Le Beachclub. Paris Hilton. Moi.

Une série de mots qui, a priori, ne pouvaient pas fitter ensemble. C’est pourquoi j’y suis allée, samedi dernier. Un besoin de m’éprouver les préjugés. J’avais fait la même chose, il y a deux étés. En. Allant. Dans. Un. Grandeur Nature. C’est d’ailleurs la première fois que j’en parle. Mais je m’égare.
Beachclub. Paris Hilton. Moi.
J’ai même amené une amie pour ne pas vivre la chose toute seule. Momentanément, j’ai vécu ça comme un safari, je crois. J’allais dans un lieu hostile parce que rempart de douchebags, de faux, de gens qui posent, de gens qui se montrent, de chests bombés, de tan ratés. J’allais observer, de loin, en hochant un peu de la tête pour me fondre dans la mêlée. En bonne fille pleine de préjugés que j’étais. Nommons un chat un chat, t’sais.

[Je confesse avoir toujours eu un plaisir coupable à ne pas détester Paris Hilton. J’ai probablement écouté chaque épisode de ses séries télé, il y a de cela un déjà long moment. Je pense que j’étais fascinée. Par le personnage, le phénomène. Sa capacité à faire d’elle-même, ou du moins de son image, un produit. Je ne parvenais pas non plus à adhérer à l’idée qu’elle ne soit que du vide, une idiote. Elle pouvait bien le jouer, par exemple. Mais. Je doute. Ou du moins, je trouve ça éminemment facile de la réduire à n’être que de l’insipide et du vain.]

Alors donc. Après un peu plus de deux heures et demie dans ma voiture sans air climatisé, mes shorts, mon badge média et moi avons eu les pieds dans le sable. Du stationnement, on ressentait déjà les pulsations de la musique. Le petit nerveux devant l’inconnu s’est installé.
Pour crisser son camp après deux minutes.

Résumé de mon expérience en quelques points :

1. Y’a beaucoup de peau. Toutes sortes de peaux. Toutes sortes de corps. Toutes sortes de variations de corps. Et tout cela en bikini, surtout, pour les filles et en assez traditionnels costumes de bain de dudes, pour les dudes. J’ai pas vu de Speedo, dois-je préciser. Et donc. C’est essentiellement une masse de corps qui s’indistinguent qui s’offre aux yeux.

2. Certains s’exhibent, d’autres pas, et ça aussi, ça s’annule.

3. Chacun fait un peu sa petite affaire. Essentiellement être sous le soleil, les pieds dans le sable. Danser sa vie. Avec très peu d’égards pour le regard des autres. C’est surtout ça qui m’a frappée. Voir des gens se faire un party avec eux-mêmes. Sans la gêne, à moins de bien la cacher, qu’on pourrait aisément présumer.

4. Paris. Est arrivée à l’heure, avec le sourire. Elle a l’habitude des gens, de la pose, d’apparaître. Il y a du doux, je dirais, dans ce qu’elle dégage. Du généreux, aussi. Elle prenait le temps, avait le petit mot, pour tous ceux et celles qui l’ont approchée. Son DJ set était fort correct. La foule massée devant elle sautait et levait les bras et la suivait. Elle a bien fait ce qui est attendu d’elle.

Somme toute. Ben. J’ai pas juste participé de loin. J’ai hoché de la tête et du body. Et je dois dire que parmi les petits plaisirs de l’existence se trouvent ces fois où mes préjugés se font émietter. J’aime le feeling du « j’avais pas raison ». J’ai pas tout vu, certes, ce n’est qu’une seule expérience, certes aussi. Mais. Réussir à créer un lieu à l’intérieur duquel les gens, peu importe leur apparence, parviennent à se sentir suffisamment à l’aise pour se trémousser des heures durant en surtout peau, je me vois mal, condamner ça. À l’air du « aime-toi », du « accepte ton corps », me semble que j’avais l’impression que c’était un peu l’incarnation de ça. Du moins beaucoup plus près de ça que du « repère de douchebags » que se figure l’imaginaire collectif. Du coup, mon petit mépris facile a aussi pris son trou. Et son « facile » m’a sauté au visage avec certains commentaires sur mes réseaux sociaux. Même de certainEs qui prônent une tolérance, une ouverture. Mais bon.

Cela fait que.
Mes préjugés : 0
#beachdayeveryday : 1

***

Pour lire un autre texte de Véronique Grenier : « La délicatesse »

  • Geneviève Sénécal

    Bon article! Ceci dit, prôner l’ouverture et la tolérance, cela n’empêche pas nécessairement d’éprouver un certain malaise face à la  »culture » du vedettariat. Je ne désteste pas Paris Hilton, elle est certainement victime de son image. Du rôle qu’on lui a, en quelque-sorte, imposé. Et qu’elle campe à merveille, derrière son sourire étincelant, dedans son p’tit suit glamour (que toutes les filles veulent, ast’heure). Mais cette image là me gosse. Parce-qu’elle nous amolli, collectivement. On se dit que, dans l’fond, c’est pas si pire que ça. Pi on aime ça, que les autres nous trouvent dont-ben-beaux, glamour pi toute…à côté de Paris Hilton. Fac’que on sourit…trop grand, trop fort. En pensant au moment où on va publier notre face, extatique à côté d’la sienne, à nos abonnés Facebook. On arrive à se faire croire, l’instant d’un clic, qu’on est enfin parvenus quelque-part. Pi ça ben, je ne peux pas m’empêcher de trouver ça triste…

  • UWotM8

    Rafraîchissant comme texte. Moi-même étant un snob-de-la-villes-avec-le-préjugé-facile, ça fait du bien d’avoir tord de temps en temps. C’est honnête, c’est beau.

  • Mouche

    Et à quand cette histoire de grandeur nature? ;-)