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Tout le monde a déjà fait la grève. Les cols bleus, les étudiants, les chargés de cours, les ouvriers, les agents de bord, chacun, à un moment ou à un autre, a eu recours à ce mode de protestation visant à faire valoir son point de vue, défendre ses droits et améliorer ses conditions de vie ou de travail. Faire la grève est un des privilèges dont nous bénéficions, en tant que membres d’une société où prévaut la libre expression. Même les gens qui n’ont aucune raison de se plaindre, comme les joueurs de soccer italiens, font la grève. Eh bien, moi aussi alors. Aujourd’hui, je prépare mes pancartes.

Parce que j’en ai marre.

Marre qu’on nous prenne pour des cons. Que les spéculations sur le prix de l’essence et la soif de pouvoir de certains hommes empêchent des millions de personnes de manger à leur faim. Que les Occidentaux s’obstinent sur des choses aussi ridicules que le nombre de verres d’eau idéal qu’il nous faudrait boire dans une journée, tandis que des milliards de personnes ailleurs sur la planète meurent de déshydratation. Marre qu’on foute des produits chimiques dans notre bouffe et dans nos vêtements et qu’après ça on se demande pourquoi 15% des jeunes adultes en âge de se reproduire éprouvent des problèmes de fertilité.

Marre de vivre dans un monde où on n’est personne si on n’a pas un cellulaire, une tablette numérique, un lecteur mp3 et un ordinateur, tous avec une petite pomme dessinée dessus si possible. Marre qu’on joue notre vie à la bourse et qu’ensuite on nous demande de nous serrer la ceinture parce que « vous savez, les temps sont durs ». Qu’on exige des citoyens des tonnes de sacrifices, mais qu’on continue d’octroyer des subventions et des privilèges aux entreprises, sous prétexte que cela va créer de l’emploi et que monsieur et madame tout le monde finiront par en profiter eux aussi. Marre que le coût de la vie monte sans cesse et que les salaires stagnent, voire diminuent. Que les gens qui luttent pour l’égalité et la justice meurent et que ceux de la droite ne soient pas capables de prononcer les mots « social » et « démocratie » dans une même phrase. Marre que nous soyons prisonniers du système.

Et si ce n’était pas vrai ? Si nous n’étions prisonniers d’absolument rien ? Si les médias, les pétrolières, les présidents de compagnie et les politiciens avaient tort de croire que le pouvoir leur appartient, qu’au contraire, nous en étions encore les seuls vrais détenteurs ? Si, un de ces jours, nous décrétions une grève mondiale illimitée et que nous n’allions pas travailler. Que nous « callions » tous malades. Que nous nous auto-donnions l’ordre d’évacuer – évacuer de cette vie qui n’a aucun sens. Que l’ouragan, ça soit nous.  Que nous nous barricadions dans nos demeures pour protester. À ne rien faire. Même pas regarder la télé ou surfer sur Internet. Nous pourrions lire, à la limite. Ou juste jaser entre nous et jouer à des jeux de société. À la lueur de la chandelle. Consommation d’électricité et d’essence nulle. Nous vivrions sur des réserves de bouffe non périssable que nous nous serions faites préalablement. Nous décrocherions complètement du système pendant quelques instants. Pour le faire dérailler une bonne fois pour toute.

Imaginez une espèce de journée En ville sans ma voiture combinée aux concepts du Buy Nothing Day et du Earth Hour, mais puissance dix. Bien que ces initiatives déjà existantes soient fort louables, elles ne sont pas suffisantes. Ça prend un plus grand coup. Quelque chose d’absolument gigantesque. Un flashmob, si vous voulez, mais en version moins éclair. Un événement qui durerait 24, 36 ou 48 heures, juste le temps d’inquiéter les décideurs de ce monde, de leur brasser un peu la cage, de leur faire comprendre que ce n’est pas eux qui ont le gros bout du bâton mais bien nous. Nous, les humains, qui devant la dérive, avons choisi de nous tenir debout et de former un immense barrage pour bloquer le déluge. Criant tous ensemble « Nous ne coulerons pas avec vous. »

  • teebot

     » les spéculations sur le prix de l’essence et la soif de pouvoir de certains hommes empêchent des millions de personnes de manger à leur faim. »

    Non c’est parce que pas une seule goutte de pluie n’est tombée depuis 2 ans sur la corne de l’Afrique et que cette région est rongée par des guerres de clans.

  • Evelyne Légaré

    J’embarque!!

  • Pascal Henrard

    Bien entendu, j’adore et j’adhère, Mélissa.
    Chaque fois qu’il y a une manif, à chaque occasion que le peuple a de se tenir de bout pour clamer son désaccord, à chaque rassemblement populaire annoncé ici ou là, je me pointe avec conviction mais je ne vois autour de moi que quelques militants habitués, beaucoup de têtes grisonnantes, peu de jeunes passionnés. On dirait que les gens se mobilisent plus facilement pour un nouveau stade, une défaite au hockey ou une radio poubelle.

  • Mélissa Verreault

    @ Evelyne et Pascal: Super! Vous m’aidez à l’organiser?! Pascal, tu as raison, les gens sont difficiles à mobiliser. Va donc falloir trouver de bonnes idées pour les faire embarquer eux aussi.

