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De rockstar à barista : tournées, groupies et vulnérabilité

Entrevue avec Gabriel Rousseau

Par
Rose-Aimée Automne T. Morin
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Mon ami barista score plus que Jonas dans ses meilleures années, Instagram croule sous la coffee porn et les messieurs qui me tendent un latté ressemblent souvent à Father John Misty. Coudon, les maîtres du café seraient-ils les rockstars d’aujourd’hui?

C’est le genre de question que je me pose, le matin, en fixant le vide. Et comme la vie est bien faite, la semaine passée, j’ai soudainement réalisé que je connaissais la personne parfaite pour répondre à ma très importante question : Gabriel Rousseau, ancien drummer d’un band populaire devenu copropriétaire des cafés Névé.

Je l’ai appelé pour comparer concrètement la vie de musicien à celle de barista!

Quand j’ai déménagé à Montréal, il y a pas loin de dix ans, tu étais sur le cover du premier journal Voir sur lequel j’ai mis la main. À l’époque, tu faisais partie du band Chinatown
Quand j’ai rompu avec mon band précédent, je me suis rapidement fait approcher par quelques personnes. Parce qu’à Montréal, des drummers fiables, c’est dur à trouver! Par fiable, je veux dire : du monde qui a son propre gear. Je ne sais pas si c’est encore le cas, mais à l’époque, c’était de même. J’ai donc passé quelques mois à jouer la pute des drums avec un paquet de monde, avant de vraiment me consacrer à Chinatown, en 2007.

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Parle-moi de ton moment de gloire musical.
Ce que j’ai connu de plus proche d’un moment de gloire, c’est une tournée en Chine, avec Chinatown. On a joué devant des foules de milliers de personnes. L’affaire drôle, c’est que ces gens-là n’avaient jamais entendu parler de nous; ils venaient juste nous voir parce qu’on était blancs et qu’on jouait du rock n’roll, puis qu’ils étaient fucking down avec ça! Il n’y a pas beaucoup de bands internationaux qui vont en Chine et les promoteurs le savent. Je suis passé devant un billboard où je faisais 150 pieds de haut… On ne comprenait pas ce qui se passait. On ne s’y attendait pas du tout.

Et comment on passe de musicien à barista?
J’ai commencé à travailler dans le café après une courte run en tant qu’analyste système dans une boîte de développement web. Ça, c’est fucking plate si tu veux savoir! J’étais super bored. La start-up pour laquelle je travaillais a fait faillite, alors je me suis retrouvé sur le chômage et je suis devenu encore plus bored. Un de mes meilleurs amis, Luke [Spicer], travaillait au Art Java. Il a convaincu son boss de me donner quelques heures de travail. En même temps, Chinatown a commencé à avoir du succès. Comme je partais toujours en tournée, j’ai quitté cette job-là. Mais ça n’a pas pris beaucoup de temps avant que Luke et moi on commence à bâtir le Café Névé sur Rachel. C’est Luke qui m’a tout montré. Comme tout bon Australien, il a été formé en deux choses, dès sa naissance : se battre et faire des cafés.

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Cool! Est-ce qu’il t’a aussi appris à te battre?
C’est un projet qui est ongoing

De la musique au café : est-ce qu’il y a un lien à faire entre les deux univers?
Quand t’écris une toune ou que tu joues quelque chose qui touche quelqu’un, tu atteins directement sa vulnérabilité. Une personne qui tripe sur une toune devient automatiquement vulnérable. Ceci dit, quand tu viens chercher ton café à 7h30 le matin sans avoir pris ta douche et que tu es un peu gross, t’es vulnérable aussi. Tu te dévoiles en tant qu’auditeur autant que tu te dévoiles en tant que consommateur. Et nous, on est là dans les deux cas pour t’accepter sans poser de jugement. Et te donner ce dont tu as besoin.

Et lequel des deux métiers apporte le plus de groupies?
Ish. J’ai pas le goût de le dire, mais c’est le café. Parce qu’il y a une accessibilité! Tu ne te fais pas refiler de napkin avec un numéro de téléphone quand tu es sur un stage… Bon, c’est déjà arrivé, mais ça arrive vraiment moins souvent. En musique, les gens tripent, mais ils tripent à distance. Comme la personne qui fait ton cappuccino est à trois mètres de toi, c’est pas mal plus facile de dire : “Hey, as-tu envie qu’on aille prendre un verre?”

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À ma demande, un de tes collègues a déjà dessiné un pénis dans la mousse de mon café. Toi, qu’as-tu fait de plus impressionnant?
J’ai écrit “fuck you” dans le café de quelqu’un que je n’aimais pas. Il est parti.

Finalement, l’attitude de rockstar, ça ne se perd pas, peu importe le métier que tu pratiques…
J’sais pas si c’est une attitude de rockstar. J’pense que c’est plus une attitude de douchebag.

Tu as récemment quitté le comptoir pour te concentrer à l’administration des cafés Névé. Tu gères des cafés plutôt huppés, non? Luke et moi, on aime dire qu’on est devenus un café hipster sans vraiment le vouloir, mais qu’on est vraiment fiers de ne pas offrir un service hipster! Notre compte Instagram n’est aucunement fashion; il n’y a pas de belles shots bien cadrées avec des puits de lumière. On est fucking niaiseux. Je pense qu’il y a une bonne portion de nos publications qui n’est pas safe for work!

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J’y pense : tu es passé de musicien à barista à entrepreneur. Au fond, fais-tu juste suivre les tendances?
Si la tendance c’est de faire quelque chose qui demande beaucoup de travail pour très peu d’argent, ouais!

Avec ton flair pour les modes, peux-tu prédire le futur métier hip?
Je suis convaincu que les ébénistes seront les prochaines stars! Tout le monde est en train de faire son cours d’ébénisterie. On va tous finir par faire des meubles…

On s’en reparle dans cinq ans, voir si t’es vraiment un devin!

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