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Connaissez-vous une fille dans votre entourage qui ait du mal à se tailler une place dans le domaine culturel parce qu’elle est une fille?
Je cherche depuis qu’a été lancé le portail Nous sommes les filles, mais je ne trouve pas.
Les filles de Nous sommes les filles sont belles, jeunes, elles ont l’avenir devant elles, et viennent de lancer une initiative qui a déjà récolté plus de 1700 appuis sur Facebook.
C’est normal : tout le monde aime les filles. Les grands-mères qui trouvent ça beau la jeunesse, les patrons vicieux, les amuseurs publics, même les lesbiennes refoulées aiment les filles. Les filles, c’est beau, ça sent bon, et quand ça ne s’arrache pas les cheveux entre filles, c’est gentil.
Lancer un site comme Nous sommes les filles, c’est un peu comme lancer un site sur la tarte aux pommes. Avec différentes recettes de tartes aux pommes. À moins de chercher fort, personne ne peut être contre. Mais est-ce que c’est nécessaire de défendre les filles, encore en 2011? Je pose la question pour qu’on jase, de même.
Moi, je suis une fille. Une vraie fille qui porte des robes et tout, et je suis certaine que ça m’aide, d’être une fille. Être un gars, je ne serais qu’une pâle version de moi-même. À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire. Sans besoin de combattre, je serais sans doute sans saveur. Je serais sûrement un bon gars, mais alors je ne me démarquerais d’aucun gars autour de moi. Je serais bon, fort, et je m’habillerais chez Gap, comme tous les gars autour de moi.
Au fond, ce sont peut-être les gars qui auraient besoin d’un site.
On m’a dit que le combat des filles n’était pas fini, mais je continue à être sceptique. «Regarde juste en cinéma, le nombre de filles qui sortent des écoles, et le nombre de filles qui se ramassent réalisatrices», m’a-t-on dit. Au début, en analysant la faune cinématographique féminine, j’ai cru que c’était une simple question de testostérone. Que cet art n’était accessible qu’à celles qui en avaient plus. Mais bien qu’on ne puisse pas nier que nos plus grandes réalisatrices soient très très masculines (Léa Pool, Micheline Lanctôt, contrexemple : Mariloup Wolf), ma théorie ne tient certainement pas la route et risque de me valoir quelques bouteilles par la tête.
Je refuse toutefois de croire que des filles soient désavantagées par le simple fait qu’elles soient des filles. Que les décideurs de la SODEC, par exemple, se disent «ah non, pas un autre projet de fille», ou qu’un éditeur se dise «les gens vont penser qu’on la publie parce qu’elle a des grosses boules, c’est mauvais pour notre image».
J’en connais, des réalisatrices qui peinent à percer. Je connais aussi des gars qui en arrachent. Le succès est fait de plein de petites choses. Parfois de testostérone, parfois de grosses boules, souvent de chance, de contacts, de timing parfait, de couchage avec la bonne personne. Mais si une fille me disait qu’elle ne réussit pas parce qu’elle est une fille, je lui répondrais qu’elle ne réussit pas parce qu’elle pense que les filles ne réussissent pas, parce qu’elle se cherche des défaites aux mauvais endroits, comme dans le fait qu’elle soit une fille, et je lui dirais surtout awèye fille, fonce.
De toute façon, là n’est pas l’objet du site Nous sommes les filles. Si j’ai bien compris, Nous sommes les filles veut mettre en valeur le travail de filles qui réussissent déjà. Valérie Duhaime, Mylène St-Sauveur, ça file comme des étoiles ces filles-là. Et c’est beau.
Ça chicote les gars c’est sûr. Hier, j’ai demandé à mes amis gars, et pas les plus machos, ce qu’ils pensaient du nouveau site de tartes aux pommes. «Je ne suis plus capable des groupes de filles qui disent que les filles, c’est tellement bon, pis les meilleures de toutes, pis les montantes, pis les battantes, pis les exemples de réussites, m’a dit l’un d’eux, à qui je n’ai pas dit que je le citerais et dont on taira donc l’identité. Depuis quand y’a plus de gars sur la planète? Nomme-moi un concours récent qui met les hommes en vedette, à part, les pubs de bières?» «Celle avec des lunettes est cute», m’a tout simplement répondu un autre.
Finalement, peut-être que c’est nécessaire, un site comme Nous sommes les filles. En espérant seulement que les filles ne se retrouveront pas avec une grosse grosse roche avec Nous sommes les gars écrit dessus devant leur studio.