« Nous sommes nos propres pères / Si jeunes et pourtant si vieux » On était peu nombreux, au début des années 2000, à trouver une quelconque profondeur au tube Parce qu’on vient de loin, de Corneille. Et pourtant, le chanteur illustrait en paroles simples (et avec un coquet béret de laine) les bases de la psychogénéalogie.

Cette approche utilisée en psychothérapie (et non en psychologie) remonte aux années 70, mais elle est peu connue du grand public. Elle s’intéresse à l’influence de notre bagage généalogique sur notre personnalité et nos relations interpersonnelles.

En une mot, la psychogénéalogie part du principe qu’en plus de leurs longues oreilles ou de leurs poils roux, nos ancêtres nous ont aussi transmis leurs problèmes psychologiques, qui résultent des évènements marquants de leur vie – leurs réussites comme leurs souffrances.

Et qu’il n’en tient qu’à nous de garder cet héritage ou de s’en libérer.

« La psychogénéalogie, je dis souvent que c’est comme déboucher les tuyaux avec un fish de plomberie. C’est enlever tout le tartre qui s’est accumulé au fil du temps. ».

Disons que la proposition a fait tiquer notre radar à psycho-pop. C’est donc avec une certaine brique et un certain fanal qu’on a abordé notre entrevue avec Doris Langlois.

Bonne nouvelle, la travailleuse sociale, psychothérapeute et auteure du livre La psychogénéalogie : Transformer son héritage psychologique (la profession «psychogénéalogiste» n’existe pas) veut non seulement se tenir loin de l’ésotérisme, mais elle a en plus un excellent sens de l’humour.

« La psychogénéalogie, je dis souvent que c’est comme déboucher les tuyaux avec un fish de plomberie. C’est enlever tout le tartre qui s’est accumulé au fil du temps. ».

Bref, Doris Langlois ne l’a pas dit comme ça, mais c’est quand la marde est pognée et que le siphon ne suffit plus qu’on l’appelle.

Et les cas qu’elle rencontre, s’ils sont aussi diversifiés que peut l’être la psyché humaine, ne sont pas aussi bizarres qu’on aurait pu le croire.

Il y a Paul, dont l’anxiété au travail et le désir de performer à outrance lui vient de ses ancêtres qui ont été particulièrement traumatisés par la Crise de 1929, et qui ne savent plus comment lâcher prise.

Il y a Richard, qui a hérité du rôle du père de famille parce que son père (et son grand-père) étaient irresponsables. Le genre de gars qui ne laisse personne d’autre que lui prendre une décision et qui est sur le bord du burn out.

Des gens qui sans le vouloir y vont systématiquement «avec la famille», comme diraient les participants de la Guerre des Clans (époque Luc Senay).

Et il y a les autres, ceux qui créent toute une commotion en tentant de se libérer de l’héritage familial.

Comme Émilie, qui arrive au souper de Noël avec un piercing dans le sein gauche et trois tatouages.

Le défi est de taille parce leur diffusion dans les familles se fait de façon inconsciente. Personne ne prend rendez-vous avec ses enfants pour statuer sur ce qu’on va leur transmettre.

Plus qu’une simple rébellion passagère d’adolescent contre ses parents, la psychogénéalogie y voit une tentative de s’émanciper du traditionalisme qui prévaut depuis toujours dans la famille.

Il y a aussi ce que la psychogénéalogie n’est pas, tient à nuancer Doris Langlois : une façon d’expliquer ou de régler les problèmes physiques. « Contrairement à certaines personnes, je ne crois pas que l’Alzheimer ou d’autres maladies puissent s’expliquer par ce qui s’est passé dans la vie de nos ancêtres. »

Comment régler les problèmes psychologiques du passé, donc?

Le défi est de taille parce leur diffusion dans les familles se fait de façon inconsciente. Personne ne prend rendez-vous avec ses enfants pour statuer sur ce qu’on va leur transmettre.

De plus, les racines peuvent être profondes. « Ça peut remonter aussi loin qu’Adam et Ève », illustre la psychothérapeute, qui rappelle que si, au Québec, on se limite généralement à la troisième ou la quatrième génération, on remonte parfois jusqu’à la septième génération en Europe.

Analyser le passé générationnel de ses patients pour trouver des pistes d’explications sur leur personnalité actuelle et ensuite décider ce qu’on veut garder ou rejeter de cet héritage : le travail peut sembler titanesque.

Mais contrairement à une dame qui a tapissé tout un mur du bureau de Doris Langlois avec des rouleaux de papier représentant son arbre généalogique, la plupart des gens n’ont pas besoin de connaître tous les détails de leur passé pour le régler, précise-t-elle.

« Ceux qui ont besoin de savoir, je vais leur poser des questions sur leurs parents, leurs grands-parents, leur famille et ainsi de suite pour remonter le fil, mais s’ils viennent me voir, c’est avant tout parce qu’ils ont un problème très concret dans le présent, et c’est à lui qu’il faut s’attaquer. »

Ainsi, quelques séances de psychothérapie et des gestes concrets aujourd’hui sont souvent suffisants pour réparer la rupture du continuum espace-temps (merci Retour vers le futur pour les mots savants), qu’on en comprenne la source ou non.

L’important, c’est qu’on soit plus léger. Car comme dit Corneille : « On vit chaque jour comme le dernier/ Parce qu’on vient de loin. »

NDLR : Au Québec, pour être psychothérapeute,  il est nécessaire d’obtenir un permis de psychothérapeute et de détenir minimalement un diplôme universitaire de maîtrise dans le domaine de la santé mentale et des relations humaines.

 

 

Article suivant: « Papa est-il celui que tu crois? ».

 

———————