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Étrangler ses partenaires n’est pas une « surprise sexy »
J’aimerais m’adresser à toi, le gars qui étrangle ses partenaires sexuelles lors du premier rendez-vous.
Je ne connaissais pas ton existence jusqu’à tout récemment. Mais ça fait deux fois qu’on me parle de toi. Je ne sais pas si tu incarnes un phénomène en croissance ou si tu n’es qu’un (deux) cas isolé. Ce que je sais, toutefois, c’est que tu es présent dans deux différents récits qui ne sont pas reliés entre eux et qu’on m’a confiés dernièrement.
Il semblerait que toi, quand tu couches avec une fille pour la première fois, sans crier gare, tu mets la main à la gorge de la personne avec qui tu es en train de baiser et que tu serres. Autrement dit, tu étrangles ta partenaire d’un soir.
Quelle est ton inspiration sur le plan sexuel au juste? L’affaire Ghomeshi? L’acteur porno James Deen? Donald Trump? C’est vrai qu’il y a du choix.
Es-tu conscient que dans ces deux situations qui ont été portées à mon attention, la fille n’a pas trouvé ça charmant? Qu’elle a trouvé ça fucked up?
Étrangler, un acte sexuel de base?
Est-ce que tu penses vraiment qu’étrangler quelqu’un est un acte sexuel de base? Tu considères que c’est un élément de surprise sexy qui ajoute des couleurs à ta palette charnelle? Un genre de move érotique que tu déploies aléatoirement?
Si c’est le cas, sache que non, étrangler quelqu’un n’est pas une pratique anodine. Oui, je sais, Ghomeshi a été acquitté. Oui, je sais, Fifty Shades of Grey a banalisé les rapports de domination sexuels. Oui, je sais, le fantasme de viol est quelque chose qui existe. Oui, je sais, la fille avait consenti à une relation sexuelle avec toi. Tout ceci ne change rien au fait qu’étrangler quelqu’un est un geste qui n’a rien de normal et qui, dans ce contexte, est hautement problématique.
Vois-tu, le cou d’une personne est composé de sa trachée. Or, la trachée, c’est ce qui permet de respirer. Et respirer, c’est une habitude qu’ont les êtres vivants qui leur est chère, parce que ça garde actuel l’aspect « vivant » de leur état. Tu vois, quand tu étrangles ta partenaire, ça coupe ce conduit – la trachée – et même si tu ne la tues pas, tu peux très certainement créer une situation de peur, d’inconfort, de douleur, voire de traumatisme ou d’évanouissement chez la personne. Et rien de ceci n’est anodin.
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Tu bandes sur le Marquis de Sade? Tu consommes de la porno hard? Grand bien t’en fasse. Mais non, tu ne peux pas, dans la vraie vie, décider unilatéralement que tu étrangles quelqu’un parce que ça t’excite.
Même si la personne ne dit rien sur le coup – en partie parce qu’elle est sous le choc et en partie parce que tu l’empêches de parler en lui serrant la gorge – ça ne veut pas dire qu’elle a voulu être étranglée. Ça ne veut pas dire qu’elle a aimé ça. Ça ne veut pas dire que tu ne l’as pas traumatisée.
Ah bon? Tu connais une fille qui t’as déjà dit qu’elle aimait ça, se faire étrangler? Alors depuis, tu le fais spontanément à des filles que tu rencontres sur Tinder? Bien moi, j’ai lu quelque part qu’il y a des gars qui aiment se faire faire caca dessus. Ils trouvent ça vraiment excitant. Mais tu sais quoi? Je ne me suis pas mise pour autant à faire caca sur mes partenaires sexuels juste comme ça, sans crier gare. Je leur demande avant.[1]
Sérieusement, tu as un problème. De consentement.
Et je ne veux pas exclure que ce genre de chose puisse se produire dans différentes configurations sexuelles : fille-étrangle-fille, gars-étrangle-gars, fille-étrangle-gars, non-binaire-étrangle-non-binaire, etc. Toutefois, dans les deux situations dont je parle ici, la personne qui était étranglée était une fille, et la personne qui étranglait était un gars. Et ce qui rend tout ça d’autant plus troublant, c’est que dans les deux situations, toi, tu t’étais préalablement dit féministe.
J’ai de la difficulté à saisir si tu dis ça justement pour mettre tes partenaires en confiance et les étrangler ensuite sans hésitation parce que j’ai-dit-je-suis-féministe-maintenant-je-peux-faire-ce-que-je-veux, ou si tu te crois réellement féministe, mais mettons quelque chose au clair : non, tu ne l’es pas. Parce que les actions valent plus que les mots. Et si tu te dis féministe, mais que tu agis comme un mâle dominant violent et rapey, ce sont tes gestes qui déterminent réellement ce que tu es, pas tes mots creux.
Et peu importe comment tu appelles le fait d’étrangler tes one-night-stand, que tu nommes ça du BDSM (sans visiblement jamais t’être renseigné sur le BDSM) ou que tu appelles ça du « sexe rough » parce que tu trouves ça plus cute, plus soft, ça ne change rien au fait que tu ne respectes pas le consentement.
Alors fais un travail sur toi, cesse de prendre tes fantasmes pour des réalités que tu peux projeter sur les autres et ARRÊTE D’ÉTRANGLER LES GENS.
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[1] C’t’une joke.
Pour lire un autre texte de Lili Boisvert : « Pénis dans vagin: pour ou contre le retrait? »