Il y a douze ans, je vivais ma crise d’adolescence. On parle ici d’une crise d’une soirée, parce que la rébellion pis moi, ça fait deux.

C’était un 24 décembre. J’avais décidé de ne pas fêter Noël au chevet de mon père, qui se mourrait à l’hôpital depuis plus d’un mois déjà. J’avais aussi décidé de choker le party de famille de mon copain de l’époque. Ensemble, on s’était dit: fuck tout – les autres, la mort, les conventions des fêtes. On avait bu de la bière cheap en écoutant de la musique pop et on avait fait l’amour. Parce que c’est ce que ça fait, l’agonie. Ça donne envie de vivre.

Mon père est décédé le 14 janvier. Il a passé les semaines précédentes dans un coma contrôlé. Un coma duquel il émergeait parfois pour chanter Minuit chrétien en choeur avec la chorale de bénévoles qui arpentait les couloirs beiges de l’hôpital. Une poignée de confettis sous les néons.

Longtemps, le temps des fêtes m’a replongée dans ces souvenirs et, par le fait même, dans une profonde mélancolie. Longtemps, j’ai cru que ça ne passerait pas. Que Noël serait pour toujours synonyme de tristesse et d’ennui d’une personne regrettée.

Pourtant, après une dizaine de jours de l’an, les choses ont changé. La douleur s’est faite moins pesante, Minuit chrétien a cessé de me faire pleurer. Les souvenirs ont lentement commencé à me faire sourire. Le temps arrange les choses, c’est évident.

Mais je crois qu’un facteur externe a fortement aidé le temps à faire son travail: la famille. Celle que j’ai la chance d’avoir depuis ma naissance et celle que j’ai choisie. Ces personnes qui illuminent le quotidien, qui nous ouvrent les bras quand on a envie de pitcher du papier d’emballage en envoyant chier le monde entier. Celles qui réussissent à rendre joyeux les plus tristes des anniversaires.

Noël, c’est désormais leur fête. C’est synonyme de neveux qui dansent, de souper entre amis d’enfance, de messages textes cryptico-saouls, reçus le 31 au soir.

À tous ceux qui redoutent le temps des fêtes à cause des fantômes qu’il porte, je vous souhaite de trouver cette douce famille. Ou d’envoyer promener le 24 décembre. À votre guise.

(Et tenez bon, les Noëls endeuillés finissent par passer. Un peu.)

xx

 

Pour lire un autre texte de Rose-Aimée Automne T. Morin: « Depuis que ma mère a trouvé sa famille grâce à Facebook ».