C’est l’histoire d’une femme qui remarque que l’éclairage au gaz de sa maison faiblit en intensité, même si elle tente d’ajouter de la luminosité. C’est l’histoire d’un mari qui lui dit « tsss tsss tsss! C’est dans ta tête que ça se passe! L’éclairage ne change pas, c’est toi qui es pas ben! ».

La situation se répète, la femme ne comprend rien de rien. « Es-tu certaine que ça va? », que le monsieur lui demande. La femme commence à douter d’elle : « ça y est, je deviens crackpot… », qu’elle se dit. La situation persiste, d’autres évènements pas clairs surviennent, la madame doute d’elle de nouveau, le monsieur lui confirme qu’elle a tort, qu’elle perd la carte. Une chance qu’il est là parce que ep pep pep!

Eh bien maudite affaire : il s’avère que depuis le départ, la femme avait raison et le vilain monsieur ne faisait que distorsionner la réalité pour la manipuler, et mieux la contrôler.

« Mais quel conte effrayant! », me direz-vous.

On s’éloigne effectivement des récits de Noël avec petits lutins et chiens qui parlent. Cette histoire, c’est en fait celle de Gaslight, un thriller psychologique ayant inspiré le terme gaslighting, à ne pas confondre avec la chanson Grease Lightning. Vous comprendrez bien vite qu’on est ailleurs.

Le gaslighting est une stratégie de manipulation affective un peu trop souvent utilisée dans le domaine de… de… de la vie en général, en fait.

« Oh! Pauvre toi! C’est parce que tu commences dans le domaine, que tu penses comme ça! »
« Ah! Ben j’vois pas! Je ne t’ai jamais dit ça! Tu dois avoir mal compris! »
« On sait bien, toi! Tout le temps en train de dramatiser ce qui se passe! »

Entendons-nous : ici on ne parle pas d’un simple échange avec des points de vue divergents. On parle de discréditer à répétition les propos et les émotions des autres pour faire prévaloir son propre jugement.

Résultat? Tu as tort. J’ai constamment raison. Bonus? Tu fais un peu pitié d’être dans ta situation, pauvre petit être qui ne connaît rien de la vie… gnaf gnaf gnaf!
ÇA.
Ça c’est du gaslighting.

Et comme la manipulation n’a pas d’âge, pas de genre et ne s’inscrit pas dans un contexte relationnel particulier, ça fait en sorte qu’on peut inviter plein de monde au party : Famille, « amis-avec-des-guillemets », amoureux/amoureuse, collègues de travail, BRING IT!

Il y a de ces moments où sans même qu’on en prenne conscience, une de ces personnes est venue s’infiltrer dans nos pensées, nos émotions, est venue gruger notre estime personnelle. He/she knows best. Nous on ne sait rien.

On se sent bâillonné, diminué.
On se sent petits dans nos souliers ou juste complètement à côté.
On peut sentir qu’on est devenu l’ombre de nous-mêmes.
On est là, mais on n’est pu là.

Et quand on prend du recul par rapport à la situation, quand on se rend compte qu’on s’est embourbé dans une relation malsaine, on peut se poser bien des questions : Comment ça se fait que je me suis laissé traiter comme ça, que j’ai permis à quelqu’un de m’emboucaner la vision au point de douter de ma réalité? Comment j’ai pu lui donner ce pouvoir, pour l’amour?!

Malgré toutes les précautions qu’on a prises pour voir clair dans notre vie, on peut finir par se retrouver dans une dynamique toxique. Qu’elle soit professionnelle ou personnelle, peu importe.

Il ne faut pas s’en vouloir.

Après tout, c’est là le plus grand « talent » du manipulateur, de la manipulatrice : créer un beau lien de confiance pour mieux t’écraser l’estime. Te péter sournoisement les jambes, pour mieux te coudre des petites ficelles dans le dos et tirer dessus pour te faire croire que tu te relèves grâce à lui, grâce à elle. Transformer l’humain en marionnette.

C’est insidieux. Pervers. Dangereux.

Et qu’est-ce qu’on fait si l’on sent que l’on se fait manipuler de la sorte? Ce qu’il faut garder en tête, c’est qu’il n’est jamais trop tard. Il n’est jamais trop tard pour se dire que là, ça suffit. Il n’est jamais trop tard pour faire demi-tour en se rendant compte que le chemin sur lequel on s’est avancé est impraticable. Parce que oui : comme il n’est pas particulièrement productif de tenter de raisonner quelqu’un qui distorsionne tout à son avantage et qui donne possiblement dans le narcissisme pervers, prendre ses distances demeure souvent la meilleure option.

Ça permet de se protéger, de se reconnecter avec sa propre réalité et de prendre le temps de bien s’entourer.

L’autre nous aura peut-être donné l’impression qu’à force de nous gaslighter, il-elle nous a complètement éteint-e, mais il y a toujours moyen de se raviver la petite flamme intérieure. Ça peut passer par de l’aide professionnelle (voici d’ailleurs des ressources ICI, ICI et ICI), ou en s’entourant de gens sains qui sauront nous considérer et nous valoriser, plutôt que de nous aliéner. Ce type de personnes aimantes qui sauront nous ramener l’étincelle dans le regard. Une étincelle qui, cette fois, ne va pas nous consumer, mais bien nous permettre de rayonner.

 

 

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