Certains cyclistes téméraires défient l’hiver. Véritable coup de gueule à la nature, ces amoureux de la bicyclette refusent de lâcher leurs guidons, même à -40°C. Leur nombre croît, d’année en année, si bien que Montréal se transforme, petit à petit, en capitale de vélo nordique.

Il reste encore du chemin à faire pour braver le titre à Copenhague qui vit, on le devine, 20 ans en avance sur nous. Il suffit que notre maire et son équipe pensent intelligemment *tousse tousse* les réseaux blancs (voies qui facilitent la circulation aux cyclistes) et qu’on cultive davantage l’idée que les routes appartiennent AUSSI aux vélos, même l’hiver.

Véritable coup de gueule à la nature, ces amoureux de la bicyclette refusent de lâcher leurs guidons, même à -40°C.

Je vous présente Mathieu Beaudoin, qui prévoit se lancer dans une expédition dans le Grand Nord…vous l’aurez deviné, en vélo.

Qui es-tu Mathieu et où diable vas-tu?

J’ai 36 ans, je suis technicien de laboratoire spécialisé en analyse d’imagerie, un genre de photographe médical. J’ai fait une technique en Chimie-Biologie au CÉGEP Ahuntsic, rien à voir avec le plein air, c’est un peu pour cela que j’aime me retrouver dehors.

Je partirai en camion avec un chauffeur qui me déposera au bout de la route Trans-Taïga à 580 km à l’est de Radisson. C’est l’endroit le plus loin de l’est de l’Amérique accessible par une route. Ce sera un isolement quasi total. En camion, je ferai des dépôts de nourriture à certains endroits pour ne pas avoir à tout transporter.

Une expédition en solo l’hiver c’est lourd, je veux donc minimiser la quantité de nourriture dans le traîneau. Du bout de la route, je reviendrai en vélo vers le sud jusqu’à Matagami.

Je trouvais très amusant de foncer dans les bancs de neige.

Te souviens-tu de ta première fois à vélo?

Je me souviens vaguement de ma première fois à vélo. C’était dans le gazon dans la cour de mes parents. J’ai beaucoup plus de souvenirs des 2 ans à passer La Presse le matin à vélo. Beau temps mauvais temps, été comme hiver, ça a été ma première école en vélo d’hiver. Je trouvais très amusant de foncer dans les bancs de neige.

Présente-nous ton ti-bébé

Mon vélo est en Alu, je pars avec un Specialized Fuse. C’est un semi-fat bike avec des pneus de 3 pouces cloutés, les clous sont très importants sur ces routes souvent glacées.

Appréhendes-tu des crevaisons?

Je souhaite n’en avoir aucune, changer une chambre à air par -25C ce ne sera pas amusant. J’espère en avoir maximum deux, car je n’apporterai que deux chambres à air de rechange.

As-tu une idole qui t’a inspiré pour ce genre d’aventure ?

Mike Horn en tête de liste. C’est époustouflant tout ce qu’il a fait, surtout son tour du cercle polaire arctique, en solo non motorisé! J’ai lu tous ses récits.

Que crains-tu le plus dans ton expédition ?

J’ai peur de me geler les doigts à nouveau. J’ai eu un accident (engelure au 3e degré) il y a 6 ans sur le mont Washington en escalade de glace. Tempête, fatigue, -20°C, vent de 100k/h, gants mouillés = 3 doigts complètement gelés et un petit séjour à l’hôpital à côté des grands brûlés. Ça ne m’empêche pas de sortir, mais je suis maintenant beaucoup plus sensible et prudent par temps froid.

Être le premier à traverser ces routes en hiver est une bonne motivation.

Vas-tu apporter de la musique pour passer le temps?

Je ne pense pas amener de musique avec moi, ça peut en surprendre plusieurs, mais je n’en écoute jamais en faisant du sport. Ni en joggant ni en vélo, j’aime écouter l’environnement qui m’entoure. De plus, j’aurai besoin de bien entendre les camions arriver vers moi. Ce sera un des risques lors de mon périple.

Qu’est-ce qui va te motiver à pédaler ?

Revenir au chaud… Mais aussi d’avoir la chance de voir des aurores boréales et les troupeaux de caribous marcher à mes côtés. Aussi d’être le premier à traverser ces routes en hiver est une bonne motivation.

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Mathieu enfourchera son vélo le 18 février prochain, et pense rouler environ 21 jours pour un total de 1100 km. Quand on y pense, c’est environ la même distance que Montréal-Percé. Ça permet de relativiser pas mal notre petite marche pénible entre la maison et le métro.

Lorsque je lui demande quelle sera sa première action à son retour, il me répond sans hésitation « Je vais aller fêter avec une bonne bière au Dieu du Ciel ici à St-Jérôme ». Si vous voulez suivre son périple, au chaud depuis votre foyer, c’est ici.

 

 

Pour continuer de lire sur la beauté du Grand Nord : «Deux gars, le Yukon et tout ce qui vient avec! en images

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