Portrait de ma plus grande bataille personnelle à vie.

Moi, je suis enfant unique! BANG, grosse nouvelle hein? (Je me livre sans filtre)

J’ai trouvé ça quand même nice être enfant unique parce je n’avais pas à partager mon nintendo 64 avec personne (ce qui veut dire jouer à Golden eye quand je le voulais, le jour, la nuit, toute nue, name it). C’était cool être enfant unique aussi parce que quand je suis arrivée au Cégep, mes parents pouvaient m’aider à payer mes sessions, mon loyer pis mon weed (mais ça ils le savaient pas). À 4 enfants, on se le cachera pas, c’est plus tough de leur payer un set de pot chaque par mois.

Mais être enfant unique c’est aussi être, la plupart du temps, TU-SEULE. Là-dessus, tous les enfants uniques me comprendront. Moi, j’ai passé mon enfance à jouer aux Barbies en faisant la voix de tous les personnages. Complètement dénué d’effet de surprises. Je commençais une histoire, je savais comment elle finissait. (Le pire, c’est que j’ai plusieurs prestations qui auraient mérité un oscar mais malheureusement mon seul public c’était le mur.)

Bref, être enfant unique ça laisse des traces sur l’adulte. Moi, dès que j’ai eu l’âge de pouvoir sortir le soir toute seule, je suis devenue cinglée. Je voulais constamment être avec quelqu’un parce que je savais très bien, qu’en revenant chez nous, j’avais comme seule possibilité de communication: Jaser avec mes parents. (Et à 13-14 ans, quand tu commences à fumer en cachette, à tripper sur des gars trop vieux et à sacrer pour être cool, tes parents ne sont pas ceux avec qui t’as le goût d’échanger). Je passais mes fins de semaines à aller dormir chez des amis, et les soirs de semaine, je passais des heures sur MSN ou sur caramail. (J’tais sur le gros ASV SVP avec des jeunes inconnus en me faisant accroire que c’était pas des vieux pédo qui voulaient juste des photos de mes ptits seins en pointe d’église).

BREF, j’avais pas envie d’être seule, donc j’évitais de l’être, même si c’était de manière virtuelle.

Dès que j’ai eu l’âge de partir en appartement, je l’ai fait. J’étais avec ma meilleure amie du temps, celle à qui je ne parle plus aujourd’hui parce qu’une première colocation quand t’es tu seule depuis TOUJOURS, ça crée des moments « bébé lala » assez puissants. Mais au moins, j’étais avec quelqu’un, j’engourdissais mon sentiment de solitude. Je la détestais, mais sa présence m’était nécessaire.

Je savais pas à ce moment-là, que je repoussais un problème.

J’ai été en appartement, en colocation, jusqu’à ce que je déménage avec mon ex.  Plein d’humains autour de moi, c’était parfait. Parfait entre guillemets mettons. T’en torches un, l’autre fini constamment ta pinte de lait et essaye de te faire accroire que c’est pas lui, tu piles sur un fond de bobette en entrant dans la salle de bain, etc (Un salut à Kellie, Ben, FX, Steve, Antoine, Sophie et Pitre, sans rancune… j’espère!)

J’ai ensuite habité deux ans avec mon amoureux de l’époque… C’était le bonheur ultime. (Ultime entre guillemets mettons. Tu le torches, il finit constamment ta pinte de lait et essaye de te faire accroire que c’est pas lui, tu piles sur son fond de bobette en entrant dans la salle de bain, etc). Mais malgré tout ça, il me faisait oublier que je détestais la solitude parce qu’en plus d’être présent physiquement dans l’appartement, il était aussi celui qui faisait en sorte que je n’était seule nulle part (parce que j’étais la sienne).

Quand il m’a quitté et qu’il a déménagé, j’ai re-côtoyé, pour la première fois en tant qu’adulte la grosse solitude salle. Celle que je vivais quand j’étais jeune et que je n’aimais pas dans le fond, sans trop m’en rendre compte.

J’ai compris à ce moment-là, de un, que j’étais seule, mais surtout que je me sentais seule, et ce, depuis longtemps, bien enfouie.

J’ai bad trippé, j’ai tout fait pour éviter d’affronter, je n’arrivais pas à regarder la solitude pour essayer de l’apprivoiser… j’étais en crise. Un sentiment constant d’angoisse qui ne se décrit pas. J’allais tous les soirs chez des amis, et quand je ne trouvais personne je restais sur facebook TOUTE la soirée, jusqu’à dormir avec mon facebook ouvert sur ma table de chevet.

Mes amis me disaient « reste seule, un soir, chez toi… fais des choses qui te fond du bien » J’étais INCAPABLE.  Ils avaient de la difficulté à comprendre, et je comprends. Ceux qui se sentent seuls souffrent, tellement.

Un soir, je suis restée toute seule. J’ai pleuré toute la soirée.

Mais je me suis forcée pour combattre mon vide. Je l’ai refait une fois par semaine pendant quelques mois. Puis ensuite, deux soirs par semaine. J’ai fini par être confortable seule (je dirais pas bien, mais… c’était gérable).

Ça fait 1 an et demi quasiment jour pour jour, et maintenant je suis en appartement TU-SEULE, et je suis FUCKING bien. J’ai besoin de ma solitude, je suis complètement guérie.

Sans trop que je m’en rende compte j’ai fini par comprendre qu’en fait, on est jamais seul, on est toujours en notre compagnie. C’est abstrait, je sais. Quand je suis chez moi, et que je me fais une soirée en solo, je passe du temps avec moi. C’est beau les amis et la famille mais c’est ridicule de ne jamais chiller avec soi.

Depuis que je me suis rencontrée, je m’aime, je me trouve drôle et si j’étais amie avec Marc-André Grondin, je me le présenterais.

Il y a une différence entre être seule et se sentir seule… elle ne réside que dans la manière dont on se perçoit.

 

Pour lire un autre texte de Marie-Lyne Joncas: « Rebonjour Automne, ça faisait un bail!!! ».


 

 

  • KimSTP

    Oh my! Tu m’ouvres les yeux sur l’origine de ce malaise. Je suis enfant unique, moi aussi. Je suis rendue sensiblement à la même place que toi, ceci dit, mais j’avais pas réalisé que ça me collait à la peau depuis aussi longtemps. Merci.

  • Claude

    Exquis!

  • Christopher

    Je me sens seul et je déteste ça mais tu as raison, c’est une question de perception. Je commence à me faire à l’idée que si j’étais fait pour être Monsieur Sociable, je le serais déjà 😞. La solitude fait du bien, pas de comptes à rendre à personne, mais au moins tu es libre d’être toi-même. J’accepte de plus en plus ma solitude. Sinon, ça va être une longue vie triste.