En vieillissant, je me suis ben rendue compte que mon corps change, se transforme, pas toujours à mon goût, mais coudonc. En plus, je sais très bien que je ne suis pas la seule à vivre ce simili bad trip. Alors, j’ai eu l’idée d’explorer ces changements en confrontant 3 générations différentes à cette réflexion.

La vingtaine (Rosalie), la trentaine (Moi-même) et la cinquantaine (Guy) parleront du même sujet, mais avec nos bagages personnels.

Ma question fut la suivante :

Quel rapport entretenez-vous avec votre corps?

Rosalie Bonenfant, 20 ans

Les bras trop longs et une existence trop neuve à son goût. Elle aime la consonance du mot « peluche » et l’odeur des souris à l’animalerie.

Quel rapport entretenez-vous avec votre corps? Ou plutôt, quelle question préfèrerais-tu éviter à 20 ans, quand tu luttes contre une estime toute molle malgré un corps tout ferme. C’est vrai, à mon âge, j’ai la bénédiction d’être en santé et de ne pas particulièrement avoir l’air d’un glissement de terrain. Pourtant, le miroir semble spécialement sévère avec moi. Je suis toujours à l’affut de la moindre faille, irrégularité ou poil à la mauvaise place pour me prouver que je n’ai pas tort d’être fâchée contre ma face. Je n’investiguerai pas à savoir c’est la faute à qui, aux magazines ou à mes valeurs, mais je sais que mon insatisfaction, comme celles de bien des filles de mon âge, relève un peu de la maladie mentale. Rappelons-nous donc que ces fesses que l’on dit trop plates nous permettent quand même de nous asseoir confortablement et que ce ventre que l’on croit trop rond nous permet d’accueillir des savoureux burgers pour l’instant, et peut-être un jour la vie!

Je m’évertue donc activement à être fière de mon formidable par en dedans plutôt que de son véhicule de chair, dont l’exceptionnel sera toujours bien pâle en comparaison, peu importe les efforts investis sur son cas. Mon corps a été contusionné, meurtri, mis à l’épreuve. Pourtant, il fonctionne encore parfaitement malgré les défis. C’est clairement la preuve qu’il se bat pour moi alors pourquoi me battre contre lui?

Évidemment, je mentirais si j’affirmais en être toujours satisfaite. Il m’arrive de me barbouiller la face de cute pour me ressembler un peu moins et davantage à un visage qui me parait joli. Mais je suis encore jeune, c’est normal de se tromper. J’ai bon espoir qu’assez vite, j’apprendrai que la course à la beauté est vaine et ne gaspillerai plus une seconde à des insignifiances superficielles.

Marie-Lyne Joncas,  29 ans

Fan invétérée de l’émission Mémoires Vives, en amour avec Marc-André Grondin depuis qu’il se garde les cheveux rasés et surement, la fille la moins fluide en anglais, même en état d’ébriété.

Mon médecin m’a dit que l’âge auquel on arrête de murir physiquement et que l’on commence à dépérir (pourrir viarge ), c’est environ 25 ans. À partir de cet âge-là, on perd tranquillement l’élasticine et le collagène dans la peau ce qui fait qu’on ne fait que pocher, cerner, pendre…pour finalement, un jour, MOURIR en raisin sec. À 25 ans, on est comme une pomme qui tombe de l’arbre et qui tranquillement pas vite, devient PU MANGEABLE!

Pis moi, à me regarder comme je me regarde à 29 ans, je peux dire une chose, si je continue à me regarder de même, je risque de ressembler à Kim Kardashian avant 40 ans. Je n’ai que 4 ans de pourriture à mon actif pis je commence déjà à me trouver slaque d’un peu partout. (je trouve que mes lobes d’oreilles sont pu comme ils étaient, faut que je consulte)

Je l’avoue, j’ai regardé combien ça coûte du botox dans le front. Je m’excuse maman, je te jure que je le ferai pas. C’est cher pis j’ai peur de finir par ressembler à Cher.

Ça fait 2-3 ans que, je me perçois différemment quand je me regarde dans le miroir. En fait je me regarde avec les mauvaises lunettes. Et là je ne parle pas de lunettes pour les problèmes de vue (100% des deux bords moé), mais plutôt des lunettes qui ne voient que les défauts. (Cernes, rides, boutons, poils follets de marde, paupières rouges/mauves/vertes/dégueulasses, etc.) Bref, je n’arrive plus à voir ce qui est beau (mon regard de feu et mes lèvres pulpeuses), mais seulement ce qui est laid (genre les OSTI de premiers signes de vieillesse.)

