Doit-on établir que le life goal d’une relation de couple, c’est d’aimer une personne, une seule, juste UNE et de ne jamais vivre un p’tit brin de nostalgie pour un-e ex ou une attirance magnétique avec un-e collègue de travail?

Inspirée par mon constat qu’on perçoit généralement la relation de couple comme un jeu de Pac-Man, je me suis dit qu’il pourrait être aidant de se pencher collectivement sur la question.

Un jeu de Pac-Man, vraiment?

Oui! Comme si notre partenaire actuel devrait être greyé-e du pouvoir naturel de chasser tous les petits fantômes du passé en plus de gober les p’tites âmes attirantes qui viendraient errer dans le présent.

Mais voilà que le mandat peut se faire ambitieux. Résultat? On culpabilise quand on est attiré par une autre personne (« ben voyons, on n’aime pas assez notre chum!? ») ou à l’inverse, on peut être porté à se sentir menacé-e en ayant l’impression qu’on n’est pas the only one (« ben voyons, a-t-elle besoin de voir ailleurs?! »).

D’un bord ou de l’autre, qu’on se le dise, l’inconfort peut poindre.

Est-ce que de ressentir une attirance pour quelqu’un d’autre invalide notre relation actuelle? Est-ce que ça témoigne inévitablement d’une lacune dans notre couple? Et si on est célibataire et qu’on vit un amour à sens unique, est-ce qu’on doit attendre de ne plus ressentir une once de feeling pour l’autre avant de rencontrer une nouvelle personne? Pour l’ensemble des questions, allons-y pour une réponse : pas nécessairement, non.

Brisons le tabou : c’est possible, même si on se sent honnêtement comblé dans un couple, d’être nostalgique d’un amour passé ou même de ressentir une p’tite pulsion de cohabitation avec quelqu’un d’autre dans le présent.

S’unir dans une relation, ce n’est pas nécessairement l’équivalent de s’établir dans une belle p’tite maison unifamiliale toute neuve.

Un cœur peut être configuré en duplex, en 8 logements, en gratte-ciel… Il y a différents étages, il y a différentes pièces, il y a différentes personnes, positionnées sur différents paliers relationnels.

Et vivre en couple ne rend ni amnésique ni insensible au charme des autres. Il peut arriver que ce soit nous qui entendons quelqu’un activer la p’tite sonnette de notre cœur et qui faisons « bon Dieu j’lui ouvrirais bien, mais non. Mais oui? Mais non… ». Le mur qui clive le sentiment amour/amitié n’est pas toujours irréprochablement étanche et dans la vie, on vit des choses, on rencontre des gens, on ressent. Certains nous touchent plus que d’autres. Des fois, l’autre laisse une marque, une empreinte, une trace de pied dans le sable de notre existence qui finalement, peut finir par s’estomper.

La vie continue, mais il se peut qu’un petit cillement du cœur persiste : un sentiment fantôme, que seuls nous percevons. La relation ne se vit pas ou ne s’actualise pas, mais nous, on la sent. Elle nous habite comme un bourdonnement incessant qui fait qu’on peut se sentir crackpot, mais qu’on ne l’est pas, dans la même optique que quelqu’un qui vit avec un acouphène n’est pas délirant.

Oui, je vous le confirme : il est possible de vivre avec un acouphène affectif.

Et il se peut que ce soit inconfortable. Mais après, tout, on est humain et on a peut-être socialement rejeté la polygamie, mais il est possible que nos cœurs eux, aient de la difficulté à être exclusivement monogames.

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