Camille Poliquin. Sa voix. Fait un petit moment qu’elle m’entoure quand j’écris. Tout d’abord avec Milk and Bone, puis avec KROY, son projet solo. C’est une voix qui enrobe, qui porte, une voix qui t’amène ailleurs, comme l’a d’ailleurs souligné le poète Jean-Paul Daoust lorsqu’il l’a entendue lors de son passage à Plus on est de fous, plus on lit : « les murs du studio ont disparu ». De cette trempe-là. Une voix qui fait du bien, c’pour ça que je t’en parle. J’ai même eu le plaisir de lui papoter ça, assise dans un divan mou dans sa loge du OMG Burger, de Sherbrooke, samedi dernier. C’était une soirée romeo’s gin. C’était une soirée où j’ai pas pu me retenir de boire plusieurs gin-tonics. J’aime le gin-tonic. Celui-là, en particulier. Même la bouteille. Mais je m’égare.

Camille, je disais. Qui me disait qu’elle pourrait moins vivre sans chanter que sans manger, c’est fort de même son besoin, depuis presque toujours. Bien qu’elle aime chanter fort, ce n’est toutefois pas ce qu’elle offre et ce qui percole jusque dans le fond de l’être de ceux et celles qui l’entendent puisque ses chansons et ses mélodies sont si douces et éthérées, mais pas trop, juste assez, pour que la mélancolie te prenne un peu en même que tu hoches de la tête, en même temps que tu veuilles aussi sourire.

« J’ai écrit ma première chanson en première année
et j’ai vendu mes droits 2$ à ma sœur »

Elle s’inspire de tout, a des notes plein son cellulaire, « la vie » dans son ensemble, dans ses détails est un terreau fertile duquel elle tire phrases et refrains. Les événements plus difficiles lui semblent plus propices à l’écriture, comme s’il y avait alors plus à dire, peut-être plus à recevoir, aussi. Elle souligne que lorsque l’on va bien, on n’a « pas besoin d’un échappatoire » et qu’il lui importe de « puiser dans les moments intenses », d’en tirer des émotions à livrer.

« la voix de Rufus [Wainwright] me donne assez d’énergie pour chanter toute l’année »

Et la responsabilité qu’elle se donne comme artiste réside justement dans l’effet que provoquent ces ressentis qu’elle partage : il lui importe de prendre le temps de recevoir ce que ceux et celles qui l’écoutent ont à lui dire. Parfois, « ça change le cours des choses », une chanson. Elle mentionne ça avec un ton de voix plus bas et toute l’humilité du monde.

KROY. C’est aussi une esthétique très sleek, en noir et blanc. L’intérêt marqué de Camille pour le design transparaît jusque-là. Ce qui est beau et bien placé, ce qui a une fonction visuellement, lui génèrent un réel bien-être. Elle sait que, surtout aujourd’hui, il faut quasi nécessairement savoir attirer l’œil et l’inspirer pour se distinguer, même lorsque c’est la voix, le matériau premier.

Et la voir sur scène, dans cette ancienne église, c’était justement une composition de sons et de lumières et d’elle derrière son clavier avec ses longs cheveux lisses et noirs et ses vêtements tout noirs. J’pense qu’elle fait partie de cette catégorie d’individus qui « suffisent » à juste être. Sa voix « en vrai » m’a rentré dedans encore plus fort que lorsque dans mon char ou mon salon.

C’était le dernier spectacle avant le lancement de l’album, en septembre. Je vais continuer de l’écouter jusque-là avec hâte, avec les murs de mon chenous à terre, poussés par sa voix.

Pour en savoir plus sur KROY, c’est ICI.

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Pour lire un autre texte sur un artiste de la chanson de Véronique Grenier : « Koriass »