Et ça, je ne vivais pas ça avant. Je ne serai plus jamais la belle pêche juteuse que j’étais à 20 ans, toute gorgée d’eau. Je me SENS vieillir. (et il y a une grosse différence entre vieillir et se SENTIR vieillir). Je prends 3 verres de vin, j’ai mal à l’estomac 3 semaines et demie. Pis comme je bois souvent, j’ai le thorax qui me brûle comme du feu à l’année longue. (Je rote acide… ça me décourage)

En même temps, je dis ça, mais reste que je ne me suis jamais sentie aussi bien. Je me sens belle parce que je me trouve magnifique en dedans. En vieillissant, je me rends compte que la beauté ce n’est plus une question de physique, mais de paix intérieure, de connaissance de soi et de confiance en soi. À 20 ans, j’avais ben beau avoir un corps de course et la ride absente, reste qu’en dedans c’était un combat quotidien entre l’anxiété et la quête identitaire. (Ou cé j’men va ça m’angouèsse)

C’est jeune 29 ans dans le fond. (Même si ça me coute 7000$ de crème par année)…

P.-S. Message à mes amis, c’est mon trentième cette année, et j’aimerais que Karim Ouellet vienne chanter à ma fête. Merci.

Guy Ménard, 59 ans

Un âge où beaucoup trop de conversations portent sur l’âge. Ceinture noire en entretien de piscine, Guy possède un vélo de route qui vaut plus cher que sa voiture et il trouve que ça a ben de l’allure.

À presque 59 ans, le corps est…utilitaire. Une machine qui permet d’accomplir, généralement, ce qu’on lui demande. Un outil pour cruiser ? Rarement. Sauf quand je passe devant le parc de la ligue de pétanque où, lecteur, modestement, je sens que je fais de l’effet chez les dames de la catégorie « permanente en boule frisée ». Il faut s’y résoudre, on n’est plus ce qu’on était. Personne ne désire se développer une bedaine qui a son propre code postal. Mais c’est la loi. Celle de la gravité, implacable avec le temps. Je n’invente rien. Pas le ramollissement des tissus, juste une clause de la loi de la gravitation universelle : tu vieillis, tout devient plus pesant. Et ça n’ira pas en s’améliorant.

Prenez Rita. Rita, c’est une vieille dame aperçue cet été sur la plage à Cape Cod (rappelez-vous mon âge, si je dis « vieille », on parle ici de post-vénérable). Bon, je ne la connais pas réellement, mais mettons qu’elle s’appelle Rita. Assez maigre pour avoir son propre téléthon, ça pendouillait de partout. Alors tu te dis ça ne m’arrivera pas à moi, faut que je me garde ferme et tu sors courir. Ok, disons marcher. Facile, marcher, vous croyez ? Vous saurez que c’est étonnant le nombre de muscles bâtards et d’articulations craquantes qui peuvent se manifester lors d’une simple marche à 59 ans. Ça doit être parce que le trajet est en montant. Parce que, oui, passé un certain âge, le terrain donne toujours l’impression d’être en montant. Pour tout le monde.

Sauf monsieur Dumont. Monsieur Dumont, c’est un voisin. Il pourrait être le chum de Rita.  M. Dumont, lui, marche toujours comme un gamin. Mon héros! Avec l’âge, on a encore plus besoin de héros. Pour se rassurer et s’accrocher à l’idée qu’on ne deviendra pas « comme eux » . Avoir le désir d’être un Bruce Springsteen qui dit à Stephen Colbert avoir fait la veille un show de plus de quatre heures… juste parce que c’était le fun. Faudrait que j’en parle à M. Dumont. On pourrait se partir un (old) Boys Band. On chantera Born to Run. On dansera pas beaucoup.

Bref

L’idéal serait d’avoir la sagesse du quinquagénaire et le corps ferme de la jeune vingtaine. (L’inverse décrirait parfaitement Michèle Richard.) Je pense par contre qu’il ne faut pas avoir peur de vieillir. (Même si c’est un combat quotidien.) Il faut essayer de travailler sa relation son corps, c’est le véhicule de l’âme et on est pogné avec pour la vie. Il va finir par devenir semi-beau et plus ou moins habile, tandis que l’intérieur se raffermit et devient, pour la plupart des gens, magnifique en vieillissant. Misons là-dessus.

 

Pour lire un autre texte de Marie-Lyne Joncas : « Rebonjour automne, ça faisait un bail!!! » .

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