— Est-ce qu’il y en a qui n’ont jamais fumé de pot?

J’ai levé la main timidement, m’attendant à être la seule pas dévergondée qui n’a jamais vécu pleinement son adolescence. La rédactrice posait la question sans nécessairement s’attendre à une réponse… Eh bien, nous étions au moins le quart des personnes présentes au brainstorm des collaborateurs pour élaborer le numéro Spécial cannabis à n’en avoir jamais consommé.

Je m’attendais quand même à couvrir un côté plus sérieux du sujet (les nouveaux métiers reliés au pot? Le lobby du pot? Entrevue avec un poteux?), à jeun, dans le confort de ma cuisine, en faisant 3-4 téléphones.

Pfff. C’était mal connaître URBANIA.

J’ai donc hérité du buzz le plus fort : soit celui de manger du pot provenant de trois recettes créées spécialement pour moi (et mon buzz) par le chef Martin Juneau. La classe.

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À l’âge de 14 ans, un gars rencontré dans un camp de vacances (il s’appelle Francis et vient de St-Tite, on le salue!) m’avait raconté un trip pendant lequel il avait tellement faim qu’il s’était clenché un pain blanc tranché Weston au complet sans rien dessus. Zéro nutella, zéro beurre de pean’, pas même des tranches de fromage jaune-orange : RIEN. NOTHING, NIET, NADA. J’avais trouvé ça complètement abrutissant et je comprenais pas le trip, justement.

Pas impressionnée pour deux cennes, pas super à l’aise à perdre le contrôle, pis sincèrement pas intéressée, j’ai toujours refusé les puffs des joints d’amis circulant dans les partys. (Et vous comprendrez maintenant que la fin de mon article dans le magazine était complètement fausse. Oui, cher lecteur, je t’ai menti.)

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Tel que décrit dans le magazine, je n’ai pas ressenti grand-chose lors de la séance photo/dégustation. Bien qu’il ait pu passer deux heures entre ma première bouchée d’asperges à la mayonnaise au pot et la fin de la séance, j’attendais toujours les effets en quittant le studio, à pied, vers la maison.

Je suis même allée faire une épicerie « raisonnable » sur le chemin du retour (aucune envie de chips, gâteau Vachon, poutine, Kraft Dinner avec bouttes de saucisses dedans). Je vivais une vie normale, tel un être indestructible dont le THC s’évaporait au contact de mon sang.

J’ai texté ma rédactrice en chef pour lui dire comment ça se passait.

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Bon, ici, j’ai fait une blague et j’attendais une réaction : non, je n’ai pas POUR VRAI mis The Doors d’Oliver Stone, c’est-à-dire un film de plus de 3 heures dans lequel le cinéaste essaie de recréer les effets de drogues hallucinogènes à l’écran. GIVE ME A BREAK. Je me suis parti un film de série B sur Netflix, de quoi pour alléger la soirée.

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Sortir la pizza du four, se verser un verre d’eau pétillante, partir le film, regarder le film tranquille, finalement ma soirée s’annonçait plus relaxe que prévu!

OUIN BIEN NON FINALEMENT.

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C’est là que je me suis dit que tant qu’à buzzer pour vrai pis être capable de faire des jokes (la Rainman des textos, C’EST MOÉ!), aussi bien en profiter pis partager la bonne nouvelle. J’ai averti mon meilleur ami de ce que je vivais, pour voir sa réaction.

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Sans avoir l’intention de m’enlever la vie, je peux pas dire que je débordais de mon entrain légendaire, ce soir de juin-là. Je continuais de fixer le film sans le comprendre. Une chance que mon patron m’a interpellée sur Facebook, question de dynamiser la soirée.

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Merci patron. Je suis allée me coucher ce soir-là avec le sentiment de devoir accompli : faire un jeu de mots battée sur The Tragically Hip. Je ne me souvenais plus du tout du film que je venais de regarder par contre, comme si ma mémoire effaçait automatiquement ce qui rentrait dans ma tête.

Je me suis réveillé le lendemain TOP SHAPE… avec une plus grande faim que d’habitude. Je ne savais sincèrement pas qu’il n’y avait pas de « lendemain de veille » avec le pot. (Peut-être en avais-je pas pris assez? Je le saurai probablement jamais.) En fait, j’étais soulagée d’avoir vécu aussi bien l’expérience, sans trop d’effets secondaires, sans m’être ridiculisée devant des gens, sans avoir complètement perdu le contrôle.

La semaine suivante a été assez chargée. Entre l’écriture de l’article et la couverture des Francofolies que je faisais pour le travail, je magasinais des billets d’avion pour l’Australie, les meilleurs possible.

Les meilleurs possible.

Dans les « moins bien » possible, par contre, il y avait ceux de cette fameuse compagnie aérienne chinoise, cotée dans les meilleures au monde, avec un arrêt sans frais à Hong Kong. J’ai jamais rêvé à Hong Kong. J’ai jamais pensé à Hong Kong. J’ai jamais réellement su ce qui se passait de bon à Hong Kong. Mais cette escale de 5 jours sans frais me titillait, en fait, m’obsédait au plus haut point… J’ai finalement acheté ces billets-là, le mercredi suivant.

C’est en rouvrant mon Netflix une semaine après mon expérience battée, deux soirs après l’achat des billets d’avion, que j’ai vu que le fameux film oublié se passait à… Hong Kong.

Toute est dans toute.

Merci, soirée battée, je m’en vais à Hong Kong, pis je suis biiiiiiien excitée!

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Pour consulter les recettes battées de Martin Juneau, c’est ICI.