grand Théâtre de Québec et ses locataires, l’OSQ, l’Opéra de Québec, le Trident, le Club musical. C’est aussi dans le quartier qu’on peut avoir accès à du théâtre émergent avec Premier Acte qui diffuse le travail des jeunes compagnies de Québec et d’ailleurs depuis 2003 au Centre Culture et Environnement Frédéric Back.

Centre culture en environnement Frédéric Back

Construit en 1927 au coin de l’avenue Cartier et de René-Lévesque, le Cinéma Cartier a connu plusieurs transformations au court des années. Il a même été un club vidéo entre 1987 et 2001. Il reste néanmoins le dernier survivant des nombreux cinémas que comptait le centre-ville à une certaine époque.

Outre les arts de la scène qui sont bien représentés, les arts visuels prennent de plus en plus place dans le quartier. Ce qui me plait le plus, c’est de voir des commerçants; cafés, salons de coiffure, boutiques de vêtements s’approprier cette signature de «Quartier des arts» en exploitant leurs murs ou une section de leur commerce pour des expositions d’œuvres d’art. Quand je vois ça, je me dis qu’on a bien compris comment personnifier et incarner le positionnement du quartier. Je me sens choyé d’être au cœur de toute cette effervescence qui anime le secteur.

L’avenue Cartier et une partie du parcours «Lumière sur l’art» constitué de 34 abat-jour monumentaux avec des reproductions d’œuvres issues de la collection du MNBAQ.

 

Des résidents tous azimuts
Quand on parle du quartier Montcalm, on le classe souvent comme l’embourgeoisé de Québec. Comme subsistait dans les esprits des relents de rivalité Haute-Ville/Basse-Ville du temps des romans de Roger Lemelin. Mon quartier quand je m’y promène, quand je l’observe, c’est celui des familles, des gens de tous âges, de toutes nationalités qui y déambulent. C’est celui des commerçants accueillants, des professionnels heureux d’y exercer leur métier. C’est aussi bien sûr l’avenue Cartier. La rue belle et colorée qui grouille de monde été comme hiver et qui sait se faire festive dès que les rayons de soleil apparaissent.

Bon d’accord, c’est vrai qu’on peut y croiser parfois des gens qui se la «pètent», mais ceux-là, je ne suis pas toujours sûr qu’ils soient de véritable Montcalmois.

À preuve, la dernière fois que j’ai vu un de ces comportements un peu hautains, c’était une dame très chic qui a stationnée en double son VUS de fabrication allemande sur la rue alors qu’il y avait des places avec parcomètres à quelques mètres de là qui est entrée en trombe dans le commerce où je me trouvais pour y ramasser rapidement quelques objets et denrées et qui a eu le culot de dépasser trois personnes dans la file à la caisse en rouspétant qu’il n’y a jamais de place et trop de trafic pour venir ici et qu’elle était pressée. J’ai vu la caissière sourire. Nous avons échangé un regard complice et l’avons laissé passer.

C’était digne d’une scène clichée dans un film populaire et la preuve qu’il faut de tout pour faire un monde.

Comme le bon vin, le quartier Montcalm vieillit bien.

Assis sur mon balcon l’été à siroter un pinot gris ou un syrah, ceux que j’observe marcher sur les trottoirs ont parfois des boubous, des voiles et ils circulent à la file indienne jusqu’à 8-9. Ils habitent pour la plupart l’immense HLM de plus de 100 logements au coin de René-Lévesque et Bourlamaque qui a été construit en 1971 et qui à l’époque devait servir à reloger les expropriés de la colline Parlementaire pour l’élargissement de Dufferin-Montmorency et du boulevard St-Cyrille (l’ancien nom de René-Lévesque).

Aujourd’hui c’est le lieu d’accueil de plusieurs familles d’immigrants ou de réfugiés apportant une belle couleur épicée au quartier.

Le HLM Les appartements Bourlamaque.

 

Voilà quelques raisons qui font que j’aime Montcalm. On pourra en discuter davantage ensemble en profitant des belles terrasses qu’on a dans le quartier et qu’on agrandit même dans la rue durant l’été. Je l’arpente en long et en large ce secteur. On finira bien par s’y croiser!

En venant marcher un peu dans le quartier, j’espère que vous pourrez le regarder sur un autre jour. Comme le bon vin, il vieillit bien. Il s’adapte tout en gardant sa «magic touch».

L’été l’avenue Cartier s’anime avec ses belles terrasses qui envahissent même les cases de stationnement sur rue.

 

Je l’idéalise sans doute un peu trop, mais avec «la job» que j’occupe et mon statut de «Bobo» comment pourrait-il en être autrement…

 

 

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