Dernièrement, j’ai vu le film Toni Erdmann, un drame-comique basé sur une relation père-fille et il ne m’en fallait pas plus pour m’attendrir la couenne car je peux affirmer sans l’ombre d’un doute, que Linda Lemay était dans le champ; le plus fort c’est mon père.  

En regardant le film, j’ai beaucoup pensé à mon père.

En gros, c’est l’histoire d’un homme de peu de mots qui débarque à l’improviste chez sa fille et bousille son quotidien de femme d’affaires aux yeux éteints, lorsqu’il lui pose la simple question: «Es-tu heureuse?» Incapable d’obtenir une réponse, on voit son cœur de père fondre. Il quitte sans faire de vague pour mieux réapparaître en Toni Erdmann, un malaisant personnage comique à la perruque louche et au dentier trop grand, dans l’unique but d’ébranler sa fille qui vit sur le pilote automatique. On comprend rapidement qu’il s’invente une vie pour l’aider à réaliser que la sienne lui file entre les mains.

En regardant le film, j’ai eu beaucoup de temps pour penser à mon père. En fait, à chacun des silences imposés par la réalisation qui semblait vouloir mettre l’accent sur le manque de communication entre le père et sa fille, j’ai réalisé que chez nous, ça parlait. Enquêteur de formation, mon papa sait parler et surtout écouter. Quelle chance j’ai eu de naître dans une famille où les émotions ne sont pas réservées qu’aux moumounes.

Papa m’a aimé de la même façon qu’il a aimé mon frère.

J’ai eu le temps de revoir le film de nos voyages de pèche où nous étions que deux dans la chaloupe à « riller » le poisson. Jamais il ne m’a demandé de garder le silence pour ne pas effrayer la truite. Il préférait pêcher les paroles de sa fille qu’un souper.

C’est fou les effets bénéfiques qu’un père peut avoir sur sa fille juste en s’intéressant à ce qu’elle a à dire. Quand on a la certitude qu’au moins un homme sur terre nous trouve pertinente, intelligente, fantastique, belle et j’en passe, on n’aura pas tendance à s’acoquiner avec quelqu’un qui nous traite comme de la merde. C’est ça une relation père-fille. Un père c’est quelqu’un qui te protège pendant ton enfance et qui te donne assez d’outils pour amortir les coups d’adultes. Ça se mérite un titre de père.

Mon père était la poutre centrale qui supportait le toit.

Papa m’a aimé de la même façon qu’il a aimé mon frère. Il a écouté mes histoires de ballon-poire avec autant d’intérêt que les histoires de hockey de son cadet. Il a tenu ma corde à danser, et même servi de jambes pour jouer aux élastiques. Il se serait probablement inventé une vie pour nous rendre heureux jusqu’à même échanger la sienne contre notre bonheur si le dilemme se posait.

Et pourtant, ses horaires étaient loin d’être du neuf à cinq. J’ai souvent eu comme réponse: «Vas demander à ta mère.» Non pas par lâcheté, mais parce qu’il avait une confiance aveugle au jugement de sa femme. Le jugement de mère plus présente que lui.

Mon père était la poutre centrale qui supportait le toit. Le toit, c’était ma mère. Pendant qu’elle s’acharnait à faire de nous des êtres non seulement scolairement intelligents, mais socialement adaptés. (On savait sortir de table poliment, économiser dans notre petit-cochon, serrer des mains avec confiance, appeler nos grand-mamans pour leur dire: «Merci Grandm’a pour la carte de Noël pis le deux dollars!» Sans blague c’était quelque chose de recevoir un deux en 1982, parce qu’il était en papier.)

Et bien pendant ce temps-là, mon père s’acharnait à nous accompagner dans nos loisirs ou simplement à faire du BBQ en nous regardant jouer. Jouer dans la cour, sans que ce soit organisé au quart de tour, jouer sans avoir peur de se salir, de ou se faire mal ou encore pire d’être ridiculisé pour les jeux niaiseux qu’on inventait.

Mon père aimait jouer avec les enfants, avec une tendresse paternelle dans le respect de leurs petits êtres à un point tel qu’à chaque Noël, c’était le père Noël, «LE VRAI!» Chez nous, chez les autres, même dans les événements publics et après avoir vu Toni Edrmann, j’imagine que c’était son personnage bien à lui, pour me montrer que ça vaut la peine de prendre le temps de vivre collé sur le bonheur.

 

Décoré à Cannes, nominé au Golden Globe et grand vainqueur de la cérémonie des Prix du cinéma européen, le film Toni Erdmann prendra l’affiche au Québec dès le 17 février 2017.

 

 

 

Pour lire un autre texte de Mélanie Couture: «Les petits cons qui m’ont écorché l’âme».

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