«J’veux juste boire un café, pas changer le monde», à mon sens, est une attaque frontale contre tous les artisans du café. L’auteur se complait dans une nostalgie où le café goutait «le café», était servi dans des styromousses, sans fla-fla et sans baristas aux moustaches coiffés à la cire d’abeille. On se demande presque s’il regrette l’époque de la Grande Noirceur, ou même l’époque du goulag où le café devait surement gouter la pisse chaude.

Avant tout, je tiens à préciser que je suis biaisé. J’adore mes cafés troisième vague, je les appelle d’ailleurs MES cafés, car je les considère comme ma deuxième demeure. Les gens qui y travaillent portent des noms, ils sont des passionnés, ils ont une expertise, ils ne sont pas juste des automates qui appuient sur un bouton. Dans ma série sur les cafés, les baristas se sont confiés à moi, m’ont raconté toutes les idées préconçues qui circulent à leur sujet. En fait, la plupart se battent contre des préjugés sur une base quotidienne.

Un café, c’est comme le vin: il existe plusieurs variétés, plusieurs «cépages», des arômes subtils…

Puisqu’ils travaillent au salaire minimum, puisqu’ils font du service client, on réduit leur travail à néant. On ne les prend pas au sérieux, on se moque de leurs prétendues compétences. On tourne aux ridicules leurs passe-temps, leur style, leur allure. Pourtant, un barman ne subit pas ce genre de préjugés, pourtant un sommelier ne doit pas remettre en cause constamment sa profession.

Le café c’est pas qu’un breuvage noir qui te permet de tougher ta journée. Un café, c’est comme le vin: il existe plusieurs variétés, plusieurs «cépages», des arômes subtils, plusieurs méthodes de torréfaction, des milliers d’essais-erreurs avant d’obtenir un résultat probant.

Les multinationales payent un salaire de misère les producteurs.

Le café que tu bois implique une longue chaine humaine, entre la graine plantée à l’autre bout du monde et sa forme finale, il y a de la sueur et de l’amour : la graine est plantée, cueillie, séchée, lavée, emballée, expédiée, torréfiée, moulue, infusée, dégustée. Il y a des humains derrière chaque étape, des fois des humains qui souffrent. Certaines grandes multinationales payent un salaire de misère les producteurs, font de la monoculture question d’avoir de bonnes marges de profits et évidemment s’en mettent plein les poches.

Payer 2$ de plus pour un latte, c’est aussi une façon de payer décemment les producteurs de café.

Acheter c’est voter, la plupart des cafés troisième vague l’ont compris. Ils font souvent affaire avec des distributeurs qui payent équitablement les agriculteurs et qui respectent leur rythme de production sans malmener la terre. Les cafés Odessa, Pista, Myriade, Le Dispatch, Santropol ont ce genre de réflexion. Si tu payes 2$ de plus ton latte, c’est aussi une façon de payer décemment les producteurs, d’être conscient de la chaîne d’effort derrière ton cup. Si tu ne veux pas sauver le monde, ok, mais pourquoi embêter ceux qui le rendent un peu meilleur?

Ne soyez pas gêné d’entrer dans un café troisième vague, c’est un espace tout sauf arrogant. Au contraire, les baristas peuvent vous jaser de café, vous donner des ti-trucs de mousse en forme de fougères, vous sensibiliser à leur culture. Si vous patientez vingt minutes dans la file d’attente, dites-vous que l’attente ouvre la voie à la contemplation et l’introspection, comme au temps de nos grands-parents, comme au bon vieux temps du goulag et de la Grande Noirceur.

Si vous voulez approfondir vos connaissances sur la culture du café troisième vague, lisez ce blogue. Pour une lecture passionnante sur l’industrie éthique du café, lisez ce livre Uncommon Grounds.

 

 

Pour lire un autre texte d’Hamza Abouelouafaa: «En quête du meilleur café de Montréal // Le Pista».