    @ Teebot: L’exemple de la Somalie en était malheureusement un parmi tant d’autres. Il n’y a pas que dans la Corne de l’Afrique que les gens ont faim. Dans plusieurs pays, la famine est causée par l’augmentation du prix des denrées alimentaires de base, qui est directement liée à celle du prix de l’essence, le pétrole servant entre autres à faire fonctionner les avions et les camions qui livrent les aliments. Et sauf votre respect, le fait que «cette région [soit] rongée par des guerres de clans», ce ne serait pas attribuable à la soif de pouvoir de certains hommes?!

  • Hugo Prévost

    Que voilà une bonne idée, si ce n’était du fait qu’elle est totalement inutile. Admettons, pour un instant, que l’initiative fonctionne; que vous réussissez, par un miracle incroyable, à rassembler assez de gens pour créer un véritable événement pendant 24, voire 48 ou 72 heures. Que se passera-t-il ensuite ? Les jeunes retourneront à leurs messages textes à l’orthographe digne d’analphabètes fonctionnels, les vieux retourneront travailler, parce que l’idéalisme c’est bien beau, mais qu’il faut payer les factures, mettre de la nourriture sur la table et chauffer la maison en hiver, et les militants politiques retourneront à leurs sempiternelles discussions sur la nécessité ou non de tenir un référendum au cours d’un premier mandat péquiste.

    Vous voulez changer le monde ? Quelques étapes simples : commencez par des études riches et soutenues, pour comprendre le monde dans lequel vous vivez. Ensuite, votez ! L’abstention explique en partie la victoire conservatrice de Stephen Harper; merci à tous ceux qui trouvent «trop difficile» d’aller votre contre l’idéologie de droite. Aucun parti ne vous intéresse ? Créez-en un ! Mobilisez vos amis, votre famille, trouvez des gens qui partagent vos opinions et faites-les connaître. Enfin : impliquez-vous dans la société. C’est bien beau les fleurs et les chansons, mais personne ne me fera croire que le retour à la nature n’a que des avantages. Vous voulez conserver votre nourriture du jardin dans des boîtes de conserve ? Avez-vous une industrie minière pour votre bauxite, une aluminerie pour votre aluminium, un secteur manufacturier pour produire vos boîtes, un secteur des transports pour les distribuer ?

    Je suis parfaitement en faveur du changement, mais soyons réalistes : ce n’est pas en chantant Kumbaya et en allant folâtrer dans les pâquerettes que vous changerez le monde. Pour modifier un système, il est important de le comprendre, de d’abord s’y adapter pour ensuite y apporter des changements.

  • Mélissa Verreault

    @ Hugo: Je vote – chaque fois qu’il le faut. J’ai étudié – un peu trop longtemps. Depuis que je ne le fais plus, je continue de m’informer, pour comprendre encore mieux le monde dans lequel je vis, comme vous dites. Je m’implique – comme je peux. Et je rêve, oui. Je fabule à voix haute. Je sais que ce que je décris ici est irréalisable, mais c’est en partant d’idées complètement folles qu’on arrive aux résultats les plus surprenants. C’est ainsi que les plus grandes découvertes de ce monde ont été faites. Je ne dis pas que ce que j’ai écrit est de la trempe des grandes découvertes, oh que non, mais c’est un début de réflexion, tout simplement. Parce que cette idée en donnera peut-être une autre à quelqu’un qui, lui, changera le monde. Et parce que crier son mécontentement, sortir de sa torpeur, ça suffit aussi parfois à déclencher le processus du changement.

  • mathieu

    quand et ou ? ce pourrait etre comme un go skateboarding day on pourrait sortir vélo planche a roulette patin et déferlé dans les rue…Ou juste protester en écoutant pas les postes de télé et de radio qui nous apprend rien a achetetant des produit local, laver nos planche avec des produit Lemieux, se torcher avec du p cul recycler cascade demander a nissan de sortir enfin la Leaf se déplacer en autobus a pied, a vélo ou en longboard. Il ya moyen de protester sans tout sacagé les manifestation n’ont plus d’impact il faut faire planté le système de l’intérieur !

  • Yannick Stromei

    Nous avons le pouvoir, à chaque jour, de nous prévaloir de notre intelligence et de faire les choix de vie sains qui s’imposent. Si, plutôt que de penser régler les problèmes du monde, nous commençons par aider nos proches immédiats, le manque de ressources dans le monde s’éliminera par lui-même!
    Crissez-moi la paix avec Harper. Il n’est pas un dictateur et non l’abstention n’est pas la cause de sa réélection. Il a été réélu car une majorité de votants ont été assez lucides pour comprendre que c’était la meilleure option disponible.
    Grève générale mondiale? Mais quelle lubie; quel itopisme que de croire que ça va changer quoi que ce soit! Soyons INTELLIGENTS! Voilà!

  • Mélissa Verreault

    @ Yannick: Euh…. Ça m’étonne toujours de voir à quel point les gens nous font dire des choses qu’on n’a pas dites… Où est-ce que j’ai parlé de Harper moi au juste?! J’ai parlé des gens de la droite, ce qui inclut une quantité phénoménale de personnes, dont certaines beaucoup plus dangereuses que Stephen Harper! Sur ce, je m’en vais essayer d’être intelligente en majuscules.

  • Yannick stromei

    Sorry Mélissa, je répondais à un des textes qui ont suivi ta lubie!!;-)