On ne se mentira pas, les derniers jours ont été particulièrement éprouvants pour toute personne s’opposant à la culture du viol (aussi bien dire: pour toute personne dotée de logique).

Vite de même, on peut penser à Trump et sa violence, à Éric Duhaime et sa métaphore de marde, aux doutes éternellement émis au sujet des présumées victimes, à un fan de Marc Lépine, aux policiers qui poursuivent Radio-Canada pour une enquête sur de présumées agressions commises auprès de femmes autochtones… La liste pourrait être dix fois plus longue, mais bon, je présume qu’on a tous autre chose à faire que shaker en criant de colère.

Comment, dans tout ce tourment, trouver de la lumière et de l’espoir ? On peut se rassembler et trouver le réconfort dans la solidarité, mercredi soir, alors que partout au Québec, des gens de tout horizon manifesteront pour dire « Stop la culture du viol ».

On peut se procurer des ouvrages éclairants, tels que Les superbes (Léa Clermont-Dion et Marie Hélène Poitras) ou Sous la ceinture, unis pour vaincre la culture du viol (collectif sous la direction de Nancy B.-Pilon).

On peut se fâcher. On doit se fâcher.

Et entre-temps, on peut tenter de faire un pied de nez à la culture du viol avec d’éloquents exemples de consentement! C’est avec cet objectif que je suis partie à la recherche des plus gratifiantes scènes de consentement de l’histoire du cinéma. Or, coup de théâtre! Le consentement verbal se fait très rare dans la culture populaire. Ça a d’ailleurs inspiré un organisme luttant contre la violence sexuelle à insérer ledit consentement dans de célèbres scènes de films…

C’est vrai qu’on entend très rarement des personnages demander la permission. Pourtant, c’est essentiel. On le répète: sans oui, c’est non.

Pour essayer de nous aiguiller vers le droit chemin, j’ai demandé à deux critiques de cinéma (les formidables Helen Faradji et Manon Dumais) de me proposer des scènes de consentement. À titre de référence, j’ai proposé à mes collaboratrices la scène qui a marqué mon adolescence et ma définition de l’érotisme. L’approche de baiser de Tom (notons qu’il aurait dû le demander avec des mots plutôt que son corps). La magnifique discussion pleine de respect qui s’en suit. Le bec dans le cou. Holy cow, cette scène. Je pense qu’elle peut me faire ovuler. En tout cas. C’EST PRESQUE COMME ÇA QU’ON FAIT, LA GANG!

Je vous présente Jerry Maguire.

De retour à nos critiques, maintenant. L’exercice a été ardu, faute d’absence de consentement verbal dans le cinéma. Ainsi, les scènes soulevées relèvent plus souvent du presque-consentement (ce qui n’est pas suffisant). Il s’agit souvent de moments où l’égalité est reine, où les corps acceptent, où on discute. Mais ce qu’on en retient, c’est que le cinéma manque cruellement de « Oui, je veux qu’on fasse l’amour maintenant. »

Voici donc des scènes pas pires pour nous inciter à travailler plus fort…

Les suggestions d’Helen Faradji

Critique cinéma pour ICI Radio-Canada Première et 24 images

1- Out of sight, Steven Soderbergh (1998)

« Je trouve que c’est l’une des scènes d’amour les plus égalitaires de l’histoire du cinéma. La sensualité est également partagée entre les deux; ce sont deux adultes qui se parlent, elle est flic, lui voleur. Les deux consentent, ensemble, et comme c’est Soderbergh, c’est remarquablement mis en scène dans les conventions de la série B. »

2- Casablanca, Michael Curtiz, 1942

« On mesure sûrement mal l’audace qu’il y avait dans beaucoup de personnages féminins imaginés pendant l’âge d’or d’Hollywood, dans la force dont on les caractérisait. Ingrid Bergman est l’une des actrices emblématiques de ces personnages qui pouvaient dire « Kiss Me » à un homme. C’est elle qui prend les devants. »

3- Annie Hall, Woody Allen, 1977

« Évidemment, Woody Allen… dans un article sur le consentement… ouain. Mais on parle de son personnage, là. De sa maladresse tellement touchante. Comme une scène-rappel que demander le consentement, ça peut être tellement plus séduisant qu’agir en gros bourrin. »

À la page suivante, quatre suggestions de Manon Dumais et un important appel à tous!

  • Rachel Bergeron-Cyr

    Une de mes scènes d’amour préférées est celle de Ryan’s Daughter, de David Lean. La belle Rosie, prisonnière d’un mariage qui ne lui convient pas, tombe sous le charme d’un bel officier. Elle qui n’a jamais connu le plaisir avec son mari, est chavirée par la découverte de la sensualité. D’autant plus que son amant est très beau… On la comprend! Ce qui vient à me faire dire que la notion de consentement est étroitement liée à celle du plaisir. Quand on se sent désirée, respectée, aimée et qu’on prend plaisir à l’acte, on s’abandonne, pas vrai? Bref, cette scène dans la nature en plus (magnifiquement filmée et métaphore en elle-même de la montée du plaisir), est à elle toute seule, la quintessence de la sensualité et du désir. Voici l’extrait : https://www.youtube.com/watch?v=9Fkh-noTtqM (pardonnez la chanson de Kate Bush – vous comprendrez qu’elle ne figure évidemment pas dans le film!)

  • mixed signals

    Selon moi « put your hands on me Jack » dans Titanic, c’est pas mal la même chose que « Kiss me » dans Casablanca. Même que le « kiss me » viens après le premier baisé, au moins Jack attends son Go.

  • joelle

    Am

    • joelle

      Donc ce que je voulais dire… dans Amélie Poulain, la scène de rencontre (enfin!) est très belle. Il n’y a pas de mot, mais la femme contrôle la situation c’est certain!
      https://www.youtube.com/watch?v=yEOSh2GF1x4

  • Jaëlle

    Quoi de mieux que un consentement demandé par Shakespeare. Elle vient de lui faire une déclaration d’amour et là ils se retrouvent. Ok, à la fin, elle va partir avec l’autre là, le moins gentil. Mais cette scène est quand même, pour moi, un exemple du consentement au cinéma. Il y a beaucoup de non-dit, mais presque tout est là!
    https://www.youtube.com/watch?v=LYy2CoynwMo