Le secret de famille est partout au petit écran. Nos séries télé sont truffées de non-dits, d’adoptions cachées, d’adultères jamais avoués et d’incestes camouflés. Les Bloodline, The Affair, Unité 9, et autre Feux, sont construites sur le secret. Elles déterrent tellement d’histoires familiales à la seconde, qu’une pause pub n’est pas assez longue pour remettre notre petit cœur en place.

Mais d’où vient cette attirance des téléphages pour les secrets de famille tordus? C’est que la société québécoise est en transformation, et c’est maintenant que les secrets sortent.

« Dans un téléroman qui compte plusieurs épisodes par saison, il faut nourrir les intrigues, trouver des rebondissements! Le secret est alors très utile. »

« C’est la grosse mode les secrets de famille en télé, parce que c’est un ressort dramatique hallucinant. Et parce qu’on est à l’époque où les secrets peuvent être enfin révélés. Dans les années 50-60, les tabous étaient nombreux dans les familles québécoises. Aujourd’hui, ces histoires enfouies pendant des décennies ressortent de partout. On peut les dévoiler maintenant, parce qu’on a tous fait des thérapies! (rires) », raconte Anne Boyer, l’une des auteurs du populaire téléroman Yamaska, diffusé jusqu’au printemps dernier sur les ondes de TVA.

L’une des motivations derrière la mécanique des secrets de famille est aussi pratique, selon Chantal Cadieux, la plume derrière le rendez-vous radio-canadien Mémoires Vives. « Dans un téléroman qui compte plusieurs épisodes par saison, il faut nourrir les intrigues, trouver des rebondissements! Le secret est alors très utile. »

« On peut aller trop loin dans le secret de famille, en mettre trop, car c’est très très inspirant. Enfin, moi je dois souvent me retenir! »

Le recours au secret ne peut toutefois pas être pris à la légère. C’est un procédé dramatique qui se planifie, selon Anne Boyer, qui a aussi Sous un ciel variable, Nos étés et 2 frères derrière la cravate, toutes des œuvres créées avec son complice Michel d’Astous.

« Si, comme auteurs, on imagine un secret à la dernière minute, ça va sonner faux. Les vieilles histoires qui remontent à la surface, il faut les voir venir, que des indices aient été saupoudrés sur plusieurs épisodes. Le téléspectateur remarque chaque petit détail, voit plus de choses que nous! »

Il faut toutefois savoir se calmer le pompon, de temps en temps, même si l’accumulation de drame est alléchante. « On peut aller trop loin dans le secret de famille, en mettre trop, car c’est très très inspirant. Enfin, moi je dois souvent me retenir! En même temps, on le sait, la réalité dépasse souvent la fiction. Ce que les gens me racontent de leur propre vie dépasse souvent ce que j’ose écrire dans Mémoires vives ! »

Personne n’est mieux placé pour comprendre que la vie dépasse souvent la fiction qu’Anne Boyer, qui aurait pu se mettre elle-même en scène dans un épisode de Yamaska. « J’ai été adoptée et ma mère biologique m’a cachée pendant 45 ans. J’ai vécu de l’intérieur toute la complexité du dévoilement d’un gros secret de famille. »

« La culture du silence c’est très fort. C’est une bombe à retardement. Dans la vie comme en fiction, la mort d’un être aimé et la révélation d’un lien du sang caché sont les punchs les plus efficaces! »

Ok. Le secret est comme une drogue en télé, un hameçon pour nous rendre accro. Mais je m’en fous. J’assume ma dépendance. Je connais maintenant le secret de la Caramilk, mais ça ne m’empêchera pas d’en vouloir encore plus.

 

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