En voyage, on est dépaysé, on est sur le décalage horaire, on veut profiter de chaque seconde qui passe et on est confronté à plein de nouvelles expériences. Il s’agit d’un cocktail qui peut nous amener à avoir des comportements un brin déplacés – avouons-le, lorsqu’on pense au mot « touriste », il n’est pas très difficile d’avoir plusieurs préjugés négatifs, qui sont bien souvent le reflet d’une certaine réalité.

Je précise d’emblée que je n’ai rien contre les touristes; j’en suis une quand je voyage et je laisserai le soin à celui qui n’a jamais pris de photo ridicule de lancer le premier selfie stick.

Mais il y a quand même des limites.

Voici quatre comportements à éviter lorsqu’on voyage :

Jeter ses déchets partout

En septembre dernier, je visitais le Colisée de Rome et j’essayais d’apprécier la grandeur du lieu, de m’imaginer les siècles d’histoire et les improbables batailles navales qui s’y étaient autrefois déroulées, malgré les trois rangées de touristes qui se trouvaient entre moi et la balustrade.

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Un détail venait toutefois couper mon émerveillement : les gens jetaient leurs déchets par terre. Le Colosseo n’était pourtant pas passé de peine et de misère à travers près de 2000 ans d’histoire pour se faire joncher de cannettes de 7up et d’emballages de bonbons! Où s’en allait donc le monde? Qu’avait-on fait de cette planète? Était-il moral de pousser ces gens dans ce qui était jadis la fosse aux lions?

À force de ruminer avec ferveur ces pensées, je m’étais dit que l’exposition retraçant l’histoire des lieux me calmerait sûrement, et je suis donc allée la voir.

On y apprenait effectivement plusieurs choses fascinantes. Les gradins pouvaient contenir plusieurs dizaines de milliers de personnes, qui assistaient aux événements qui s’y déroulaient tout en jouant à des jeux de hasard, et même en cuisinant et réchauffant leur nourriture sur place à l’aide de petits brûleurs. Les femmes cousaient, se maquillaient. Pas de silence solennel pour accompagner le spectacle; l’ambiance était « bruyante et chaotique », selon l’expo.

Et comment a-t-on réussi à savoir cela? En gros, parce que tout le monde laissait traîner ses déchets derrière soi. Ce sont tous les rebuts trouvés dans les drains d’évacuation du Colisée qui ont permis de se faire une bonne idée du style de vie de l’époque…

Les déchets qui s’accumulaient dans les drains du Colisée.

Cette pensée aurait peut-être dû me réconcilier avec mes contemporains. Mais veut-on vraiment que dans 2000 ans, les historiens sachent qu’on buvait du 7up dans le Colisée? J’en doute. Ne jetons pas nos déchets par terre.

Se promener en segway

Prague est l’une des plus belles villes que j’ai pu voir dans ma vie. C’est aussi l’endroit où j’ai rencontré le plus de segways.

Tu veux flâner en rêvassant sur la place de la Vieille-Ville? ATTENTION AUX SEGWAYS. Tu veux traverser le pont Charles en contemplant la Vlatva? ATTENTION AUX SEGWAYS. Tu aperçois au loin la fameuse tour de télévision sur laquelle sont sculptés de géants bébés sans visages? UN SEGWAY SE PLACE DANS TA PHOTO.

Tel un petit animal furtif, l’amateur de segway surgit au moment où on s’y attend le moins.

Je ne comprends pas ce qui se passe avec Prague et les segways. Sur TripAdvisor, une écrasante majorité de gens font des commentaires hyper positifs sur leur expérience, et presque toutes les compagnies de visites en segway obtiennent des notes de cinq étoiles (fait rare sur ce genre de site). Ce qui crée cette folie, je ne le comprends point, mais les Pragois ne la partagent pas. Une page Facebook « Ban Segways in Prague » existe d’ailleurs, et je n’en suis pas surprise.

Le maire du centre de Prague aurait même dit que les segways étaient une malédiction plus importante que les casinos ou les bordels!

Amis touristes, si vous tenez vraiment à faire du segway, roulez prudemment. Ça ne se finit pas toujours bien.

Vouloir manger comme chez nous

L’Italie fait, disons, plutôt bonne figure en termes de gastronomie. Pourtant, même là-bas, il se trouvera des gens pour dire qu’on ne mange pas assez bien. En guise de preuve, cette petite affiche, aperçue dans un café :

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Voyager, c’est aussi goûter d’autres cultures.

Mais si jamais on tient à manger comme chez soi le temps d’un repas, il vaut peut-être mieux opter pour l’épicerie que d’insulter un patron de café italien – je ne m’y risquerais pas.

Ne pas accepter la réalité

Lorsque j’étais à Rome, la fontaine de Trevi était en rénovation. Elle avait été vidée, et était dissimulée derrière d’épaisses vitres de plexiglas, à travers lesquelles on arrivait à voir les travailleurs s’affairer sur le chantier.

Bien dommage, puisqu’il s’agit de l’un des lieux les plus majestueux de la ville. Mais aussi parce que l’une des coutumes les plus répandues en voyage est de se mettre dos à la fontaine et de lancer une pièce de monnaie dans celle-ci de la main droite; on s’assurerait ainsi de retourner un jour dans la capitale italienne.

Conscients du tollé que créerait l’impossibilité de cocher cette activité sur une liste de choses à faire, les Italiens ont installé un mini bac d’eau surmonté d’une photo de la fontaine juste devant les vitres de celle-ci. On pouvait ainsi faire notre vœu en toute tranquillité, si on arrivait à faire abstraction de l’absurdité de la situation.

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Je voudrais bien vous dire de vous laisser porter par ce que le voyage et la vie mettent sur votre chemin, et de ne pas vous acharner à lancer une pièce dans un bassin juste pour respecter une tradition touristique.

Mais bon, j’ai hésité, et je l’ai lancée quand même ma pièce. J’étais contente qu’elle tombe dans le petit bac d’eau.

Après tout, si on ne peut pas être un peu ridicule en voyage, où pourra-t-on l’être?

(Ceci n’est pas une excuse pour gâcher les places publiques avec un segway. Merci.)

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Pour lire un autre reportage de Camille Dauphinais-Pelletier : « Est-ce que voyager peut rendre fou? »