C’est connu : on mange trois fois par jour. Marilou et Alex nous le disent souvent.

C’est aussi connu, il ne faut pas trop manger, il faut bien manger.

C’est ce que tous les nutritionnistes nous disent. D’ailleurs, j’ai déjà fait appel à l’une d’entre elles, mais j’en ai pris et j’en ai laissé. J’ai pris ses notions sur l’équilibre dans l’assiette et lorsqu’elle a ajouté : « Faut pas abuser des carottes pis des piments rouges parce que ce sont les légumes sucrés. » J’ai laissé ce bout-là sur son bureau. Faut pas charrier quand même.

C’est encore plus connu, il faut rester mince, faut pas que nos cuisses collent, faut faire fondre le gras accroché après le bras et qui dit bye-bye en même temps que ta main. Il faut un menton pas deux! Faut des seins, mais pas de bourrelets autour de la brassière… Si t’es un homme, c’est l’inverse, le bourrelet c’est un peu moins grave, mais il te faut surtout pas d’seins et encore moins une brassière.

On doit manger à tous les jours, mais on te rappelle au quotidien que ton corps n’est jamais assez hot. Y’a de quoi virer fou.

L’alimentation c’est devenu une maudite grosse business. Les magazines se vendent comme la bible, les shows télé sortent au même rythme qu’une portée de chatons et les chefs sont pratiquement rendus des mages. Mais l’alimentation, c’est aussi ce qui peut t’empêcher d’atteindre tous les « il faut » du corps parfait.

On te dit d’éviter les gras, les glucides, le gluten, tu vois passer des articles sur le web qui prônent la santé en mangeant végé; d’autres qui parlent de manger que du cru; d’autres qui jurent que par une alimentation sans produits laitiers pis là tu regardes ton frigo pis tu culpabilises. « Holy shit, j’ai mangé un grilled-cheese pis un verre de lait tantôt chu conne, j’m’haïs! » Et pour ajouter à l’ironie, quand tu t’haïs, tu manges plus ou pire, tu manges pas ou tu te fais vomir.

C’est là que j’aime parler d’équilibre.

L’équilibre, ça permet de ne pas te laisser abattre par un pogo. Que tu manges un pogo, des piments rouges, des légumineuses ou du McDo, prends la décision avant d’en manger que ça viendra pas avec un à-côté de culpabilité.

La relation amour-haine avec la bouffe découle du manque d’équilibre et de la culpabilité post-consommation. La bouffe a rien avoir avec ça, le pogo en a rien à foutre de ta culpabilité. Le grand gagnant de ta culpabilité c’est l’industrie de la diète, du detox, pis des poudres magiques en shake. Le grand perdant c’est toi, parce que ton bonheur, ta joie de vivre et ton estime s’envolent en éclats à chaque fois que tu dis que t’es conne pis que tu t’haïs et que tu fais du yoyo entre les diètes.

J’ai eu un prof du primaire cool. Un jour, il nous a enseigné les fractions avec des Jos Louis et un sabre. (Je te le dis, un vrai cool.)
Debout sur son bureau, il a coupé un Jos Louis en quatre à grands cris de Samouraï, pour ensuite lever le morceau dans les airs en criant : « C’EST QUOI ÇA ? » Si on répondait « UN QUART DE JOS LOUIS! », il nous lançait le morceau. La classe capotait! « C’EST QUOI ÇA?? » « UN DEMI! »… « UN HUITIÈME »… et ainsi de suite.

Moi je fermais ma gueule. J’étais boulotte et j’avais peur du regard des autres qui me verraient attraper un bout de gâteau. Mais quand je l’ai vu soulever le Jos Louis au complet j’ai pas pu résister, j’étais debout sur ma chaise pour crier « UN ENTIER!!!!! UN ENTIER, M. LAPOINTE!!! »

C’est moi qui l’ai eu. J’avais plus envie d’avoir la bonne réponse et de manger le Jos Louis que d’avoir honte. Ce jour-là j’en ai eu des regards, oh que j’en ai eu, mais c’était des regards de déception.

La déception de ne pas avoir été plus vite que moi pour gagner le gâteau au complet.

