« Je refuse le terme « massage ». Je ne masse pas les chats, je rééduque leur système nerveux. »

Un autre entretien qui commence en bouleversant ce que je croyais comprendre du monde animal. Cette fois, je me fais doucement remettre à ma place par Lucie Leclerc, la première francophone du monde à détenir la certification TTouch et à l’enseigner au Québec.

Si un chat est insécure, il a des habitudes de posture qui reflètent son état émotionnel et mental.

La T quoi?
Le TTouch, pour «Tellington Touch», est une approche thérapeutique élaborée en 1983 par Linda Tellington-Jones, une Canadienne qui avait auparavant développé une technique d’entraînement et de communication pour les chevaux (la Tellington-Jones Equine Awareness Method). Dans les deux cas, il s’agit d’une série de touchers circulaires qui ont pour but de réorganiser le système nerveux de l’animal – mais la plus récente technique s’adapte à toutes les espèces, contrairement à la première.

«L’idée est de faire bouger l’animal d’une façon qui ne lui est pas habituelle, sans lui faire peur, pour lui faire vivre une expérience dans le mouvement, m’explique Lucie Leclerc. Si un chat est insécure, il a des habitudes de posture et des tensions qui reflètent et entretiennent son état émotionnel et mental. Quand on le touche, on ne veut pas aller en profondeur, mais plutôt lui donner un senti de lui-même, amener son système nerveux à se rendre compte d’où se trouvent ses tensions – dans l’arrière-train ou les épaules, par exemple.»

Mon chat peut-il vraiment réaliser par lui-même qu’il est tendu?
«Grâce au TTouch, le système nerveux est plus conscient de ce qui est là et donc, il se détend. C’est aussi une méthode qui nous amène à être plus conscients du non-verbal des animaux. Lors d’une séance, au moindre changement de respiration ou mouvement d’oreille, on arrête pour communiquer à l’animal qu’on a vu une différence.

Un formateur me dirige pour que je touche moi-même mon chat.

On module notre intervention en fonction du rythme de notre chat, on travaille ensemble. En tant que praticiens, on doit jouer aux détectives. Si un chat n’aime pas être pris, c’est peut-être parce qu’il souffre de constipation. Nos touchers peuvent alors aider à stabiliser la digestion, par exemple.»

Game ou pas game?
Ok… Mais Noune-Alexandre Gallagher n’accepterait jamais d’être pris par autrui. Ce chat, je vous le rappelle, est un psychopathe : il pourrait attaquer de sang-froid le moindre praticien. Lucie Leclerc me rassure : si j’optais pour le TTouch, un formateur me dirigerait pour que je touche moi-même à mon chat. Il s’assurerait de me donner des outils manuels avec lesquels travailler, à l’avenir, en trouvant ce qu’il y a de plus efficace pour mon animal et moi. L’objectif? Créer des moments où le stress redescendra pour voir les façons dont il s’exprimera une fois de retour. Je pourrai donc désormais détecter rapidement les manifestations corporelles du stress de Noune-Alexandre.

Ça me tente, mais toucher Noune-Alexandre, s’il ne le demande pas explicitement (en hurlant à quelques centimètres de mon visage), relève du défi. La TTouch est pour moi la stratégie du dernier recours, celle pour laquelle je n’opterai que lorsque je serai confrontée à l’arrivée de mon premier nouveau-né, dont la sécurité sera forcément menacée par la présence de mon chat.

Lucie Leclerc m’explique que les spécialistes du TTouch sont habitués de travailler avec une clientèle difficile. En fait, ils sont généralement appelés à œuvrer auprès d’animaux qui ne veulent pas être flattés ou pris, sinon de chats qui ont peur de la visite ou qui peinent à s’adapter à la venue d’un nouvel être dans leur environnement.

C’est une technique aussi employée chez les animaux sauvages qui doivent retourner dans la nature.

Et ça fonctionne vraiment?
Absolument, selon celle qui enseigne la technique depuis plus de 18 ans: «C’est utilisé en réhabilitation avec les animaux abandonnés dans les refuges du monde entier. C’est aussi employé chez les animaux sauvages qui doivent retourner dans la nature. Il n’est pas rare que des changements importants s’opèrent dès la première séance.»

Véritable technique qui a fait ses preuves ou rêve nouvelle vague aussi efficace que l’homéopathie? J’ai posé la question à l’Ordre des vétérinaires du Québec…

Pour lire la suite du magazine spécial chats, c’est par ici : «Réparer l’âme de Noune-Alexandre: rêve ou véritable possibilité?»

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