« Ça a marché! Foglia était tellement chill qu’on l’aurait cru sur les hallucinogènes! », jubilait Marie-Sophie L’Heureux en parlant non pas du chroniqueur à la retraite de La Presse, mais de son chat, un badass d’ordinaire animé par l’énergie du démon.

La seule substance que son chat avait (auditivement) consommée était Music for Cats, le premier album créé scientifiquement pour les félins que je lui avais demandé de tester sur son matou. Cette compilation classique serait particulièrement efficace sur les turbulents de la trempe de Foglia (le chat, pas le chro…anyway).

Après les traitements de spas, le vin et les blocs à griffer conçus par des designers, notre époque moderne avait encore réussi à trouver une manière de faire cracher des sous aux propriétaires d’animaux domestiques crédules, pensais-je. Mais en discutant avec David Teie, qui a composé Music for Cats en collaboration avec les chercheurs de l’Université du Wisconsin à Madison, l’idée n’est peut-être pas si frivole.

On y retrouve des ronronnements, des sons de tétée et de grattage.

Testé en laboratoire

Fasciné par le cocktail d’émotions déclenché par la musique chez l’humain, le violoncelliste et professeur de musique à l’Université du Maryland s’est demandé si elle pouvait avoir de l’effet sur d’autres espèces. Il a d’abord expérimenté sur les singes, l’espèce la plus près de l’Homme, mais les chats ont mieux réagi à l’effet de la musique que les primates.

Dans les cinq chansons de Music for Cats (album signé par l’étiquette Universal Music), on retrouve des ronronnements, des sons de tétée et de grattage qu’il a recréés en confectionnant toute une panoplie d’instruments. Juste pour imiter le ronron, ce pionnier de la musique animalière en a fabriqué 26, alors pas étonnant que l’album ait pris près de trois ans à créer.

Allergique aux chats, David Teie a donc dû composer à l’aveugle en se basant sur la théorie et les recherches, puis il envoyait le tout aux chercheurs afin de les tester sur les animaux.

« Le plus gros défi a été de ne pas écouter mon intuition, mais plutôt mon cerveau. J’ai remarqué que ce qui fonctionne bien pour un chat sonne très mal pour un musicien, alors c’était vraiment difficile de mettre mon goût de côté. »

On pense aux fréquences plus aiguës; si elles nous semblent trop douces à nos oreilles, elles sont juste bien dosées pour eux. Résultat: Music for Cats est doux et réconfortant pour les humains. C’est comme avoir un chat, sans les désagréments et les odeurs de litière.

Tous les goûts sont dans la nature

Selon leur âge, les chats sur qui Music for Cats fonctionne réagissent différemment. Les chercheurs ont noté que les plus jeunes sont souvent plus expressifs, se frottent sur les haut-parleurs et s’approchent de la source de la musique.

Certains chats comme celui de Marie-Sophie L’Heureux, vont avoir l’air d’avoir fumé du pot. « Foglia n’était pas dans son état normal », dit-elle. Il se laissait flatter le ventre, chose rare, et voulait flâner dans le lit alors qu’il a l’habitude de se précipiter sur sa maîtresse pour qu’elle lui donne à manger et le fasse sortir au pc.

Les plus vieux chats seraient plus réservés. Ce qui expliquerait (peeeeeeut-être) pourquoi Maximus, mon matou roux âgé de 14 ans, est resté impassible chaque fois que j’ai parti Tigerlili and Mimi’s Mewsical (et les autres pistes aux noms complices) sur Spotify.
Ça ou il est devenu sourd. Il se peut aussi que les chats aient du goût, note David Teie, et que le classique ne soit pas leur truc.

Si d’emblée l’idée d’une musique pour chats peut sembler farfelue («et c’est normal de penser ça», me rassure David), nous sommes nombreux à laisser jouer la radio pour que notre chat ne s’ennuie pas en notre absence. D’après David Teie ne serait pas une si bonne idée, car d’après d’après les recherches, notre musique déplairait à plusieurs animaux. «Quand j’ai composé pour les singes, les chercheurs m’ont tous dit que la musique que les primates aimaient était profondément irritante pour les humains».

Dommage. Pourtant, en voyant un lion de mer se déhancher avec vigueur sur Everybody (Backstreet’s Back) des Backstreet Boys, comment penser que la pop pourrait les rendre malheureux, han?

 

 

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