Love xx

***

Pour lire un autre texte de Mélanie Couture : « La fameuse première fois »

  • Caroline De Roy

    J’aime toujours tes textes! Tes choix de sujets me font sourire, me souvenir, rire, réfléchir et parfois pleurer. J’en relis même certains parfois pour faire durer le plaisir (bon, ça y’est, j’ai l’air d’une groupie!). Mais celui-ci, j’ai l’impression que tu l’as écrit pour moi tant il résume à la perfection mon combat en cours.

    Je n’ai appris que récemment le nom de ce qui a hanté et gâché mon rapport à la nourriture. Hyperphagie boulimique. Le nom c’est important. C’est même une révélation. J’ai maintenant l’identité de l’ennemi à vaincre et cet ennemi, ce n’est plus moi :) C’est cliché de le dire (mais tellement vrai!) la guerre contre la culpabilité je la gagne un jour à la fois, et c’est enfin moi qui est en tête. J’adore cuisiner, découvrir de nouvelles saveurs et enfant, j’étais sainement gourmande. Je ferai une très bonne épicurienne un jour!

    Merci encore pour ce texte!

    • Mélanie Couture

      Good job Caroline! Bien dit, le combat c’est pas contre nous. Je te souhaite de retrouver ce « sainement gourmand » !

  • Anouck

    Superbe texte! Mais triste de dépeindre un portrait négatif et restrictif des nutritionnistes. Une bonne nutritionniste ne te dira pas que certains légumes sont trop sucrés ni même de ne pas manger de poutine. Si elle le fait, magasines-en une autre! Une bonne nutritionniste travaillera plutôt avec toi sur ta relation avec la nourriture et avec ton corps, pour la rendre positive et harmonieuse. Ça inclut de légaliser tous les aliments, d’écouter tes envies alimentaires (que ce soit pour des chips, des asperges, un yogourt, du chocolat ou une salade de fruits…!) et d’intégrer la notion de plaisir à chacun de tes repas. Elle t’accompagnera pour redécouvrir les signaux fiables de ton corps, ceux qui t’indiquent quand manger et quand arrêter, et finalement, elle te permettra de démystifier tout le vrai du faux sur ce qui se dit au sujet de la nutrition. Bref, je pense que les nutritionnistes sont des alliées précieuses pour retrouver une relation saine avec la bouffe, à accepter son corps tel qu’il est et à en prendre soin, dans une société où les normes de beauté sont intransigeantes et où il est souvent difficile de trouver sa place.

    • Mélanie Couture

      Effectivement, comme dans toutes professions y’a des gens plus incompétents que d’autres. :)

  • Marie-Pier

    L’ironie, c’est que je mangeais un sandwich au baloné tantôt et que je me sentais mal, juste avant de lire ça.

    Y’a pas de recette miracle. Mange bien, équilibré et fait de l’exercice. On a juste souvent un problème avec un des trois éléments de la formule.

    J’ai vu la semaine dernière une citation qui ressemblait à « Remplir son corps de bonne nourriture, c’est la meilleure marque de respect que l’on peut se faire. »

    Mettons que mes années de non respect joue sur la balance en crime.

    • patatepouel

      Les nutritionistes qui ont du bon sens disent que faut pas virer fou et couper toute la « mauvaise » bouffe. Faut juste essayer d’intégrer progressivement de bonnes habitudes tout en gardant le fun! Fak à force d’essayer, par exemple j’accompagne maintenant mes rages de Kraft Dinner (ouais, je l’avoue) d’une salade et source de protéine décente… C’est toujours bin mieux que rien! Le fun reste, la culpabilité disparait!

  • Yasmine

    Aaaah un texte nuancé et déculpabilisant, ça change de la folie nutritionnelle qui nous assaille sur internet!

  • Jean-François Guérin

    ‘Viens de lire quelques articles de Mélanie Couture car son style me plaisait bien, pour finalement réaliser qu’elle me faisait penser à Pierre Foglia. Dommage qu’elle se retire elle aussi de la publication!

    • URBANIA

      Elle reviendra! Elle prend simplement congé le temps de s’occuper de son bébé qui sera très bientôt parmi nous.

  • j’adore! c’est tellement vrai! Il faut aimer tout ce qu’on mange, c’est la seule manière de maintenir la santé mentale.

    http://whenhealthymettasty.com