Quand on grandit dans le secret, quel genre d’adulte devient-on ? Pour le découvrir, Rose-Aimée Automne T. Morin s’est entretenue avec des personnes qui, comme elle, ont souffert des secrets de leur père.

Œdipe passe au cash.

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J’avais besoin de savoir : est-ce qu’on peut vraiment arriver, un jour, à dealer avec la vérité? Ce que j’ignorais, c’est qu’en fouillant dans les secrets d’autres familles, je ressentirais pour la première fois la douleur engendrée par les secrets de mon propre père.

J’avais onze ans quand mon père m’a parlé d’une autre famille, d’enfants qu’il aurait laissés tomber. Le sujet est revenu quelques fois, du bout des lèvres : « J’étais trop jeune, j’ai eu la chienne. Deux garçons. Oh et plus tard, il y a aussi eu cette chanteuse qui voulait un enfant, mais pas de chum… Je suis pas mal certain de lui avoir fait un fils. »

Simple mécanisme de défense, j’imagine; j’aime mon père et je refuse de concevoir qu’il ait pu commettre une telle chose.

En somme, j’ai peut-être trois frères que je ne connais pas. Peut-être. Parce qu’honnêtement, j’ai toujours douté de la véracité de cette révélation. Simple mécanisme de défense, j’imagine; j’aime mon père et je refuse de concevoir qu’il ait pu commettre une telle chose.

Par ailleurs, j’ai longtemps été convaincue que ces prétendus abandons n’avaient aucun impact sur ma vie, mise à part la peur profonde d’avoir, à mon insu, une relation sexuelle avec un membre de ma famille. On ne se le cachera pas : si j’ai trois frères illégitimes, considérant que Montréal est un grand lit, mathématiquement parlant, les risques de sexualité incestueuse sont véritables.

Mais au-delà de la crainte d’une relation consanguine, qu’est-ce qu’une enfance passée dans des faits voilés laisse-t-elle comme empreinte? J’ai tenté de le découvrir en rencontrant deux hommes qui ont eux aussi porté le poids de secrets paternels. Deux hommes qui ont une vision complètement différente de la vie après le mensonge.

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