Mes hommages.

Ce billettin (BILLETTIN) du vendredi ne s’en veut ni un de plainte, ni un de globes oculaires qui roulent jusqu’à torsion complète du petit nerf en arrière.

Il s’en veut un de constats. De petite glace dans le cou.

Depuis quelque temps, j’ai le bonheur et la nouille à la rondelle de voir mon travail diffusé sur plusieurs plateformes. La radio. Le Web. La tivi. Les montgolfières. J’ai même déjà mangé une crumpette à côté de Pierre Curzi. C’est dire.

Cette chance, je ne l’ai jamais dessinée dans mon petit calepin de souhaits. De la biochimie à l’étiquetage des morts dans un hôpital, les dés sont étonnamment bien tombés pour moi. Et ceux qui me côtoient la couenne savent que j’ai du mal à accepter tout le beau, la déferlante de bisous et de regards admiratifs qui viennent avec le velours du tapis.

« JE VOUDRAIS ÊTRE TON AMIE »

« T’ES MON IDOLE »

« T’ES EXCEPTIONNELLE »

Verrat. Ça fait beaucoup de petites choses à étendre sur sa toast. Une toast dans laquelle, j’en suis bien, bien consciente, moulte foodies aimeraient croquer.

Je fais partie des étranges qui estiment que c’est juste un tabarli de hasard si ce que j’aime faire est porté aux yeux de plusieurs. J’aurais pu m’inscrire à l’usine de biscuits sodas ou enseigner la bachata. Mener une vie anonyme, saine et en être goulûment ravie. Mais une partie de moi s’est délibérément exposé l’aine. Le « ça » à l’air. Alors j’assume. J’assume.

C’est du moins ce que je tente de faire, discrètement, en faisant mon petit marché. De ne pas prendre plus de place qu’Ima.

Mais ce qui arrive, c’est qu’autrui, ce personnage qui me voit faire des sparages avec des coiffures de Kennedy pis des twin sets pas possibles sur le câble, il a des attentes. C’est pourquoi il est venu me voir, un matin de novembre, alors que je mangeais justement mon petit pain de ménage avec une amie.

Et ça, c’est fantastique.

Bien que timide comme verge en eau froide, ça me ravit toujours le cœur, les belles discussions. Les gens qui prennent le temps, et souvent une touchette de courage, pour venir me saluer. Ça me touche beaucoup et je comprends ben pas pourquoi ça les fait suer de la moustache et plaquer du cou. Mais bon; je deviens nerveuse à fréquenter le même mail que Dorothée Berryman, alors je saisis. Je saisis le truc.

Toujours est-il que cet autrui est venu me voir, à ma table. Il m’a d’abord souri, visiblement nerveux de la falle, mais a pris ce petit temps pour m’observer de plus près, une milli-fractionnette de seconde, avant de m’adresser mot.

* interminable silence*

Un petit malaise flottait au-dessus de mon café instant. Mais on a laissé passer l’ange, le renard pis la belette. C’est des affaires qui arrivent. Quand il a rompu le cérémonial silence (brisé par mes mastiquettes de toast):

« Vous êtes pas comme je pensais ».

… han?
*mastiquette, mastiquette*

« Vous êtes pas comme je pensais. Vous êtes… ben vous êtes calme, je dirais. Vous êtes pas comme je pensais ».

IL ÉTAIT DÉÇU. LA DÉCEPTION ENDUISAIT SON VISAGE DÉCONFIT PAR CE DÉSARROI QUE L’ON RESSENT QUAND ON DÉROULE LE REBORD ET QUE… RIEN.

Une amère déception lui faisait battre la jugulaire. Sans même me parler, il m’avait cernée: la diablesse la plus plate du pâté de maisons. Une fille ben, ben ordinaire. Une pancake en guise de chevelure. Le timbre plat. Un tisheurte beige et un charisme so-so.

Ça ne m’a pas offensée. Moi qui le répète comme comptine: en vrai, je suis plate rare. Ben oui. Il n’y a rien de spectaculaire en mon transit. Et rares sont les moments où je m’insère des feux de Bengale dans le rond de cuir pour divertir les masses.

C’est pourtant ce qu’on attend de moi.

Que, en pieds de bas, debout sur la table à café, je pétille de mille poèmes et d’étonnantes samarcettes parce que c’est ce que je suis. Un personnage qui parle drôle et qui doit donc en vivre, des affaires, dans le splendide de son quotidien pas piqué de l’agrile. Je penserais la même affaire.

Puis, avant que je ne puisse me stuffer le casseau avec de la compote, je me suis excusée au quidam.
Pendant une fraction de seconde, je me suis vue désolée d’être si peu créative dans mon ingesta de pain de campagne. De ne pas être celle qu’on avait lorgnée à son insu, tout le déjeuner durant. De ne pas être cette artiste, twenty-four/séveune.

Y’a rien, rien de grave dans ce que je raconte.

Ça me fascine simplement, chaque fois, la grande idée qu’on se fait d’une enveloppe de cuir qui parle à la tévé. Quelle que soit ton allégeance, ton talent, ton bagage pis ton message, tu fascines et tu fascineras toujours. T’as une responsabilité. T’occupes beaucoup de place dans le cervelet de ceux qui t’aiment et te suivent, qu’importe le variété avec un plancher croche auquel tu participes.

Marie Lamontagne n’existe pas, dans le vrai. Si tu la croises chez Cora, elle aura pas de petites marques bleues dans le cou. Patrice l’Écuyer n’existe pas. Ni le petit coquet qui ressemble à Woody Allen dans les Appendices. Ni l’impétueux Grégory Charles. Ni France. Ni Catherine Ethier.

Ne soyez pas déçus. Ou bien tiens, soyez-le. À pleines palettes. C’est chose saine.

*mastiquette, mastiquette*

La bise.

 

 

Pour lire un autre texte de Catherine Ethier: « Applaudir pour applaudir ».

 

 

  • David

    Je vous ai découvert en regardant code f avec ma fille de 12 ans et j’ai eu des moments de pures plaisirs.
    Je vous ai écouté cette semaine a la radio avec une capsule sur la dégustation du dr. Barette, c’était un humour fin et divertissant.
    Votre personage est des plus intéressante et équilibré dans un embalage complètement éclaté. Rien de plate ;-)