Je me souviens très bien de la première fois que j’ai fumé de la wax. En quête d’aventure, on venait de mettre les pieds au bar Pastel, rue Rachel, quand un personnage saugrenu de mon entourage m’a lancé une invitation qui ne se refuse pas : « Guindon, viens fumer ! »

Mais en migrant vers le parc adjacent, et à la surprise générale, ce n’est pas un joint que notre hôte a sorti de sa boîte magique.

« Ça, c’est de la wax. C’est comme un concentré de résine de THC. Ça buzz ben plus, pis ben plus vite. Ça sent pas, pis t’as pas les yeux rouges. C’est la drogue parfaite », a-t-il annoncé, solennel comme si on était en train d’inaugurer le nouveau pont Champlain.

Il nous a installé ça dans son vaporisateur à cannabis et sans me faire prier, je me suis exécuté. En moins de trois millisecondes, j’ai gravi l’Everest. J’ai fait un petit coucou aux cosmonautes dans la Station spatiale internationale et je me suis installé confortablement sur un des anneaux de Saturne pour regarder ce qui se passait en bas, chez les Terriens. J’étais high à ce point-là.

CHIMIE CHIMIE YA !

Quand j’ai su qu’URBANIA préparait un spécial sur le cannabis, je ne me suis pas posé 36 000 questions sur ce que je voulais faire pour ce numéro : je voulais fabriquer de la wax.

De ce que j’en comprenais, il s’agissait d’un produit élaboré à partir du haschich, mais je n’en savais pas plus. Je m’imaginais des tubes, des erlenmeyers, des brûleurs et des vases de Petri, comme dans un cours de science au secondaire.

Sauf que je m’imaginais aussi des personnes avides de cash, des motos, des fusils et du danger, comme dans Breaking Bad. Cela inquiétait mon amoureuse, mais j’étais prêt à faire le nécessaire pour percer le mystère de la cire du cannabis.

J’ai recontacté celui qui m’avait initié à ses plaisirs. Quelques textos et semaines plus tard, j’étais sur le coin d’une rue à attendre un contact qui promettait de m’emmener dans un laboratoire où on manufacturait le produit aux vertus psychotropement délicieuses.

SUR LE CORNER

Je savais à peu près qui était mon contact (nous l’appellerons Miro pour le reste de ce texte). Nos destins s’étaient quelquefois croisés et nous avons des amis en commun. Mais pour ce qui est de la manière dont il gère sa business, je n’en avais aucune idée. Allais-je devoir prêter serment d’allégeance à une gang de motards et parcourir des kilomètres pour me retrouver au beau milieu de nulle part, sans réseau cellulaire pour appeler le 911 lorsqu’on voudrait me découper en morceaux ?

Bref, j’attends sur le coin et Miro arrive pile-poil à l’heure, souriant, spliff au bec. On se salue et on fait plus ample connaissance dans un franglais tout ce qu’il y a de plus montréalais. J’ai rapidement le sentiment d’être en compagnie d’un ami et non d’un dangereux bandit.

Je me renseigne sur la suite des évènements : on va où, comment, jusqu’à quand ?

Miro reste évasif : un gars va venir nous chercher en auto et nous conduire ailleurs. Il va peut-être falloir que je me bande les yeux pendant le trajet.

Puis, la discussion dévie sur son rôle dans cet énigmatique laboratoire de production.

« Moi, je suis l’expert. Celui qui connaît les différentes sortes de weed, les différentes manières de faire du hasch. Je suis allé à la Cannabis Cup en Californie et à Lift [NDLR : le plus important salon sur le cannabis au Canada]. J’aide les autres à améliorer la qualité du produit. Ce qu’on fait, c’est du hasch haut de gamme, pour consommateurs avertis, que ce soient des malades ou des usagers récréatifs qui sont tannés de fumer de la cochonnerie. »

– OK, pis les autres, c’est qui ?

Avant même que Miro n’ait le temps de répondre, notre lift (à ne pas confondre avec l’expo commerciale du même nom) arrive. On m’invite à monter à bord. Aux commandes de la voiture tout ce qu’il a de plus normale, Ulric (nom évidemment fictif) me salue amicalement. Il a à peu près mon âge et à peu près le même style vestimentaire que Miro et moi. On vient visiblement du même monde. Peu à peu, les préjugés que j’entretenais sur ma délicate mission s’effritent.

SUR LA ROUTE

La conversation reprend de plus belle. Miro est volubile. Voyant bien que je suis déstabilisé par la convivialité du moment, il insiste :

« Tsé, si on t’invite là pour montrer ce qu’on fait, c’est pour que tu puisses dire à tout le monde qu’on n’est pas des criminels, qu’on n’est pas des gangsters. On est des gars super chill. Au lab, tu vas voir c’est juste des good vibes. »

Difficile d’en douter, j’ai l’impression de m’en aller prendre une bière avec deux vieux chums.

« On est des producteurs indépendants qui ont pour but d’offrir le meilleur hasch possible. Pis quand je dis ça, c’est autant pour le buzz que pour la santé. En tant que consommateur, je veux pas fumer d’imperfections, de produits chimiques ou de solvants. Le weed pis le hasch qui viennent de la rue, c’est de la marde.

Nous, parce qu’on est à fond dans le weed game, on sait qu’il y a mieux que ça. Et c’est ça qu’on veut faire : montrer au monde qu’ils peuvent avoir accès à des bières artisanales, à des bières de microbrasseries, qui peuvent avoir mille et une saveurs, arômes et effets. Moi, je veux être un sommelier qui peut guider les gens vers le hasch qui leur convient et les éduquer sur les différentes variétés qui existent. »

Ici, je me permets une ellipse dans l’espace-temps pour protéger l’emplacement du laboratoire secret de mes interlocuteurs.

Arrivés à destination, je suis étonné que ni Ulric ni Miro ne m’aient demandé de me couvrir la tête ou je ne sais quoi pour me désorienter. Je sais pertinemment où je suis et les gars n’ont pas l’air de s’en formaliser. On entre dans un gros garage, on descend de la voiture et on m’invite à pénétrer dans une petite pièce construite à l’intérieur même du garage. C’est, vous l’aurez deviné en même temps que moi, le fameux labo.

 

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