Comme la vague des résolutions est passée, je vais te parler des miennes, mais reste jusqu’à la fin, je te raconte une histoire dans 188 mots. J’ai décidé de passer moins de temps sur mon cellulaire et poser plus de questions aux gens. Tu vas comprendre pourquoi.

J’ai passé le plus clair du temps des fêtes chez mes parents, seul avec eux parce que mes sœurs sont en couple. Je suis l’humoriste et le célibataire de ma famille. C’est clair que je vais être le vieil oncle désagréable qui va donner de l’alcool trop jeune aux enfants.

Les histoires de mon oncle sont les meilleures.

Un soir, je prends un game changer (mon appellation personnelle du «café-Bailey’s». Tu veux continuer la fiesta, mais tu es fatigué? BOOM! Game changer. Ça te réveille et continue à t’enivrer.) Je prenais ça avec mes parents et je leur ai demandé où était leur premier appartement. J’ai demandé où mon grand-père avait habité, où ma grand-mère avait habité, j’ai noté les adresses. Attention, Verdun, je m’en viens vous checker.

L’affaire, c’est que je trouve qu’on jase moins qu’on jasait. Quand on n’a plus rien à se dire, on sort nos cellulaires. Avant, ils se racontaient des histoires, ou faisaient des niaiseries qui allaient devenir les histoires à raconter. Les histoires de mon oncle sont les meilleures, voici ma préférée:

Ma mère a 11 ans. Son frère 16. Leur père, mon grand-père, qu’on appelle Pépé, vient les chercher et les amène chez Dunn’s, la place de smoked meat préférée de ma mère.

«Quand le serveur va nous demander ce qu’on va prendre, on va répondre: «La porte». On se lève, pis on part.»

Cette journée-là, le serveur était slow. Extrêmement slow. Aujourd’hui, quand le wifi ne marche pas dans la minute qu’on entre quelque part, on devient impatient. Dans le temps où le wifi n’existait pas, on était beaucoup plus patient, donc imagine comment il devait être slow.

Pépé dit à ses enfants: «Quand le serveur va nous demander ce qu’on va prendre, on va répondre: «La porte». On se lève, pis on part.»

Mon oncle trouve l’idée géniale. Il rit déjà. Ma mère, pas du tout. Elle aime vraiment le smoked meat chez Dunn’s et ne veut pas manger ailleurs. Mon grand-père: «Awaye Nicole, je vais t’amener à une autre place de smoked meat. Ça va être drôle.»

Finalement, c’est tellement long que le feu a le temps de pogner à la table derrière eux. Le classique mélange «cigarette-napkin» a mal fini. Mon grand-père appelle le serveur: «Hey! Ton resto brûle.» Le serveur arrose le petit feu. Mon grand-père baptise le serveur: «Pompier».

«Hey pompier! Vas-tu finir par prendre notre commande? Les lecteurs de mon petit-fils commencent à s’en aller, ils sont en 2017. Ils ne sont plus capables de passer plus qu’une minute d’attention sur quoi que ce soit.» (Ma mère me l’a racontée vite, me semble que c’est ce qu’il a dit.)

Pompier arrive à table: «Bon, qu’est ce que vous allez prendre?»
Mon grand-père, tout souriant: «Pompier, on va prendre la porte!»

Mon grand-père est très content de son coup. Ma mère, beaucoup moins.

Mon oncle, hurlant de rire, se lève avec mon grand-père en quittant. Ma mère suit, de mauvaise humeur.

Mon grand-père les amène chez Shwartz. Mon oncle rit encore. Mon grand-père est content de son coup, mais n’aime pas voir ma mère de mauvaise humeur. «Nicole, souris donc à Pôpa. Tu vas voir le smoked meat est encore meilleur ici.» Ma mère ne change pas d’air. (Je te jure qu’elle est sympathique aujourd’hui, mais à 11 ans, elle savait où elle voulait manger son smoked meat.)

«Nicole, awaye donc. Souris à Pôpa. Pôpa aime pas ça là. Qu’est ce que tu vas manger?» Ma mère: «J’ai pas faim». Elle était de bonne compagnie. «Nicole, souris donc», dit mon grand-père. «Non», répond ma mère du haut de ses onze années de vie. Mon grand-père, après plusieurs tentatives, lui dit: «Pôpa te le dit, tu vas rire.» Et il se met à rire.

Quoi? Il se met à rire? Oui. Pourquoi? Pour rien. Et il rit. Et il rit plus fort. Et il rit tout seul, sans arrêt, jusqu’à ce que mon oncle commence à trouver ça drôle. As-tu déjà été face à quelqu’un qui rit? C’est dur de ne pas rire, même si tu ne sais pas pourquoi il rit.

Pépé se tourne vers ma mère et lui dit: «Pôpa t’avait dit que t’allais rire. Mange ton smoked meat.»

Mon oncle commence à réellement rire, puis les tables autour aussi. Chaque fois que le rire commence à descendre, Pépé repart plus fort. Puis les tables autour des tables commencent à rire. Puis les gens en file, les serveurs, les cuisiniers derrière leur counter commencent à rire aussi. Puis Nicole se met à rire. Et le fou rire a duré une bonne dizaine de minutes. Puis, quand le rire a finalement fini, Pépé s’est tourné vers ma mère et lui a dit: «Pôpa t’avait dit que t’allais rire. Mange ton smoked meat.»

Ce fut la première fois que ma mère mangea chez Shwartz.

À table, pas besoin de cellulaire. Juste une bonne histoire fait l’affaire, et si tu n’en as pas, fais juste rire.

 

 

Pour lire un autre texte de Jay Du Temple : «Harry Potter pour les nuls/moldus».

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